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Réalité, nouvelle folie de Quentin Dupieux

Avec Réalité, Quentin Dupieux atteint l’aboutissement de sa conception esthétique de la “no reason”. Incohérences et imbroglios narratifs poussés à l’extrême ne manqueront pas de laisser le spectateur abasourdi par une oeuvre d’une originalité inédite. Critique et  esquisse d’analyse d’un objet cinématographique non-identifié.

Dans un Los Angeles moitié fantaisiste, moitié réaliste, Quentien Dupieux noue au départ quatre intrigues : une petite fille omnibulée par une cassette VHS bleue qu’elle croit avoir vue sortir des entrailles d’un sanglier tué à la chasse par son père ; un instituteur qui se travestit en femme ; un présentateur d’une émission culinaire au costume de rat, persuadé, malgré l’immaculation patente de sa peau, d’être atteint d’une crise d’eczéma ; un caméraman qui, aspirant à réaliser un film gore de série B sur des télés vengeresses qui anéantissent l’humanité par l’envoi d’ondes invisibles explosant les crânes, doit produire le meilleur cri de l’histoire du cinéma.

Telle est la palette de récits à laquelle le spectateur peut se cramponner. Mais celui-ci comprendra bien vite, même en s’accrochant jusqu’à s’en lacérer les mains et le cerveau, qu’il va être contraint de surnager dans un abîme d’absurdités et de non-sens. Délectables non-sens.

Arnaque chérie

À l’issue de la projection de Réalité, il convient de remarquer qu’il y a une forte probabilité qu’un sentiment étrange advienne dans votre esprit. Un petit titillement qui se rapproche de ceux que l’on ressent lorsque, victime d’une arnaque éhontée, l’irritation se jette dans une irrigation sanguine devenant subitement bouillonnante.

Néanmoins, on ne peut ressortir floué et répulsé par Réalité. Impossible. Car le film joue parfaitement au funambule. Avec sa dernière réalisation, Quentin Dupieux est sur un fil, toujours proche du décrochage vers le non-sens complet et exaspérant. C’est la fragilité de cet équilibre qui lui donne toute son ampleur.

lambert rélaité

Dupieux au sommet

Réalité peut se voir comme l’aboutissement de la vision cinématographique du réalisateur français. Après Rubber qui mettait en scène la course meurtrière d’une roue dans un arrière-fond désarticulé et déraisonnable, Quentin Dupieux opte dans Réalité pour un jusqu’au-boutisme absurde savoureux. Un au-delà de l’absurde, même. On a en effet affaire à un réalisateur radical, un partisan d’un cinéma conceptuel de la « no-reason ». Un cinéma sans limites, sans entraves, complètement libéré du cadre logique des scénarios et des cohérences des personnages. Un cinéma métaphysique, affirmant une forme de pureté ontologique dont la visée serait moins de faire émerger un sens que de susciter un étonnement sensoriel et une interrogation sur la nature même du récit cinématographique. Chez Quentin Dupieux, une seule règle : l’absence de règles.

Là où le film s’amorce sur quelques percées absurdes et insensées, la dernière demi-heure plonge grassement et constamment dans l’incohérence et l’irrationnel. Entremêlements, confusion, combinaisons et échos de motifs récurrents, le spectateur fait face à un affolement frénétique qui croise tous les éléments du films (strates de réalité, personnages, intrigues) pour parvenir à un non-sens revendiqué et assumé. Multiplication des clés, des données, des indices qui s’acheminent toujours vers d’autres, qui ouvrent de nouvelles portes, débloquent de nouvelles serrures. En dehors de toute structure narrative, Réalité se mute alors en labyrinthe, rythmé par la musique lancinante d’un morceau de Philipp Glass et les mimiques d’acteurs inspirés (Alain Chabat et Jonathan Lambert excellents).

On est alors face à un piège qui se referme. Un dispositif angoissant. Ou à une farce conceptuelle. Un peu des deux. Ni l’un ni l’autre. Seul Quentin Dupieux le sait.

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