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Coupe du monde 2026 : pourquoi ces supportrices générées par IA font-elles polémique ?

Depuis le début de la Coupe du monde 2026, des vidéos de supportrices générées par IA inondent les réseaux sociaux. Derrière ces images, un modèle économique bien huilé et un sexisme assumé.

Visage parfait, traits fins, hypersexualisées… Ces supportrices qui cumulent des millions de vues dans les tribunes du Mondial n’ont jamais mis un pied dans un stade depuis le début de la coupe du monde, le 11 juin 2026. Elles n’existent tout simplement pas. Elles sont fabriquées par intelligence artificielle. Leur prolifération a été documentée par plusieurs cellules de fact-checking européennes, dont l’Observatoire européen des médias numériques (EDMO) et sa branche belge EDMO BeLux. Bienvenue dans les tribunes du Mondial le plus truqué de l’histoire.

Comment ces supportrices générées par IA ont-elles envahi la Coupe du monde ?

Tout commence le 4 mai 2026, bien avant le coup d’envoi du Mondial. Une courte vidéo intitulée« Une Coréenne ordinaire » est diffusée sur X. Elle montre une jeune femme dans les tribunes d’un match de baseball de la KBO, le championnat sud-coréen. La séquence cumule rapidement près de 15 millions de vues. Son visage est surnommé la « déesse du baseball coréen ». Le quotidien The Korea Times révèle ensuite que la jeune femme a été générée par intelligence artificielle. Plusieurs incohérences apparaissant sur le tableau d’affichage du stade.

Très vite, des applications d’IA grand public diffusent des tutoriels expliquant comment recréer cet effet de « caméra qui vous repère dans la foule ». La tendance se propage à grande vitesse. Ce type de prompt s’adapte à l’ouverture de la Coupe du monde, le 11 juin. Depuis lors, des dizaines de vidéos représentant de jeunes supportrices dans les tribunes circulent massivement sur Instagram, TikTok, X et YouTube.

Plusieurs indices permettent pourtant d’identifier la supercherie. Les chronomètres figés à l’écran, les habillages TV incohérents avec les matchs réels, ou les logos de chaînes mal attribués ou encore les voix de commentateur artificielle mais à la vitesse à laquelle ces contenus se propagent. Rares sont ceux qui prennent le temps de vérifier.

Un modèle économique rodé derrière les supportrices IA

Derrière ces images, il n’y a pas que du sexisme. Il y a surtout de l’argent. Ces comptes fantômes monétisent les vues via les programmes de rémunération des plateformes (TikTok, YouTube, X) et redirigent vers des abonnements payants souvent sur OnlyFans ou des sites équivalents. La supportrice IA n’est que l’appât et l’événement sportif, le prétexte.

31 000 abonnés Instagram suivent par exemple le compte « Chiara Cleo », une fausse influenceuse entièrement synthétique. Dans les commentaires, beaucoup la croient réelle. Des agences spécialisées fabriquent aujourd’hui des dizaines de profils analogues. Elles construisent une audience sur Instagram ou TikTok. l’orientent vers Fanvue ou des programmes d’affiliation à des plateformes de webcam live. Certains comptes vont encore plus loin en vendant directement des tutoriels ou des « packs de prompts ». Ces séries d’instructions destinées aux intelligences artificielles, pour permettre de générer en quelques secondes des images du même type. Une industrialisation du faux qui échappe encore largement aux radars des plateformes.

Pourquoi ces images posent un vrai problème de société ?

La polémique dépasse largement le cadre du football. Ce qui change radicalement avec l’IA, c’est qu’il n’y a plus de femme du tout, donc plus personne à qui demander son consentement, des images plus vraies que nature, et une production en masse. Une rupture fondamentale avec les dérives passées du genre. Le phénomène s’appuie sur quelque chose de bien réel. Depuis des décennies, les réalisateurs braquent les caméras sur les « jolies spectatrices » quand le jeu s’endort. On appelle ça le « honey shot ». En 2018 déjà, l’agence Getty avait publié une galerie intitulée « The Sexiest Fans » du Mondial, avant de la retirer sous les critiques. L’IA n’a donc pas inventé ce regard, elle l’a simplement industrialisé et rendu incontrôlable.

Ces visages sont presque toujours les mêmes, grands yeux, nez fin, peau claire. Un standard de beauté uniforme, fabriqué à la chaîne, qui efface toute diversité et réduit les supportrices à une fonction purement esthétique. Cette multiplication d’images synthétiques soulève des interrogations plus larges sur les standards de beauté qu’elles contribuent à diffuser.

Du côté des plateformes, la réaction se fait attendre. Le DSA (Digital Services Act ) impose pourtant aux très grandes plateformes des obligations de modération renforcée face aux contenus trompeurs et manipulateurs mais entre l’obligation légale et son application concrète, le fossé reste immense. La FIFA, de son côté, observe un silence remarqué face à cette tendance sexiste générée par IA qui envahit sa compétition phare.

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