Une Franco-Russe de 40 ans, Anna Novikova est soupçonnée d’avoir infiltré des entreprises françaises de défense pour le compte de Moscou. Arrêtée en novembre 2025 par les autorités françaises, Anna Novikova a admis avoir eu des contacts avec des espions russes, elle nie cependant toute accusation d’espionnage.
C’est une affaire qui a secoué les milieux du renseignement français. En novembre 2025, la DGSI interpellait Anna Novikova. Cette Franco-Russe de 40 ans est suspectée d’espionnage économique au profit de Moscou. Derrière le visage d’une militante humanitaire se cacherait un agent au service des intérêts russes. Une affaire qui pose une question simple « Jusqu’où Moscou est-il prêt à aller pour infiltrer la France ? »
Qui est Anna Novikova, cette Franco-Russe au double visage ?
"L'Ambassade de Russie en France confirme l'arrestation par les autorités françaises d’Anna Novikova, qui possède, outre la nationalité russe, également la nationalité française, ce qui restreint dans une certaine mesure nos possibilités dans cette affaire.
— Renard Jean-Michel (@Renardpaty) November 28, 2025
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Anna Novikova est née en février 1985 en Russie. Naturalisée française, elle se présente comme une mère de famille engagée. Elle est loin des clichés de l’espionne froide et calculatrice. En 2022, après un voyage dans le Donbass, elle fonde l’association SOS Donbass. La région est en partie occupée par les forces russes. L’organisation se décrit comme une ONG humanitaire. Elle collecte des fonds, distribue de l’aide aux habitants du Donbass et affirme vouloir « construire un pont de paix entre l’Europe et la Russie ».
Sur le terrain médiatique, Anna Novikova mène une campagne d’affichage dans les rues de Paris. Les visuels de la campagnes représentent un serrement de mains aux couleurs françaises et russes avec le slogan « La Russie n’est pas mon ennemi ». En 2023, dans une interview, elle se défendait de toute allégeance.« Je suis juste une femme ordinaire. Je ne suis pas un agent du Kremlin. » Une déclaration que les enquêteurs ne partagent visiblement pas.
Pourtant, derrière cette image soigneusement construite, la réalité serait bien différente. La DGSI surveille ses activités depuis plusieurs mois avant son arrestation. Anna Novikova identifie des comportements qui, selon les enquêteurs, ne relèvent pas du simple militantisme. Elle s’approche des cercles économiques. Elle tisse sa toile discrètement.
Le réseau trouble d’Anna Novikova avec le pouvoir russe
Derrière la façade humanitaire, les enquêteurs dressent un tableau bien différent. Selon une enquête de Reuters, Anna Novikova entretenait un vaste réseau de connexions avec des intermédiaires du Kremlin. Les juges la mettent en examen le 21 novembre 2025. Les chefs retenus contre elle sont lourds. Cette dernière est accusée de collecte d’informations sur les intérêts de la Nation au profit d’une puissance étrangère et intelligence avec une puissance étrangère.
Elle aurait approché des dirigeants de plusieurs entreprises françaises. Elle est soupçonnée de soutirer des informations sensibles sur les intérêts économiques du pays. La DGSI estime que SOS Donbass servait les intérêts russes en France. L’association aurait agi comme un instrument d’influence dissimulé derrière une vocation humanitaire. Un schéma bien rodé que Moscou utilise régulièrement en Europe. Elle n’agissait pourtant pas seule. Les caméras de vidéosurveillance identifient le Russe Vyacheslav P. 40 ans, en train de coller des affiches pro-russes sur l’Arc de Triomphe en septembre. Il rend ensuite compte de ses actions à Anna Novikova. Au total, quatre personnes passent en examen.
Une affaire indissociable du contexte franco-ukrainien
L’arrestation s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. La France soutient massivement l’Ukraine. Elle est l’un des premiers pays européens à livrer des armements lourds à Kiev. Le président Emmanuel Macron a averti à plusieurs reprises que la Russie mène des « guerres hybrides » contre l’Europe. Moscou emploierait des proxies pour déstabiliser ses alliés. Paris multiplie ses livraisons d’armements, notamment les fameux canons Caesar. Ces armes sont au cœur des soupçons qui pèsent sur Anna Novikova.
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Ce n’est pas non plus un cas isolé. Depuis le début du conflit en Ukraine, les services de renseignement européens multiplient les alertes sur les opérations d’influence russes. Le cas Anna Novikova illustre une méthode bien rodée infiltrer la société civile, créer des associations en apparence légitimes, et collecter des informations depuis l’intérieur.
Entre indignation et questions de fond
L’avocat de Vincent Perfetti, le président de SOS Donbass a qualifié les accusations d’« absurdes ». Il dénonce « une dérive préoccupante vers la criminalisation des opinions pro-russes ». La défense joue la carte de la liberté d’expression. Elle affirme qu’il ne s’agit que de collages d’affiches et d’aide humanitaire. Anna Novikova et Vincent Perfetti risquent pourtant chacun jusqu’à dix ans d’emprisonnement et de lourdes amendes.
Pour les autorités françaises, il ne s’agit pas d’une simple affaire d’opinions. L’enquête ouverte dès le 13 mars 2025 illustre les nouvelles formes de l’ingérence étrangère. Des structures associatives en apparence légitimes naviguent librement dans les cercles économiques et politiques français. Anna Novikova, qu’elle soit espionne ou militante, est devenue le symbole d’une guerre invisible qui se joue sur le sol français.
Depuis son arrestation en fin novembre 2020, Anna Novikova risque jusqu’à 10 ans de prison ferme pour intelligence avec une puissance étrangère.