Sept ans après la fin de la série culte, Peaky Blinders offre une conclusion à son héros avec le film L’homme immortel sur Netflix.
C’est quoi, Peaky Blinders : l’homme immortel ? Birmingham, 1940 : l’Europe est en guerre, le Royaume-Uni vacille sous les bombardements allemands. Ancien leader des Peaky Blinders, Tommy Shelby (Cillian Murphy) vit désormais reclus, ombre perdue dans ses souvenirs et hanté par ses fantômes. Le gang est maintenant dirigé par Duke (Barry Keoghan), son fils illégitime. Lorsque John Beckett (Tim Roth), un agent au service des nazis, le contacte pour utiliser les Peaky Blinders afin de déstabiliser l’économie britannique en inondant le pays de fausse monnaie, Duke accepte en échange d’un pourcentage. Alerté par ceux qui voient d’un mauvais œil cette association, Tommy est contraint de sortir de son exil. Non pas pour reconquérir son empire mais pour empêcher sa destruction — et celle de sa famille.
L’essentiel
Créée en 2013 par Steven Knight, Peaky Blinders s’est imposée comme l’une des séries les plus marquantes de ces dernières années, notamment grâce à son esthétique singulière, son mélange d’histoire et de fiction et l’interprétation iconique de Cillian Murphy. Aujourd’hui, sept ans après la dernière saison, l’histoire de Tommy Shelby s’achève sur Netflix avec un film d’environ deux heures : L’homme immortel.
L’idée d’un long-métrage a été évoquée dès la fin de la série en 2022. Knight souhaitait notamment ancrer son épilogue dans la Seconde Guerre mondiale, boucle logique d’un récit déjà profondément marqué par les traumatismes de la Première. C’est donc en 1940, alors que l’Angleterre est frappée par le blitz allemand, que l’on retrouve le personnage de Tommy Shelby. Le leader flamboyant que l’on a connu a cédé la place à un homme fatigué, vidé de toute ambition, qui erre seul parmi les fantômes de ses morts. Jusqu’à ce que les circonstances le forcent à sortir de son isolement.
On aime
Visuellement, L’homme immortel est irréprochable : époustouflant et spectaculaire. L’esthétique Peaky Blinders est devenue une signature à ce stade, et le réalisateur Tom Harper en maîtrise tous les codes : images léchées, atmosphères enfumées, contrastes marqués, montage emblématique, musique anachronique (dont le fameux Red Right hand de Nick Cave), ralentis…
Pour faire sortir Tommy Shelby de son isolement volontaire, le film prend comme point de départ un événement historique réel : l’opération Bernhard, un plan ourdi par les nazis visant à déstabiliser l’économie britannique par l’introduction massive de contrefaçon de livres sterling. Lorsque son fils Duke, qui a pris sa suite à la tête des Peaky Blinders, décide d’y prendre part par appât du gain, Tommy accepte d’intervenir à contrecœur. Mais ce n’est pas un retour triomphal pour reprendre le pouvoir ; c’est un retour par nécessité pour protéger sa famille, son héritage, son pays.
La relation entre Tommy et Duke est au cœur de l’histoire. Le second apparaît comme une version déformée du premier. Là où le père contrôlait ses pulsions, le fils les embrasse pleinement ; là où Tommy conservait un sens de la morale, Duke n’a aucune limite éthique. Cette dynamique donne lieu aux scènes les plus fortes du film. Si Barry Keoghan ne démérite pas, force est de constater que c’est Cillian Murphy qui porte le film. Brisé, Tommy affronte ses fantômes, ses regrets, son sentiment de culpabilité. Il devient presque mystique et affirme lui-même : « Je ne suis pas un homme immortel. Je suis juste un homme qui n’est pas encore mort.” Magnétique, l’acteur réinvente magistralement le personnage qu’il a incarné durant six saisons.
On aime moins
Cette conclusion est moins structurée autour d’une intrigue que d’un état : celui d’un homme arrivé au bout de lui-même. L’histoire, assez prévisible, ne réserve guère de surprise : l’intrigue deviendrait presque secondaire, la seconde guerre mondiale et le complot nazi servant davantage de toile de fond que de véritable moteur dramatique. Même l’affrontement entre Tommy et Duke est plus symbolique que concret, il s’appuie davantage sur des réflexions et des thématiques (transmission, héritage, etc.) que sur un vrai face-à-face. Résultat : le film touche souvent juste émotionnellement, mais manque un peu d’impact narratif.
Le choix d’un film de deux heures a également pour conséquence une focalisation marquée sur Tommy, au détriment des personnages secondaires. A l’instar de l’antagoniste joué par Tim Roth, à peine esquissé et qui n’atteint jamais tout son potentiel ; ou le personnage interprété par Stephen Graham, qui ne fait qu’une apparition presque anecdotique. On se surprend à regretter que l’ensemble n’ait pas été développé comme une saison supplémentaire.
Se pose enfin une question : L’homme immortel était-il nécessaire ? La réponse est complexe car paradoxale : si l’ultime saison laissait planer une certaine ambiguïté, le film offre un épilogue définitif à son héros… sans apporter de réelle nouveauté. Il referme le parcours de Tommy Shelby de manière opportune et efficace, sans pour autant être indispensable.
On regarde si… on a aimé Peaky Blinders et on veut retrouver l’esthétique époustouflante de la série ; on veut une fin définitive pour Tommy Shelby ; on a envie de découvrir une autre facette du talent de Cillian Murphy.
On ne regarde pas si… on n’a pas suivi Peaky Blinders, parce qu’on ne va pas comprendre grand-chose au film ; on veut voir briller Tim Roth ou Barry Keoghan, clairement sous-employés ; on se contente de la conclusion de la série, qui se suffit à elle-même.