Il y a seize ans, un bus immobile en Afrique du Sud faisait honte à tout un pays. Le mercredi 13 mai 2026, Netflix a donc rouvert ce dossier avec « Le Bus : Les Bleus en grève », un documentaire de 79 minutes que Christophe Astruc a réalisé. Le lendemain, Raymond Domenech a pris la parole. Pas pour saluer l’initiative, mais pour la démolir. Il se dit « meurtri et trahi ». Voilà pourquoi.
Un documentaire sur Knysna construit comme un thriller
Seize ans de silence, et puis ça. Netflix a réuni plusieurs protagonistes de l’épisode le plus sombre du football français. Patrice Évra, William Gallas, Bacary Sagna ou encore Djibril Cissé ont ainsi accepté de témoigner. François Manardo, l’ancien chef de presse de la sélection, a lui aussi pris la parole. Domenech, de son côté, a joué le jeu. Il a ouvert ses archives personnelles à la production. Le film remonte d’abord jusqu’à la défaite en finale du Mondial 2006 face à l’Italie, puis déroule la désintégration d’un groupe.
La demande en mariage à Estelle Denis en direct à la télévision. L’astrologie comme outil de sélection. L’incapacité à créer un lien avec ses joueurs. Le documentaire ne cache rien. En plus, les réalisateurs ont monté le tout avec le rythme d’un thriller, jusqu’à un cliffhanger final que Netflix a demandé à la presse de taire. La plateforme parle d’une « logique de confrontation de récits ». Domenech, pourtant, voit autre chose.
Le journal intime, au cœur de la trahison ressentie
C’est là que ça fait vraiment mal. Avant de participer, Domenech avait confié son journal intime à la production. Ce journal, il l’avait rédigé au jour le jour pendant la compétition. C’est d’ailleurs le même qui avait inspiré son livre « Tout seul ». Or, dans le documentaire, la production livre des passages aux mots durs envers ses joueurs, tels quels, sans mise en perspective. Pour l’ancien sélectionneur, sortir ces notes de leur contexte revient donc à les trahir. Il écrit qu’elles « ne sont pas destinées à être livrées telles qu’elles », précisant qu’un journal « permet de maintenir en vie une femme ou un homme, accablé(e) de toutes parts ».
Mais au-delà du contenu, c’est surtout la méthode qui le révolte. Domenech dit en effet avoir posé une condition non négociable avant d’accepter de participer : « Nous avions décidé, en condition sine qua non de ma participation, que je disposerai d’un droit de regard sur tout. Cela m’a été refusé in fine en toute impunité et avec la plus grande malhonnêteté. » Il résume ainsi sa vision du film dans une formule cinglante : « Choisissez les extraits les plus croustillants, coupez, montez, arrangez, et vous aurez un film sensationnaliste qui n’a d’autre vocation que celle de ‘remuer de la merde’. »
Netflix répond, Ribéry allume
La plateforme n’a pourtant pas tardé à répondre. Dans un communiqué transmis à l’AFP, Netflix a balayé les accusations. La plateforme affirme ainsi que le documentaire n’était « ni un réquisitoire, ni une tribune », et que les réalisateurs l’ont construit dans une optique de confrontation des versions. En outre, la production rappelle que Domenech a lui-même remis les clés de son journal, et qu’aucun intervenant n’a touché un centime pour sa participation. Le sous-entendu est donc clair : il savait. Il a ouvert ses archives, et les réalisateurs ont simplement fait leur travail.
Mais c’est finalement une autre réaction qui a enflammé les réseaux. Le documentaire pointe en effet Franck Ribéry comme celui qui aurait, sans forcément s’en rendre compte, alimenté les révélations autour du clash entre Domenech et Nicolas Anelka. L’ancien ailier du Bayern a alors répondu sur X : « Mamma Mia Domenech, je t’aime beaucoup. Juste… je garde la vraie histoire pour plus tard. Allez ciao bello. » Une pique à peine voilée, qui laisse entendre que de nouvelles révélations pourraient encore suivre. Seize ans après Knysna, personne n’a donc encore rangé les armes.