C’était « l’Élysée » ou encore « un proche du Président » dans les médias il y a quelques mois encore. Conseiller en communication auprès de François Hollande durant la seconde partie du quinquennat, nous avons rencontré Gaspard Gantzer, à l’occasion de la sortie de son livre édifiant « La politique est un sport de combat ». Il nous plonge alors au sein d’un récit à la première personne dans les coulisses du pouvoir à travers des chroniques journalières. Nous avons parlé monde de la politique, communication, Hollande, et… Brassens.

Vous avez adhéré au PS en 2002. Vous êtes toujours adhérent et, pourtant, vous hésitez chaque année à renouveler votre adhésion en disant que le système du parti est sclérosé. Pensez-vous que l’idée même d’un parti est encore valable ? Un système plus modulable comme un mouvement serait-il préférable ?

Parti, mouvement, rassemblement, peu importe le nom, je crois qu’il est plus que jamais nécessaire d’avoir des espaces pour faire vivre le débat démocratique en lien direct avec les citoyens. Les partis traditionnels doivent simplifier leur fonctionnement, rajeunir leurs cadres et davantage s’ouvrir sur la société. C’est indispensable s’ils veulent prendre en compte la profonde aspiration au renouvellement qui irrigue les démocraties actuellement.

« Les partis traditionnels doivent simplifier leur fonctionnement, rajeunir leurs cadres et s’ouvrir sur la société »

Vous avez fondé votre société «2017». Était-ce une conséquence/une réaction face à la politique ? Un retour dans le monde politique est-il envisagé ou envisageable ?

Je souhaitais depuis longtemps créer une entreprise. Entreprendre, innover, créer de l’emploi, c’est une autre façon d’être utile et de s’engager. Pour l’instant, mon seul objectif est de réussir le développement de « 2017 », qui existe depuis septembre et a commencé à conseiller des entrepreneurs et des patrons, notamment dans le domaine du numérique et de la technologie. La politique reste pour moi une passion, mais si je dois un jour m’engager, ce sera à Paris, au niveau local, car le mandat municipal est le plus beau qui soit, surtout quand on l’exerce dans la ville qui vous a vu naitre et grandir.

Vous parlez, dans votre ouvrage, d’une alliance, d’un accord entre Hamon, Montebourg et Manuel Valls pour avoir leurs places au pouvoir en 2014. Est-ce que cette image – une image de quête absolu du pouvoir – prédomine dans le monde politique ?

Trop d’hommes et de femmes politiques sont plus intéressés par leur propre destin que par celui des citoyens qu’ils sont supposés servir. C’est regrettable. Pour ma part, heureusement, j’ai eu la chance de travailler pour des dirigeants politiques – Christophe Girard, Bertrand Delanoë, Laurent Fabius et François Hollande – qui avaient la passion de l’intérêt général, étaient à l’écoute de tous et cherchaient à améliorer la vie des gens au quotidien.

Finalement, quelle image avez-vous du monde politique ?

Je reste passionné par la politique, car je crois aux idées et à l’action collective pour faire avancer la société, moderniser un pays, une ville, un quartier. En revanche, je me tiens à l’écart des batailles d’appareils et des débats politiciens. Cela ne m’intéresse pas.

Vous avez décelé en Emmanuel Macron et en Manuel Valls des personnages qui ont une conviction certaine, une grande ambition. Pourtant, on sent une réelle admiration pour M. Hollande ainsi qu’une claire volonté de faire comprendre/transmettre le projet du Président. Est-ce que le Président s’est entouré des bonnes personnes ? Aurait-il pu mieux faire dans un contexte difficile entre fronde, attentats, histoires personnelles et « livres-bombes » (« Un Président ne devrait pas dire ça » de Davet et Lhomme) ?

Il est toujours possible de mieux faire ! Si tout avait été parfait, François Hollande aurait été candidat à un nouveau mandat et aurait remporté l’élection présidentielle en 2017 ! J’ai moi même commis des erreurs. Quant à François Hollande, il a pu compter sur des ministres et des collaborateurs fidèles et loyaux, mais il a aussi dû subir une série de querelles au sein de la gauche, qui ont souvent plombé son mandat.

« Si tout avait été parfait, Hollande aurait été candidat à un nouveau mandat et aurait remporté l’élection présidentielle en 2017 »

Pouvez-vous envisager de vous mettre au service – en tant que conseiller en communication – d’une personne ne partageant pas forcément vos idéaux ?

Non. J’ai toujours eu besoin de partager les convictions et les valeurs des dirigeants politiques pour qui je travaillais.

Gaspard Gantzer et François Hollande (c) AFP

Lors la conférence de presse tenue le 18 septembre 2014 – où il était question de l’efficacité et la viabilité d’un président avec une cote de confiance de moins de 15% -, vous dites, dans votre livre, que «l’exercice est impossible». La communication en politique est-elle impossible ?

Elle n’est pas impossible. Mais elle requiert beaucoup de modestie, d’abnégation et de pragmatisme. Nous vivons actuellement une révolution numérique qui bouscule tous les codes de la communication politique traditionnelle. A l’heure de l’information en continue et des réseaux sociaux, il faut s’adapter en permanence et ne pas avoir peur de prendre des risques.

« La politique est un sport de combat » (c) Fayard

Vous décrivez François Hollande comme une personne attachée à l’indépendance de la presse et des journalistes, notamment lorsque l’équipe de Charlie Hebdo est reçue à l’Élysée le 29 septembre 2014, également lorsque Vanessa Schneider de M, Le Monde est autorisée à faire un documentaire. La presse, les médias ont-ils un rôle à jouer dans la communication politique, et dans la politique en général ?

Les médias sont indispensables au bon fonctionnement de la démocratie. Ils permettent aux citoyens d’être informés et ils constituent un contre-pouvoir indispensable à l’équilibre des institutions. C’est pour cela que j’ai toujours respecté le travail des journalistes et que je ne participerai jamais au « médiabashing ».

Une chose étonnante avant même que votre récit commence, vous citez Brassens : «Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps». Pourquoi cette citation ?

J’aime beaucoup cette chanson, à la fois drôle et romantique, dont les paroles m’ont toujours fait sourire, notamment pendant ce quinquennat où la pluie, les orages et les épreuves n’ont pas manqué !

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