Ancienne directrice de la chaîne RT France jusqu’à son interdiction en 2022 par l’UE, Xenia Fedorova, chroniqueuse des médias du groupe Bolloré (CNEWS, Europe 1, Le JDD) est visée par un arrêté d’expulsion pour « atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ».
Xenia Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias liés à Vincent Bolloré (CNEWS, Europe 1, Le JDD), une ligne éditoriale qui a fini par attirer l’attention des autorités françaises. Une vive polémique a éclaté fin mai 2026, après la révélation de la prolongation, en 2024, de son titre de séjour pour dix ans, et un article du Monde évoquant une influence grandissante de la chroniqueuse sur le milliardaire conservateur.
Un arrêté d’expulsion de Beauvau

Le 29 juillet 2026, le ministère de l’Intérieur lui a remis un arrêté d’expulsion. Selon ce document, cité par plusieurs médias, son comportement en tant que chroniqueuse s’inscrirait comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes, dans le but de déstabiliser l’ordre public en France. Le texte va plus loin, estimant qu’elle contribue à la diffusion d’un discours visant à manipuler l’opinion publique et à saper la confiance des citoyens français en leurs institutions.
Xenia Fedorova, qui a annoncé vouloir contester cette décision, est également interdite de territoire en Allemagne. Elle avait publié en mars 2025 un livre intitulé Bannie (Fayard), retraçant son parcours. Son avocat, Emmanuel Piwnica, a indiqué qu’un recours allait être formé immédiatement contre l’arrêté.
Canal+ et Lagardère montent au créneau

La décision du ministère de l’Intérieur a immédiatement suscité la réaction de ses employeurs. Dans un communiqué commun diffusé le jour même, les groupes CANAL+ (propriétaire de CNEWS) et Lagardère (Europe 1, JDNews) ont apporté leur « plein soutien » à leur chroniqueuse. Les deux groupes disent avoir appris « avec stupeur » cette mesure d’expulsion immédiate.
Sans se prononcer sur le fond de ses prises de position, Canal+ et Lagardère estiment que l’empêcher de participer au débat public constituerait « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ». Le communiqué invoque l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et rappelle que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement. »
Le dossier a pris une tournure politique. Début juin 2026, Emmanuel Macron avait déclaré que Xenia Fedorova était déjà au service de la propagande d’État russe en 2017 et que rien n’avait changé depuis. Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait pour sa part tenu une position plus nuancée, avertissant qu’à vouloir interdire tous ceux qui diffusent des idées avec lesquelles on n’est pas d’accord, on finirait par interdire beaucoup de monde — tout en évoquant une « ligne rouge » à ne pas franchir : porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État français.
Cette affaire cristallise un débat plus large sur les limites de la liberté d’expression face aux ingérences étrangères. D’un côté, ses soutiens et une partie de la sphère médiatique conservatrice dénoncent une décision politique visant à museler une voix dissidente et à faire taire des opinions jugées dérangeantes. De l’autre, les autorités et une partie de la classe politique estiment que sa présence régulière sur les plateaux, couplée à son passé de dirigeante d’un média officiellement classé comme organe de propagande, dépasse le cadre du simple débat d’idées pour relever d’une opération d’influence structurée.