Face à la montée des crimes transnationaux, Interpol a lancé un outil discret mais puissant : “Identify Me”. Cette initiative mobilise le public pour redonner une identité à des victimes inconnues, souvent oubliées. Une autre manière de faire parler la police scientifique, avec l’aide des citoyens
Une enquête ouverte au monde
Depuis 2023, « Identify Me » part d’une conviction simple mais puissante : montrer des visages pour faire parler des mémoires. Derrière chaque dossier, il y a une femme retrouvée morte quelque part en Europe, sans nom, sans histoire connue parfois depuis plus de vingt ou trente ans. Les enquêteurs ont tout essayé. Les pistes classiques sont mortes dans l’impasse. Alors ils se tournent vers les gens.
Interpol publie tout ce qu’on sait d’elle : son visage reconstitué par des experts, la couleur de sa veste, la forme d’un bijou porté au poignet, une cicatrice, une couleur de cheveux. Des détails en apparence anodins, mais qui peuvent soudainement faire écho chez quelqu’un un ancien voisin, un ex-collègue, un membre de sa famille qui la cherche depuis des années sans savoir où regarder.
Ce qui rend ce programme unique, c’est aussi son échelle. Ces femmes ont souvent traversé plusieurs pays, vécu ailleurs, disparu loin de chez elles. Avec ses 195 États membres, Interpol peut faire circuler ces informations aux quatre coins du monde.
Entre technologie et devoir de mémoire
Si “Identify Me” repose sur la participation citoyenne, il s’appuie aussi sur des outils scientifiques avancés. Les enquêteurs utilisent notamment l’ADN, les analyses dentaires ou encore l’anthropologie médico-légale pour affiner les profils. Ces techniques permettent parfois de déterminer l’origine géographique, l’âge approximatif ou le mode de vie des victimes. Mais malgré ces progrès, certaines identifications restent impossibles sans intervention extérieure. C’est là que le programme prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de résoudre des enquêtes, mais aussi de rendre une dignité à des personnes oubliées. Sans nom, une victime reste dans l’ombre, et ses proches, s’ils sont encore en vie, ne peuvent pas faire leur deuil.
En médiatisant ces affaires, Interpol cherche aussi à créer un lien émotionnel avec le public. L’objectif est de transformer une information froide en histoire humaine. Chaque visage diffusé devient une énigme, mais surtout une vie interrompue. Cette approche change le regard porté sur les enquêtes criminelles, en mettant l’accent sur les victimes plutôt que sur les faits.
Aujourd’hui, “Identify Me” dépend largement de sa visibilité. Plus les portraits circulent, plus les chances de résolution augmentent. Dans cette chaîne, les médias et les citoyens jouent un rôle déterminant. À l’heure des réseaux sociaux et de l’information en continu, une simple publication peut faire basculer une enquête restée bloquée pendant des années. Ce programme a permis de découvrir une femme dont le corps avait été retrouvé dans un tonneau en plastique de récupération d’eau de pluie il y a 20 ans en France a été identifiée par les autorités françaises. Il s’agit de Hakima Boukerouis.
Il s’agit en outre de la première arrestation en lien avec une affaire présentée dans le cadre de la campagne Identify Me.
