Alors que la saison 4 de la série Lupin débarque ce 23 octobre sur Netflix avec Omar Sy dans le rôle de l’insaisissable Assane Diop, le célèbre gentleman cambrioleur prouve une fois de plus la pérennité de son mythe. Avant ce succès planétaire, de grands comédiens ont prêté leurs traits à la création originale de Maurice Leblanc. Du cinéma muet aux plateformes de streaming, retour sur les figures marquantes qui ont donné vie au plus charismatique des voleurs français
Les pères fondateurs du mythe à l’écran
Dès les débuts du cinéma muet, le voleur mondain suscite la curiosité des réalisateurs. En France, Georges Tréville incarne le personnage dans une série de courts-métrages au début des années 1910, posant les bases visuelles du héros habillé de poigne et d’élégance.
L’âge d’or du cinéma parlant consolide ensuite cette image. Hollywood s’empare même du personnage en 1932 avec Arsène Lupin, où la star américaine John Barrymore apporte sa présence théâtrale au rôle. Mais c’est du côté de la France que l’incarnation trouve son ancrage le plus populaire.
En 1957, Robert Lamoureux prête sa gouaille et sa finesse à l’esthète hors-la-loi dans Les Aventures d’Arsène Lupin, réalisé par Jacques Becker. Son interprétation, qui mêle un humour subtil à une grande assurance bourgeois-boème, reste l’une des références majeures de la comédie dramatique française du milieu du XXᵉ siècle. Il reprendra ce rôle deux ans plus tard dans Signé Arsène Lupin.
Georges Descrières : la quintessence télévisuelle
Si un visage s’est imposé dans la mémoire collective de toute une génération de téléspectateurs, c’est sans conteste celui de Georges Descrières.
Diffusée entre 1971 et 1974 sur la télévision française, la série Arsène Lupin met en scène un sociétaire de la Comédie-Française particulièrement charismatique. Avec son haut-de-forme, sa cape fluide, son monocle et son sourire ravageur, Descrières incarne un gentleman cambrioleur plus théâtral que sombre, virevoltant au rythme du générique culte interprété par Jacques Dutronc. Pour beaucoup de Français, il reste l’incarnation définitive du héros d’origine.
À la même époque, le cinéma tente également d’autres approches, à l’image du film Arsène Lupin contre Arsène Lupin (1962), où Jean-Pierre Cassel et Jean-Claude Brialy interprètent les fils du célèbre voleur, perpétuant l’esprit de séduction et de malice de la franchise.
De l’animation japonaise au grand spectacle contemporain
L’aura du personnage dépasse largement les frontières de l’Hexagone. Au Japon, le mangaka Monkey Punch crée Lupin III, présenté comme le petit-fils du héros de Maurice Leblanc.
Le personnage de Lupin III (doublé historiquement par Yasuo Yamada puis Kanichi Kurita au Japon) devient une icône mondiale de la culture pop, notamment grâce à l’adaptation cinématographique Le Château de Cagliostro (1979), réalisée par Hayao Miyazaki. Bien qu’il s’agisse d’une variation stylistique plus déjantée et moderne, l’héritage du gentleman français y est omniprésent.
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Au début du XXIᵉ siècle, le cinéma français tente une superproduction ambitieuse. En 2004, Jean-Paul Salomé réalise Arsène Lupin, adaptant librement La Comtesse de Cagliostro. C’est le jeune comédien Romain Duris qui endosse le rôle. Son interprétation privilégie l’action, la noirceur et une dimension athlétique inédite, éloignant le personnage de son image de dandy flegmatique pour en faire un héros romantique et tourmenté.
Le phénomène Omar Sy et la réinvention du mythe
En 2021, la plateforme Netflix lance la série Lupin, un projet qui fait le choix de la modernisation en évitant l’adaptation littérale.
L’acteur Omar Sy n’y joue pas directement Arsène Lupin, mais Assane Diop, un admirateur contemporain du personnage d’origine qui s’inspire des romans de Maurice Leblanc pour mener ses propres vengeances et cambriolages.
Le succès international est immédiat. En apportant un charisme contemporain, de l’humour et une portée sociale au récit, Omar Sy parvient à faire rayonner l’univers d’Arsène Lupin auprès d’un public mondial et jeune, prouvant la puissance intemporelle des codes créés un siècle plus tôt.
Un rôle en perpétuelle métamorphose
De la théâtralité classique de Georges Descrières à l’énergie moderne d’Omar Sy, en passant par le style de Romain Duris ou l’animation japonaise, chaque époque a su façonner son propre Lupin. Plus qu’un simple personnage, le gentleman cambrioleur est devenu un archétype malléable que les comédiens continuent de réinventer sans jamais en altérer l’essence : l’art de l’illusion, le goût de la liberté et une élégance résolument française.