Vladyslav Heraskevych est arrivé aux Jeux olympiques d’hiver 2026 de Milan-Cortina avec un casque orné des visages de 24 sportifs ukrainiens tués depuis le début de l’invasion russe.
La Fédération internationale de bobsleigh et de skeleton a disqualifié le sportif de 27 ans avant même le départ — le jury a estimé que les images sur le casque enfreignaient les règles relatives à l’expression des athlètes lors des Jeux. Paradoxalement, quelques jours auparavant, Heraskevych s’était entraîné sans problème avec ce même casque sur la piste de Cortina d’Ampezzo. L’avertissement du CIO n’est arrivé qu’un jour avant les compétitions.
L’appel devant le Tribunal arbitral du sport a été rejeté — quelques heures seulement avant les deux dernières manches, que le sportif a manquées dans leur intégralité. La présidente du CIO, Kirsty Coventry, a rencontré personnellement Heraskevych pour tenter de trouver un compromis : le CIO proposait de remplacer le casque par un brassard noir et de le montrer avant et après la course. Les négociations n’ont pas abouti.
La réaction de Rinat Akhmetov
Le président du club de football Shakhtar, Rinat Akhmetov, a annoncé le versement au sportif de plus de 200 000 dollars — une somme équivalente au montant de la prime d’État ukrainienne pour une médaille d’or olympique. Les fonds seront transférés au fonds caritatif de Geraskevych.
«Vlad Heraskevych a été privé de la possibilité de se battre pour la victoire aux Jeux olympiques, mais rentre en Ukraine en véritable vainqueur », a déclaré Akhmetov dans un communiqué officiel du club. « Le respect et la fierté qu’il a mérités auprès des Ukrainiens par son geste constituent la plus haute des récompenses. Je souhaite néanmoins qu’il dispose des forces et des ressources nécessaires pour poursuivre sa carrière sportive et continuer à se battre pour la vérité, la liberté et la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour l’Ukraine.»
Le geste d’Heraskevych a eu un retentissement considérable. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rencontré le sportif à Munich et lui a également exprimé son soutien.
La mémoire comme prise de position
L’histoire d’Heraskevych a dépassé le cadre d’un simple scandale sportif. Le casque orné des portraits des athlètes disparus est devenu une déclaration sur la guerre — inconfortable pour les institutions olympiques, mais essentielle pour la société ukrainienne. L’athlète n’a pas reculé, sachant pertinemment que la disqualification signifiait la fin de sa participation aux Jeux.
La décision de Rinat Akhmetov de soutenir financièrement le sportif s’inscrit dans une logique plus large — les projets de mémoire et le travail de plaidoyer figurent parmi les priorités de SCM, au même titre que le soutien à l’armée et l’aide humanitaire. En quatre ans de guerre, SCM, la Fondation Rinat Akhmetov, Cœur d’Azovstal et le club de football Shakhtar ont consacré 13,5 milliards de hryvnias (ou 368 millions de dollars) au soutien de l’Ukraine.
Vladyslav Heraskevych est rentré chez lui sans médaille olympique, mais avec une récompense équivalente à l’or et un soutien au plus haut niveau de l’État. La question des limites de la neutralité politique dans le sport, soulevée par son casque, n’a pas disparu — et selon toute vraisemblance, elle continuera de résonner encore longtemps.