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Régionales : Bartolone prêche sur ses terres

La tête de liste socialiste en Île-de-France a tenu son second meeting, hier à Pantin. Sans s’épancher sur le bilan du président de région sortant, le député de Seine-Saint-Denis s’est posé en ardent défenseur des valeurs de gauche, face à la droite et l’extrême-droite.

« Et maintenant, faîtes un tonnerre d’applaudissement pour le successeur de Jean-Paul Huchon ! » . Le premier tour des élections régionales n’est pas encore passé que les partisans de Claude Bartolone se voient déjà victorieux. Selon les organisateurs, plus de deux mille personnes sont venues soutenir le candidat du Parti socialiste mercredi 5 novembre au gymnase Maurice Baquet. Parmi eux : Anne Hidalgo, maire de Paris, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du parti, Harlem Désir, secrétaire d’Etat aux affaires européennes ou encore Benoît Hamon, ex-ministre de l’éducation nationale. Un ministre en poste, l’autre devenu frondeur de la majorité. Le ton était donné : s’afficher avec les ténors du PS, à défaut de ceux du gouvernement. Oubliés les Valls, Macron, et autres épines dans le pied de candidats soucieux de rassurer leur gauche sur le programme qu’ils comptent appliquer.

« Je dois tout à la République, je veux lui rendre ce qu’elle m’a donné »

Et grand besoin Claude Bartolone a-t-il eu, de donner des gages à des électeurs déçus par l’orientation de la politique de François Hollande. Tôt dans la soirée, le rappeur Rost est venu sur l’estrade, délivrer ses quatre vérités vis-à-vis de l’exercice du pouvoir par la gauche. Douche froide pour M. Bartolone. « La gauche met les personnes qui ont contribué à son succès de côté parfois » lâche le musicien, un poil désabusé. Mais il en faut plus pour troubler l’humeur gaillarde du président de l’Assemblée nationale. « Ici, on fait pas la gueule » déclare alors Anne Hidalgo, pour qualifier la Seine-Saint-Denis, lors de sa montée à la tribune. L’occasion pour elle, de brosser un portrait en creux de M. Bartolone, le «volontariste ». Natif de Tunis, fils d’immigré italien, aujourd’hui maître du Palais Bourbon, comme le rappelle un clip de présentation qui défile sur l’écran géant. Ce pur produit de la méritocratie le concède : « Je dois tout à la République. Je veux lui rendre, aujourd’hui, ce qu’elle m’a donné ».

La maire de Paris, Anne Hidalgo, est venue soutenir la candidature de Claude Bartolone à la présidence de l'Île-de-France

La maire de Paris, Anne Hidalgo, est venue soutenir la candidature de Claude Bartolone à la présidence de l’Île-de-France

Éloge de l’ouverture contre « l’entre-soi »

Mais avant l’entrée dans l’arène du candidat Bartolone, Mme Hidalgo a dû préparer le terrain. Quid du mandat de Jean-Paul Huchon, aux manettes de la région depuis dix-sept ans ? Si la maire de Paris souhaite le « remercier chaleureusement », elle argue vouloir aller plus loin. La présidence Huchon aurait-elle fait du surplace en matière de réformes ? Elle s’en défend. Et accuse la candidate des Républicains de vouloir détricoter des avancées obtenues en termes social et environnemental. L’objectif de 20% de logements sociaux depuis la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (loi SRU du 13 décembre 2000) : « Ce sont eux qui nous empêchent de faire du logement social dans le XVIe » dans le seul but de rester « entre-soi ». Mme Hidalgo prône au contraire une politique d’ouverture, envers les réfugiés notamment. « Il faut beaucoup de courage pour partir de chez soi » reconnaît celle qui est originaire d’Andalousie. À l’approche de la COP21 et après un énième pic de pollution dans la capitale, elle plaide pour « changer nos modes de vie ».

Anne Hidalgo a vanté le "volontarisme" de Claude Bartolone

Anne Hidalgo a vanté le “volontarisme” de Claude Bartolone

« Après le redressement doit venir le temps des valeurs de gauche »

Vient enfin le moment pour des militants survoltés, d’admirer leur préféré prendre la parole. Digne d’une star du rock, M. Bartolone jette une écharpe couleur sang à la foule déchaînée. « Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge » dit la chanson de Michel Fugain. Comme pour répondre aux critiques du rappeur l’ayant interpellé, le président de l’Assemblée livre un pseudo mea-culpa sur la gauche au pouvoir. « Après le redressement doit venir le temps des valeurs de gauche ». Ces promesses pour « six ans de bonheur», il les a compilées dans un livre de propositions sur le « vivre-ensemble » qu’il brandit fièrement. Comme pour mieux signifier que son programme tient la route et répondre aux griefs que ses adversaires lui imputent. « Le Hashtag de leur campagne, c’est devenu : j’ai choisi la calomnie » balance M. Bartolone. Le président de l’Assemblée nationale vit en effet une campagne mouvementée par de nombreux remous. Au cœur d’une enquête d’emploi fictif remontant à l’époque où il était président du conseil général de Seine-Saint-Denis, décrit en off comme « manipulateur » et « fainéant » par Julien Dray, M. Bartolone a récemment été accusé de connivence avec l’écrivain controversé Tariq Ramadan par l’état-major de la campagne de Valérie Pécresse.

Diatribe de l’opposition

Le député de Seine-Saint-Denis ne se prive pas de railler la campagne de sa rivale qu’il surnomme « la candidate de Monsieur Sarkozy », condamnant une déclaration sexiste malheureuse et l’affaire des tracts pro-Pécresse retrouvés dans la mairie LR de Lizy-sur-Ourcq. Il la pousse dans ses retranchements sur le rejet de certains élus de droite de célébrer des mariages de même sexe. « Ils refusent qu’au vingt-et-unième siècle, on s’aime comme on a envie de s’aimer ». Car c’est bien le thème de la fraternité qui occupe le centre de son discours. Nouveau tacle de M. Bartolone à destination de certains élus de droite réfractaires à une enveloppe pour l’accueil des réfugiés. Poursuivant sur sa diatribe de l’opposition, il en vient à condamner les liens de la droite avec les extrêmes, dont la « race blanche », chère à Nadine Morano, en serait la dernière criante illustration. « Quand je pense qu’ils nous accusent de jouer le jeu du FN » soupire ce nostalgique de la droite chiraquienne qui profite du moment pour lancer un appel du pied à l’électorat centriste : « qu’avez-vous en commun avec ces gens-là ? ». Comme l’ancien Président de la République, M. Bartolone veut réduire la fracture sociale entre territoires.

M. Bartolone s'est livré à une critique du programme de son adversaire de droite, Valérie Pécresse

M. Bartolone s’est livré à une critique du programme de son adversaire de droite, Valérie Pécresse

Comment compte-t-il procéder ?

En suivant le crédo « métro-boulot-dodo-écolo ». Celui qui se revendique l’ « enfant d’Île-de-France » souhaite en finir avec la politique du « tout-TGV » et mettre les moyens sur les transports franciliens. L’accent est porté sur une refonte de la carte de nuit, l’accessibilité mais surtout, la sécurité. Présence humaine augmentée et dessertes supplémentaires sont au menu. Sur le front de l’emploi, M. Bartolone veut embaucher plus de chauffeurs de bus et rompre avec le « sentiment d’abandon » de la Grande couronne. Mais tout transport a un coût, écologique notamment. Le député de Seine-Saint-Denis propose de « sortir de l’ère du diesel », en étendant le dispositif Autolib’ à la région entière. Sa préoccupation constante de l’ « humain » s’incarnera dans son plan de lutte contre les déserts médicaux et la promesse de « ne pas avoir à moins de quinze minutes de chez soi un médecin ». Sur le logement, il menace ceux qui ne respectent pas la loi SRU de ne plus leur accorder « un euro de la région ». En clôture, M. Bartolone lance : « À ce moment de ma vie, je n’ai plus rien à prouver ». Ce qui ne l’empêchera pas de s’en remettre au sort des franciliens, le 6 décembre prochain.

Reportage réalisé par Alexis Delacour

© Crédits photographiques : Thibaut Godet

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