Samedi matin, le Mali s’est réveillé en guerre. Pas la guerre lointaine du désert, celle des embuscades oubliées dans les dunes. Cette fois, les combats ont éclaté au cœur des villes, dans les rues de Bamako, à quelques kilomètres à peine de la présidence. En quelques heures, le pays a basculé dans la crise sécuritaire la plus grave qu’il ait connue depuis quatorze ans.
Une alliance inédite qui change tout
Dès l’aube du 25 avril 2026, deux groupes armés ont frappé simultanément six villes maliennes : Bamako, Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal. D’un côté, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, mouvement djihadiste lié à Al-Qaïda. De l’autre, le Front de libération de l’Azawad, rébellion indépendantiste touareg qui réclame depuis des années la création d’un État dans le nord du pays. Ces deux organisations ne s’étaient jamais alliées auparavant. Elles se sont pourtant engagées ensemble ce matin-là, en coordination totale, sur l’ensemble du territoire malien.
C’est précisément cette nouveauté qui alarme les spécialistes du Sahel. Jusqu’ici, djihadistes et séparatistes touaregs poursuivaient des objectifs distincts et opéraient séparément. Leur rapprochement ouvre une nouvelle phase du conflit malien, bien plus complexe à contenir pour une junte déjà fragilisée. À Kati, ville-garnison située à quinze kilomètres de Bamako et coeur militaire du pays, des assaillants en uniformes maliens sont entrés en ville à moto, tandis qu’un attentat au véhicule piégé visait simultanément le domicile du ministre de la Défense.
Le ministre de la Défense tué, un tournant pour le pays
Sadio Camara n’a pas survécu. Le ministre de la Défense malien est mort dans l’explosion qui a entièrement détruit sa résidence à Kati. Le kamikaze a conduit un véhicule bourré d’explosifs jusqu’au domicile du général, ne lui laissant aucune chance. Sa mort constitue un coup politique et symbolique majeur pour la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 2020.
Pourtant, c’est le silence de son supérieur qui interroge le plus. Le général Assimi Goïta, chef de la junte malienne, n’a fait aucune apparition publique depuis le début des attaques. Selon des sources sécuritaires, il a été exfiltré de Kati dans les premières heures et se trouverait en lieu sûr. Mais plus de trente-six heures après l’offensive, il n’a toujours pas pris la parole. Ce mutisme déroute les observateurs et nourrit les spéculations sur l’état réel du pouvoir à Bamako. En parallèle, le chef du renseignement et le chef d’état-major des armées ont tous deux été blessés lors des combats.
Kidal retombe, les Russes plient bagage
La chute de Kidal résume à elle seule l’ampleur du désastre pour la junte. En novembre 2023, l’armée malienne, appuyée par les mercenaires russes du groupe Wagner, alors rebaptisé Africa Corps, avait repris la ville aux rebelles touaregs après une décennie de contrôle. Cette victoire représentait l’un des marqueurs symboliques forts du régime. En moins de vingt-quatre heures, elle s’est évaporée.
Le Front de libération de l’Azawad a négocié directement avec les soldats russes un accord de retrait pacifique. L’Africa Corps a quitté Kidal sans combattre. «Kidal est déclarée libre», a affirmé le porte-parole du FLA. Plusieurs analystes estiment que cet épisode porte atteinte durablement à la crédibilité du partenariat militaire russo-malien, dont l’un des arguments centraux était précisément la capacité à tenir les villes stratégiques du nord.
Dimanche soir, les combats ont perdu en intensité sur l’ensemble du territoire. La junte a imposé un couvre-feu nocturne de trois jours sur le district de Bamako. Officiellement, elle affirme contrôler la situation. Sur le terrain, la réalité reste bien plus incertaine.
