C’est un classique de Quentin Tarantino qui ressort au cinéma le mercredi 8 juillet prochain. La franchise est de retour 22 ans après avec une version intégrale réunissant le premier et le second opus. Cette nouvelle version s’accompagne également d’un nouveau montage et d’une courte séquence d’animation. Nous avons vu pour vous Kill Bill The Whole Bloody Affair sachant que l’auteur de ces lignes n’avait pas vu les films originaux.
C’est quoi Kill Bill ? Au cours d’une cérémonie de mariage en plein désert, un commando fait irruption dans la chapelle et tire sur les convives. Laissée pour morte, la Mariée enceinte retrouve ses esprits après un coma de quatre ans. Celle qui a auparavant exercé les fonctions de tueuse à gages au sein du Détachement International des Vipères Assassines n’a alors plus qu’une seule idée en tête : venger la mort de ses proches en éliminant tous les membres de l’organisation criminelle, dont leur chef Bill qu’elle se réserve pour la fin
Les origines de Kill Bill
The first trailer for Quentin Tarantino’s ‘KILL BILL: THE WHOLE BLOODY AFFAIR’ has been released.
— DiscussingFilm (@DiscussingFilm) November 7, 2025
• Will include a never-before-seen 7-minute animated sequence
• Select presentations will be in 70mm and 35mm
• In theaters on December 5 pic.twitter.com/W7qNfINWxm
Tout commence pendant le tournage de Pulp Fiction. Tarantino et Uma Thurman (l’actrice principale) se retrouvent régulièrement sur le plateau et façonnent ensemble le personnage de la Mariée. L’idée germe, grandit et devient une obsession. Le scénario s’étire jusqu’à atteindre quatre heures de métrage. Trop long pour un seul film, la décision de tout couper en deux est prise à l’été 2003, sous la pression du producteur Harvey Weinstein. Cette nouvelle version regroupant les deux opus est alors la version originale pensée par Quentin Tarantino et ses équipes
Kill Bill est une déclaration d’amour au cinéma de genre. Un manifeste, un musée vivant que Tarantino traverse avec la frénésie d’un gamin dans une confiserie. Chaque plan cite quelque chose. Chaque scène rend hommage à quelqu’un. Certaines voix critiques se font entendre, légitimement. Le viol de Beatrix dans le coma est une scène inutile au récit. Elle confirme une tendance lourde chez Tarantino : utiliser les violences faites aux femmes comme déclencheur émotionnel, sans jamais vraiment explorer leur impact sur les victimes. Un angle mort que ses admirateurs les plus lucides reconnaissent volontiers.
Kill Bill the Whole Bloody Affair: Une lettre d’amour aux arts martiaux
Dans Kill Bill, les combats sont omniprésents chaque chorégraphie, chaque coup porté, chaque mouvement de personnage sert alors d’hommage au cinéma martial asiatique. Dans ce film Tarantino fait le choix fort de refuser toute CGI. Pour l’anecdote, ce choix fort l’a poussé à prendre 8 semaines pour filmer la scène de la maison des feuilles bleues. Dans cette dernière, l’héroïne s’oppose à une horde de yakuzas. Cette scène s’est aujourd’hui impoosée dans toutes les mémoires comme une scène mémorable du cinéma.
La direction artistique est hallucinante. Les références s’accumulent sans jamais s’annuler. Le passage en noir et blanc pendant le combat, la séquence animée retraçant les origines d’O-Ren Ishii ou encore la bande-son de RZA mêlée aux morceaux de Ennio Morricone. La direction artistique est d’une richesse insolente, portée par la photographie de Robert Richardson.
Une seconde partie qui calme le rythme
Là où la première partie est un manège sanglant permanent, la seconde partie du récit elle prend le temps. Elle explique le passé de l’héroïne mais également de l’antagoniste Bill. On passe réellement du cinéma martial au western. Bill prend de plus en plus de place sur l’écran au fur et à mesure que l’intrigue avance. David Carradine incarne Bill avec une autorité tranquille qui glacera le sang du spectateur. Initialement, Tarantino aurait écrit le rôle pour Warren Beatty mais la composante de combat au corps-à-corps a changé la donne. Carradine, ancien acteur de séries B, apporte à Bill une aura mythique et déconstruite à la fois.
Le personnage de Bill n’est pas en reste sur le côté philosophique. Le dialogue sur Superman reste l’une des plus belles scènes d’écriture de l’œuvre de Tarantino. Bill y explique à la Mariée ce qui, selon lui, distingue Superman de tous les autres super-héros. Clark Kent est le masque, Superman est la vérité. Au-delà du message philosophique, le personnage de Bill explique ici ses motivations passées et il vous faudra voir le film pour les comprendre.
Les différences entre la version longue et la version originale
There will be 7 minutes of new animated sequences in "Kill Bill: The Whole Bloody Affair".
— Catsuka (@catsuka) November 7, 2025
The trailer shows 2 seconds of it >> https://t.co/kMADFXVsqU pic.twitter.com/8Svyx0SX0f
Après la Director’s Cut de Zodiac (2008), Logan: Black & White (2017), la Snyder Cut de Justice League (2021) ou encore la Final Cut d’Apocalypse Now (2019), les réalisateurs semblent suivre une même tendance. Proposer leurs films tels qu’ils les avaient imaginés à l’origine. Les cinéastes sont souvent contraints de modifier leur vision initiale afin d’éviter de livrer des versions jugées trop longues ou difficiles d’accès pour le grand public. Quentin Tarantino n’a pas échappé à cette règle. C’est pourquoi, 22 ans après sa sortie, il propose une nouvelle version de sa saga mythique : Kill Bill.
The Whole Bloody Affair s’impose enfin non plus comme un diptyque fragmenté mais comme la fresque monumentale et unifiée que Quentin Tarantino avait initialement gravée dans sa tête. En fusionnant les deux volumes, le cinéaste élimine les béquilles narratives de l’époque. Adieu le résumé du Volume 2 et le cliffhanger iconique sur la survie de la petite B.B. Il redonne ainsi au spectateur la même ignorance totale et viscérale que celle de La Mariée. C’est surtout dans sa chair que le film retrouve sa radicalité.
À lire aussi : On a vu pour vous… The Best Immigrant, la dystopie qui transforme l’exclusion en spectacle
La mythique bataille de la Maison des Feuilles Bleues se déleste de sa censure en noir et blanc pour s’habiller d’un technicolor sanglant et barbare. Le massacre d’O-Ren Ishii s’enrichit d’un segment d’animation inédit et d’une violence graphique décuplée (à l’image du calvaire final de Sofie Fatale). Plus qu’une simple version longue, ce montage de près de cinq heures sublime la rupture de ton de l’œuvre. La première moitié frénétique, hommage absolu au cinéma de sabre asiatique glisse sans transition vers la lenteur crépusculaire d’un western spaghetti dédié à Sergio Leone.
Dans cette version, cette différence rythmique se fait peu ressentir, elle est même être logique. L’histoire commune entre Bill et l’héroïne nécessite un ralentissement pour comprendre la relation complexe entre les deux personnages. Cette différence rythmique sert également à faire oublier les 4 heures et 35 minutes de projection qui pourrait en rebuter plus d’un.
C’est donc un retour réussi pour Kill Bill au cinéma. 20 ans après, la franchise brille toujours et permet aux plus jeunes de découvrir une œuvre culte embellie et truffée de référence. Kill Bill the Whole Bloody Affair est le film de quelqu’un qui aime le cinéma plus que n’importe quoi d’autre au monde. Ça se voit à chaque plan, ça s’entend à chaque morceau de bande-son et ça se ressent, vingt ans plus tard.