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Qui était Marc Bloch, cet historien qui va entrer au Panthéon ?

Le 23 juin 2026, Marc Bloch, historien majeur du XXe siècle, cofondateur de l’École des Annales et résistant, fera son entrée au Panthéon.

Après une annonce en grande pompe le 23 novembre 2024 lors de son discours pour les 80 ans de la libération de Strasbourg, c’est ce mardi 23 juin que se déroulera la cérémonie en hommage à Marc Bloch. Pour l’occasion, nous vous proposons un retour sur la vie de cet homme…

Une nouvelle histoire

Né en 1886 à Lyon, Marc Bloch est issu d’une famille bourgeoise juive alsacienne ayant choisi la France après l’annexion de 1871. Fils d’un professeur d’histoire, c’est dans l’exercice de sa profession qu’il va marquer l’histoire de France de manière indélébile. Exemple type de la méritocratie du début du siècle, il fait de grandes études : agrégé d’histoire, élève à l’École Normale Supérieure, puis enseignant en lycée et à l’université.

En 1929, il fonde la revue Annales d’histoire économique et sociale avec l’historien Lucien Febvre, alors qu’ils sont tous deux en poste à l’université de Strasbourg. Cette revue sera à l’origine de l’École des Annales, un courant historiographique qui met en avant la place des sciences sociales dans l’étude historique. À une époque où l’histoire se contentait souvent de réciter les faits d’armes des rois et les dates des batailles, Bloch impose une nouvelle manière de faire de l’histoire.

Son engagement

En 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, l’homme alors âgé de 53 ans et père de six enfants, ne devrait pas se retrouver sur un champ de bataille. Néanmoins, il insiste, et s’engage.

Dès l’arrivée au pouvoir de Pétain en juin 1940, Marc Bloch est traqué par le régime de Vichy en raison de ses origines juives. En octobre 1940, il est relevé de ses fonctions d’enseignant à l’université. En 1943, Bloch entre dans la clandestinité. Il rejoint la Résistance, et devient rapidement un des chefs de « Franc-Tireur », un mouvement de résistance lyonnais.

Le 8 mars 1944, l’historien est arrêté par la Gestapo à Lyon. Incarcéré et torturé à la prison de Montluc, il parle, mais ne dit rien qui aide réellement l’ennemi. Le soir du 16 juin 1944, il est fusillé près de Lyon, aux côtés de vingt-sept autres résistants. Il meurt quelques semaines seulement avant la Libération de Lyon (3 septembre 1944), et n’a alors que 57 ans. Son épouse, Simonne Vidal, qui l’a soutenu dans ses combats comme dans ses recherches, meurt quelques jours plus tard, le 2 juillet 1944, après une détérioration notable de son état de santé.

L’héritage d’un géant

Si, à la base, son domaine d’expertise est principalement l’histoire médiévale, cela n’empêche pas Bloch de s’intéresser à l’histoire qui lui est contemporaine. De plus, ses œuvres principales, comme Les Rois thaumaturges (1924) ou Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien (19401943), restent, encore aujourd’hui, des piliers de la recherche historique. Ce qui rend les travaux de Marc Bloch si novateurs, c’est que pour lui, le savoir n’avait de sens que s’il était ancré dans le réel.

Son ouvrage le plus connu, L’Étrange Défaite, est écrit en 1940 mais ne sera publié qu’en 1946, à titre posthume. Si cette œuvre ne fait pas grand bruit lors de sa publication, elle bénéficie d’un regain d’intérêt dans les années 1980 et 1990.

Il joue aussi un rôle essentiel dans la réforme de l’enseignement qui intervient durant l’année 1943. Il devient notamment rédacteur en chef des Cahiers politiques de la France combattante, qui diffusent les recherches du Comité général d’études (CGE). Ce comité est en fait un groupe d’experts constitué par Jean Moulin, et qui étudie les réformes (constitutionnelles, politiques, économiques et sociales) ainsi que l’organisation administrative après la Libération.

Pourquoi le Panthéon, et pourquoi maintenant ?

Une question effleure les lèvres des Français : pourquoi, quatre-vingt-deux ans après son exécution, Marc Bloch entre-t-il au Panthéon ?

Pour son œuvre, pour son enseignement et pour son courage, nous décidons que Marc Bloch entrera au Panthéon. — Emmanuel Macron

Cette entrée au Panthéon est un symbole fort : celui d’une France qui reconnaît que la recherche historique est loin d’être un simple catalogue sans vie du passé. Au contraire, elle est la base indispensable de la compréhension du présent, et donc de la construction de l’avenir.

De nombreuses rues, places, ou encore établissements, portent aujourd’hui le nom de Marc Bloch. En faisant entrer cet homme dans la mémoire nationale, la France ne célèbre pas seulement une vie brisée par la violence, mais une vie qui a changé le cours de beaucoup d’autres après elle.

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