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Va-t-on vers une pénurie d’essence ?

Les automobilistes français se souviennent encore des longues files devant les stations-service en 2022. La peur d’une pénurie et du réservoir vide avait traversé le pays en quelques jours à peine. Aujourd’hui, la situation semble stable en apparence. Pourtant, sous la surface, les signaux s’accumulent. Et ils n’ont rien de rassurant.

La question d’une pénurie d’essence à grande échelle n’est plus réservée aux cercles catastrophistes. Elle s’invite désormais dans les rapports de l’Agence internationale de l’énergie, dans les couloirs de Bruxelles, dans les arbitrages des grandes capitales. Non pas parce que le pétrole est sur le point de disparaître. Mais parce que la chaîne qui permet de l’extraire, de le raffiner et de le distribuer reste plus fragile qu’on ne veut bien l’admettre.

Une offre sous pression permanente

L’OPEP+ mène depuis plusieurs trimestres une politique de réduction volontaire de sa production. Riyad la défend comme un outil de stabilisation des prix. Dans les faits, elle crée une tension structurelle entre une offre contenue et une demande mondiale qui, contrairement aux prévisions les plus optimistes, ne fléchit pas. L’Inde, l’Asie du Sud-Est, une partie de l’Afrique subsaharienne consomment de plus en plus. Et pour ces marchés-là, l’essence reste le carburant du quotidien, sans alternative crédible à court terme. Par ailleurs, chaque escalade dans le détroit d’Ormuz ou chaque attaque en mer Rouge fait grimper la prime de risque sur le baril. Les armateurs déroutent leurs tankers, les délais s’allongent, les coûts explosent. Ce n’est donc pas une coupure nette, mais une usure lente qui fragilise les approvisionnements européens de manière quasi invisible.

En parallèle, l’Europe a perdu une part significative de ses capacités de raffinage au cours de la dernière décennie. Des usines ont fermé, jugées non rentables, tandis que la politique énergétique du continent se tournait vers la sortie des hydrocarbures. Le problème, c’est que cette sortie reste encore loin d’être consommée. Résultat, on se retrouve avec une capacité industrielle réduite pour répondre à une demande qui n’a pas encore suivi le mouvement.

La transition énergétique, faux rempart contre la crise

On serait tenté de croire que la montée en puissance du véhicule électrique règle une partie du problème. Les ventes progressent, les bornes se déploient et les constructeurs annoncent des calendriers de bascule. Pourtant, des centaines de millions de véhicules thermiques tournent encore chaque jour. Il faudra de longues années avant que le parc mondial soit suffisamment électrifié pour faire baisser la pression sur le marché du carburant. La transition avance, mais pas assez vite pour combler l’écart.

Il existe aussi un paradoxe que peu de gouvernements osent formuler clairement. La pression réglementaire sur les investissements fossiles freine les projets d’extraction à long terme. C’est une bonne nouvelle pour le climat. Mais c’est, mécaniquement, une mauvaise nouvelle pour la sécurité d’approvisionnement à moyen terme. On désinvestit du pétrole avant que l’alternative soit opérationnelle à l’échelle. C’est précisément ce ciseau-là qui inquiète les analystes. La pénurie franche et durable n’est pas pour demain, mais les conditions pour l’éviter durablement ne sont pas réunies non plus.

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