Lundi 25 septembre, les Kurdes ont défié l’Irak en organisant un référendum pour leur indépendance. Sans surprise, le oui l’a emporté à plus de 90 %. Menaces de guerre, répressions et sanctions, le ton monte dans la région. Vécu comme un tournant historique, ce vote mènera-t-il ce peuple oublié à sa perte ?

« Nous avons deux choix, l’indépendance ou la soumission »

Soir de scrutin. La foule scande le nom de Barzani, leader du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK). Peuple en liesse, drapeaux au vent. Jaune, vert, rouge, les couleurs kurdes incarnent l’optimisme d’un peuple opprimé parvenant enfin à s’exprimer. Pourtant, à seulement quelques kilomètres, la menace irakienne gronde. Leur rêve d’indépendance ne serait-il que du vent ? Certainement pas, dans le cœur des Kurdes. Ils sont trente-cinq millions à former un peuple sans Etat, éclatés entre la Turquie, l’Iran, l’Irak, et la Syrie.

Référendum

Crédits – Hassan Ammar / AP

Arabes et Perses, peuples ennemis unis face à la question kurde

Pour embraser la région, il suffirait d’une étincelle. C’est pourquoi les velléités séparatistes inquiètent. L’Irak craint pour ses ressources pétrolières car les Kurdes revendiquent la région de Kirkouk, riche de 40 % du pétrole irakien. Syrie, Iran et Turquie menacent de représailles. Ils redoutent que le référendum ne fasse tache d’huile et soulève leur population kurde amputant une partie de leur territoire.

Première riposte, le blocus aérien organisé par l’Irak et ses voisins. La Turquie pourrait porter le coup de grâce en bloquant le passage des exportations de pétrole kurde. Depuis la chute du prix du baril, le Kurdistan traverse une crise économique sans précédent. Le pire reste à venir si la réponse se militarise. L’armée irakienne se tient prête à frapper.

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Daesh, une aubaine pour les Kurdes ?

Engagés depuis 2014 dans une lutte acharnée, les combattants kurdes brillent sur la scène internationale. Les Peshmergas ont conquis de nouveaux territoires et ne comptent pas les abandonner. Mohamed Adil, fils du porte-parole kurde du comité anti-corruption au Parlement irakien, nous confie :

« Nous sommes la première force à être parvenue à repousser la menace de Daesh. Nous avons perdu beaucoup de peshmergas, nos combattants ne sont plus payés et la guerre a presque détruit notre économie. Nous sommes en droit d’exiger notre propre Etat. »

Mais leurs alliés se contenteront de livrer des armes. Ils s’alarment d’un possible embrasement de la région propice à l’Etat Islamique et s’opposent au référendum.

Référendum

Caricature de Dijwar Ibrahim

 « Une énorme erreur » selon ses détracteurs

Pour l’un des plus farouches opposants du président Barzani, l’heure du référendum n’avait pas sonné. Youssef Mohammed, issu du parti rival, dénonce la précipitation et la gestion opportuniste du leader actuel. Il fustige un vote « illégitime » porté par le « clan Barzani ». Il condamne ses pratiques autoritaires aux antipodes de la culture kurde basée sur la démocratie, la tolérance et l’égalité des sexes.

Massoud Bazarni, de son côté, ne lâche rien. « Trop de familles kurdes ont souffert, nous irons jusqu’au bout » assure-t-il. On pourrait penser à une stratégie. Concéder à l’abandon du projet d’indépendance en échange d’un territoire autonome davantage étendu. Le Kurdistan irakien a acquis son autonomie en 1991. Il dispose d’un président, d’un gouvernement et d’un parlement. Un véritable modèle pour les Kurdes.

Référendum

Barzani sous le portrait de son père – Crédits : AFP

Le rêve d’une nation oubliée : le plus grand peuple apatride au monde

Le Kurdistan, assis sur une mine d’or noir, ne verra jamais le jour. Pourtant, le traité de Sèvres de 1920 promettait à la minorité kurde la création d’un Etat bâtit sur les décombres de l’empire Ottoman. Son histoire sera celle d’une succession de déportations et de massacres. La répression culmine en 1988. Le régime de Saddam Hussein orchestre des attaques chimiques afin d’éradiquer « le problème kurde ». Un génocide reconnu par la Cour Pénale Internationale. La première opération à Halabja conduit à la mort de cinq mille personnes en moins d’une heure. Mohamed Adil confirme :

« Ils ont tué notre peuple, brûlé nos villages. Ils ont tout fait pour nous arrêter mais nous continuerons à nous battre pour nos droits fondamentaux. Jusqu’à réaliser notre rêve d’indépendance. » 

Après un siècle de massacres passés sous silence, ce peuple oublié compte bien prendre sa revanche.

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Pourquoi la Turquie frappe-t-elle les Kurdes et non Daesh ?