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5 femmes dépossédées de leur art

Il fut un temps où les femmes ne pouvaient vivre d’une carrière artistique tant leur rôle était destiné à être des épouses et mères aimantes. De la popstar Britney Spears à l’écrivaine Colette, nombreuses sont les femmes artistes voyant leur art être spolié ou dénigré et qui sont encore aujourd’hui constamment associées aux hommes de leur vie…

Britney Spears en 2021…

Véritable sex symbol du début des années 2000, ses danses sensuelles, vêtements sexy et jeans taille basse pourraient nous raconter l’histoire d’une jeune femme libre et indépendante. Pourtant, Britney Spears, un des plus grands phénomènes pop de notre ère, a vu 13 ans de sa vie dérobés par son père après une dépression. 

Mise sous tutelle après un épisode de détresse psychologique, en 2008, son père obtient le contrôle sur sa vie privée, professionnelle et financière. Chacun de ses faits et gestes est contrôlé et consigné dans des documents judiciaires, et elle ne possède aucun droit sur sa fortune. 

Alors que sa situation est passée sous silence et oubliée par l’opinion publique, c’est au printemps 2020 que naît le mouvement #FreeBritney. Bien que son père accepte de lever sa tutelle, la chanteuse est toujours en pleine procédure judiciaire afin de reprendre possession de sa vie et de ses droits.

Une histoire pareille en 2021 peut bien paraître hors du commun mais est bien loin d’être un cas isolé. Britney Spears est encore aujourd’hui le reflet d’une société dominée par les hommes et encore beaucoup trop infantilisante envers les femmes qui peinent à recevoir la même reconnaissance que leurs pairs dans le domaine artistique. 

Ce contrôle total de la femme justifié par la folie sera retrouvé chez une autre artiste, Camille Claudel au début du XXème siècle tandis que Fanny Mendelssohn verra également sa vie contrôlée par sa famille et plus particulièrement son père… Des siècles en arrière, bien d’autres artistes ont également été les victimes d’une société qui a voulu les contrôler et les déposséder de leurs productions artistiques.

Camille Claudel, un destin tragique

Peintre et sculptrice, ce n’est que depuis les années 80, un demi-siècle plus tard que l’on a pu entendre résonner le nom de Camille Claudel. 

Passionnée par la sculpture depuis l’adolescence, elle devra tout au long de sa vie faire face à sa mère qui aura une violente aversion pour cet art. Elle étudiera d’abord sous la direction d’Alfred Boucher avant de rencontrer Auguste Rodin et de travailler avec lui pendant de longues années. 

Son travail, dans l’ombre et constamment comparé au célèbre Rodin, aura du mal à s’imposer sur la scène artistique. Sa difficulté à obtenir de la reconnaissance pour ses œuvres et à gagner sa vie la mènera à une folie. Paranoïaque, elle est persuadée que Rodin est la cause de son infortune, qu’il la pille, l’empêche d’accéder à la reconnaissance qu’elle mérite. 

Le 7 mars 1913, la famille de Claudel la fait admettre à l’asile de Ville-Evrard après la mort de son père. En concordance avec la « loi sur les aliénés » de 1838, Camille Claudel acquiert un statut légal qui équivaut à celui d’un mineur et donne le pouvoir à ses parents de l’interner et prendre des décisions à sa place. Elle restera en asile dans des conditions indignes jusqu’à sa mort en 1943, sans plus jamais sculpter. 

Fanny Mendelssohn, gâchée et cachée par les Mendelssohn 

Fanny Mendelssohn-Hensel, compositrice et musicienne aurait très certainement été une des figures les plus marquantes du romantisme allemand, si elle n’était pas une femme. 

Jeune pianiste et compositrice, elle a 14 ans lorsque son père l’interdit de se produire en concert ou de publier ses compositions afin de se concentrer sur des « activités féminines » dont son futur rôle d’épouse et de mère. Son frère Félix de son côté, se complète par de nombreux voyages et occasions de parfaire son art. 

Ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’elle s’opposera à cette interdiction, et publiera en un an les lieder, les œuvres pour piano et les œuvres vocales pour chœur. Même si son mari poursuivra la publication de ses œuvres après sa mort, le talent de Fanny Mendelssohn restera largement méconnu par ses contemporains.

Colette signé Willy 

“Les femmes libres ne sont pas des femmes” disait Colette dénonçant une condition sociale qui a rendu son ascension artistique et littéraire compliquée. 

Colette est encore adolescente lorsqu’elle rencontre Henry Gauthier-Vilars surnommé « Willy » qu’elle épousera. Très surpris par les talents d’écriture de sa jeune femme, Willy l’utilisera comme prête-plume. Il s’appropriera ses écrits dont les premiers « Claudine » qui auront un succès fulgurant et seront signés « Willy ». 

Il faudra plusieurs années à Colette pour prendre son indépendance et s’affirmer en tant qu’artiste femme reconnue. Elle finira, malgré ses débuts, par être la seconde femme à laquelle la république ait accordé des obsèques nationales. 

Margaret Keane, les yeux volés 

L’histoire de Margaret Keane, représente une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art.

Margaret Keane était une enfant douée pour le dessin et la peinture, elle illustrera des personnages aux grands yeux devenus sa signature artistique. Son deuxième mari, Walter Keane, commence dans la deuxième moitié des années 50 à vendre ses toiles en prétendant en être l’auteur. Il en viendra même à séquestrer Margaret dans son atelier afin de la forcer à produire plus d’œuvres. 

Ce n’est qu’à la suite de son divorce qu’elle avoua publiquement que c’était elle qui avait peint les toiles. Elle mettra au défi son ex-époux lors d’un procès en cour fédérale en 1986, et peignit une toile en moins de 1 heure prouvant finalement qu’elle est bien l’artiste derrière ces œuvres. 

Redécouvrir ou découvrir l’histoire de ces artistes

Ces artistes, tout comme Britney Spears, ont vu leur travail mais aussi leur vie dérobés de leurs mains et contrôlés par autrui. Aujourd’hui de nombreux films ont été produits afin de faire connaître ces artistes, dont le travail demeure toujours moins reconnu que celui d’hommes célèbres.

Le film « Camille Claudel » réalisé par Bruno Nuytten sorti en 1988, a contribué à la mise en lumière de l’artiste à travers une mise en scène biographique. 

« Colette » paru en 2018, met en scène Keira Knightley dans le rôle de Colette, racontant l’histoire et le combat de l’artiste contre son époux. 

Tim Burton transposera également l’histoire de Margaret Keane dans son film « Big Eyes » en 2014, une façon de mettre à l’honneur cette femme et son éveil artistique dont la reconnaissance a été volée par son ex-mari. 

Pour une documentation plus actuelle, vous pouvez également visionner le documentaire « Framing Britney Spears » racontant l’histoire de cette enfant star victime de son succès et surtout d’un entourage malveillant. Ce documentaire pourrait d’ailleurs avoir une suite tant que le combat de la chanteuse continue.

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