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Vote par correspondance : la crainte de la lettre perdue des élections américaines

Ce 23 octobre, les électeurs américains sont déjà 50 millions à avoir votés. Avec environ 15 millions de citoyens à être allés aux urnes, le nombre de votes par correspondance s’élève à 35 millions. Représentant plus d’un tiers des votes de la précédente élection, les chiffres du vote anticipé laissent présager un record de participation. Pourtant, sa manifestation la plus importante pose encore question et soulève quelques inquiétudes.

Si voter est un devoir civique, le vote par correspondance est une belle alternative à l’ère du Covid-19. Ce dernier permet d’abord d’éviter une potentielle contamination en allant sur place mais aussi, et surtout pour certains, une attente importante causée par les restrictions sanitaires. Cependant, cette alternative n’en est pas vraiment une. Les Américains y sont, en effet, habitués en témoigne les 33 millions de votants par correspondance lors de l’élection de 2016. En revanche, si des États sont particulièrement à l’aise avec ce vote par correspondance, comme l’Oregon ou l’Utah, les réalités sont multiples. Les États du Wisconsin et du Michigan font eux face à un vrai défi d’organisation.

Ce système laisse alors présager un taux de participation aux présidentielles plus important que la moyenne, dans ce pays très abstentionniste où le taux stagne autour de 55 %. L’entreprise TargetSmart relève qu’environ 25 % de ses votants en ligne n’avaient pas votés en 2016, reste à savoir si ces chiffres sont le résultat d’une élection par correspondance ou bien lié à une certaine marge de la population qui sort de l’abstention pour s’opposer au président sortant. Ce dernier appelle alors aux électeurs de ne pas se tourner vers cette solution, en invoquant la menace de la fraude.

La défiance du Parti républicain

Le rapport au vote par correspondance est, en effet, fortement corrélé à la tendance politique. Les démocrates, qui prennent plus au sérieux la menace du Covid-19, y sont très majoritairement favorables. À l’inverse, les conservateurs sont plus réticents en invoquant à nouveau l’épouvantail de la fraude. L’argumentaire républicain se contredit d’ailleurs parfois, les dirigeants de l’Utah soulignent la fiabilité du vote par correspondance au niveau de l’État, qui utilise majoritairement ce format, et mettent en avant sa fragilité au niveau national.

Pour le politologue Maxime Chevraux, le Président républicain s’efforce de mettre en place des mesures étranges dans le but de décrédibiliser les élections. Cela explique peut-être l’action du Grand Old Party qui installe des fausses boîtes aux lettres de votes en Californie. Si ces votes vont être comptabilisés les critiques n’en sont pas moins vives de la part de l’opposition. Cette histoire n’est pas sans rappeler la politique de réduction des coûts de Louis Dejoy, président-directeur général du groupe postal américain et proche de Donald Trump, en juin 2020. Si cette politique est suspendue jusqu’à la fin de l’élection, le Parti démocrate accuse encore le Président de vouloir la perturber.

Une manifestation s’opposant à la politique de réduction des coûts de Louis Dejoy à Washington, le 15 août 2020 ( Cheriss May / REUTERS )

Si la crainte d’une fraude via le vote par correspondance est présente dans l’esprit du Parti républicain et dans la culture, elle reste, à l’image de la nouvelle Franchise d’Isaac Asimov, une fiction. Des think tanks de tous bords soulignent le caractère extrêmement marginal de cette dernière.

De plus, si on peut croire que le Parti démocrate profite le plus du vote par correspondance, des études nuancent fortement le propos. Une étude de l’université de Stanford souligne que le vote par correspondance ne favorise aucun camp. Si les démocrates sont effectivement plus nombreux à voter par correspondance, la tendance s’équilibre lors du vote des républicains dans les urnes. Ainsi, si la plupart des réticences des républicains sont discutables, force est de constater que des interrogations subsistent.

Des réalités disparates qui compliquent la démocratie en Amérique

En tant qu’État fédéral, les modalités de vote par correspondance sont différentes d’un État à l’autre. Le vote est ouvert à tous dans 45 États sur 50, il est même très aisé dans 9 d’entre eux, tel l’Utah et l’Oregon mentionnés précédemment. En revanche au Texas, au Mississippi, en Louisiane, dans le Tennessee et l’Indiana il est déjà plus ardu d’obtenir l’autorisation. Cette autorisation n’est accordée que dans des situations précises et être contaminé par la Covid-19 n’en est pas une au Mississippi et au Texas.

Si la fraude n’est pas à considérer comme un obstacle sérieux à la bonne tenue de l’élection, on peut craindre la non-validation de certains votes. De nombreux États n’étant pas habitués à ce système il est probable que de nombreux citoyens ne connaissent pas les obligations formelles comme une signature absente ou incorrecte. Certains États ont même des conditions particulières, la Pennsylvanie impose deux enveloppes, la première étant anonyme. Au total, un demi-million de votes se sont vus invalidés lors des primaires de 2016.

Donald Trump annonce la couleur.

Le plus grand défi du vote par correspondance reste alors la question du retard des bulletins. Le décompte des bulletins risque de prendre plus de temps que prévu, notamment dans les États n’ayant pas l’habitude de ce système. Avec 22 États décomptant les votes jusqu’à 3 jours après l’élection, le résultat du 4 novembre sera au mieux incertain, au pire faux. De même, certaines voix craignent l’impossibilité de compter toutes les voix, et ainsi la perte de ces votes. Cette crainte est telle que les démocrates appellent aux électeurs à voter aussi en physique, afin d’éviter ce type de scénario catastrophe. Enfin, Donald Trump met de l’huile sur le feu en soulignant que si défaite il y a elle sera cause de fraude. Certains démocrates craignent alors que la potentielle « vague bleue », soit un afflux de votes démocrates aux lendemains de l’élection, soit contestée par un président soutenu par une Cour suprême républicaine et des milices armées. À l’inverse, des électeurs républicains craignent un soulèvement des démocrates en cas d’une défaite de Biden. Une chose est sure, les élections présidentielles ne seront pas terminées le 3 novembre.

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Journaliste VL.
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