En quelques semaines, l’Allemagne est passée du statut d’exemple de gouvernance et de stabilité à celui de régime politique en pleine crise. Les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement ayant échouées, faute d’entente, la reconduction d’Angela Merkel au poste de chancelière apparaît aujourd’hui menacée.

Que s’est-il passé ?

Aucun parti allemand n’a jamais détenu à lui seul la majorité. Système proportionnel oblige, l’Union chrétienne-démocrate (CDU et son allié CSU), de droite, et le parti social-démocrate (SPD), de gauche, ont systématiquement gouverné en coalition. Soit avec les autres partis, notamment les libéraux-démocrates (FDP), plutôt centristes, soit entre les deux grands partis, sous une forme appelée la « grande coalition ».

 

 

Le Bundestag actuel : en noir et bleu foncé, les députés CDU et CSU, en vert les députés écologistes, en jaune les libéraux-démocrates.

Mais les élections du 22 septembre ont rabattu les cartes. CDU/CSU et SPD ont obtenu leur pire score… depuis la création de la République Fédérale ! Le refus du SPD de gouverner à nouveau avec le parti d’Angela Merkel rend incontournable deux partis avec lesquels la droite a entamé des négociations :

  • Les libéraux-démocrates (FDP), 4ème force politique avec 80 sièges, sont économiquement de droite. Soutenu par un leader charismatique de 38 ans, le parti a réorienté cette année sa ligne sur une position pro-Russe et sévère sur l’immigration.
  • Les Verts (DG), 6ème force politique avec 67 sièges, sont particulièrement attachés aux sujets sociétaux comme l’écologie ou l’immigration. Une frange importante du parti, appelée les « realos », est favorable à un gouvernement commun avec Angela Merkel, laquelle s’est positionnée contre le nucléaire ou pour l’accueil des migrants.

Les négociations entres les trois partis, entamées depuis plusieurs semaines, ont buté sur l’environnement et l’immigration. Retour sur les trois scénarios désormais envisageables.

Scénario n°1 : la poursuite des négociations et la composition d’un gouvernement

C’est l’option privilégiée par le Président, Franck Walter-Steinmeier. Les partisans d’une poursuite des négociations soulignent le caractère totalement inédit de la situation. Jamais une tentative de cet ordre n’a échoué depuis 1949. Entériner un tel échec reviendrait à ouvrir une crise institutionnelle et politique sans précédant.

Deux possibilités sont envisageables. Le retour des libéraux-démocrates, et la formation d’un gouvernement avec la CDU/CSU et les écologistes, sur des accords a minima (et très fragile) sur l’immigration et l’écologie. Ou la reconstitution d’une grande coalition avec le SPD, bien que ce dernier ait officiellement refusé via un vote de la direction du parti.

Ce scénario est réaliste. Mais ce serait prendre le risque d’une coalition gouvernementale affaiblie, qui ne serait apte qu’à délibérer seulement sur les sujets les plus consensuels.

Scénario n°2 : un gouvernement minoritaire

Scénario au départ le plus probable, l’option d’un gouvernement minoritaire semble s’éloigner. Angela Merkel s’y est elle-même refusée, préférant des élections anticipées en cas d’échec totalement acté des négociations.

Pourtant, l’option d’un gouvernement minoritaire n’est pas totalement évacuée, notamment au sein de la CDU/CSU. Certains évoquent la possibilité d’un gouvernement de coalition avec les écologistes, avec lesquels les relations sont bonnes.

Il manquerait 42 sièges à la coalition pour devenir numériquement majoritaire. Mais en cas d’abstention d’une partie des députés, notamment sociaux-démocrates, la marge de manœuvre serait étroite, mais suffisante, pour faire passer les projets de loi.

Scénario n°3 : vers de nouvelles élections

La promulgation de nouvelles élections suite à cet échec serait inédite, mais juridiquement possible. Angela Merkel a envisagé cette possibilité dès lundi, et l’opinion affiche sa préférence pour ce scénario plutôt qu’un gouvernement minoritaire.

Mais deux écueils sont possibles. Le premier serait celui d’une reconduction des équilibres politiques actuels. C’est ce que montrent les intentions de vote depuis l’élection de septembre. Les résultats fluctuent, mais pas assez pour dégager une majorité éventuelle, droite et écologistes par exemple.

Le deuxième serait la montée des partis populistes. L’extrême-droite de l’AFD se réjouit publiquement de l’échec des négociations. Et le parti en profiterait électoralement, jusqu’à approcher des 15% dans les sondages, un seuil éminemment symbolique.

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