Dix jours à peine après le sacre de l’Espagne au MetLife Stadium, la FIFA a fait exploser une nouvelle bombe. Mardi 28 juillet, l’instance dirigeante du football mondial a confirmé son intention de créer une société commerciale ouverte à des investisseurs privés pour gérer la Coupe du monde. Un projet évalué à 20 milliards de dollars qui, depuis 24 heures, met le feu aux poudres dans le monde du football.
Ce que prévoit le projet

Baptisée FIFA Forward Enterprise (FFE), cette filiale voulue par Gianni Infantino gérerait les grandes compétitions : Coupe du monde masculine, féminine et des clubs. Elle pourrait lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars dès cette année, sur une valorisation initiale de 20 milliards, en ouvrant son capital à des investisseurs de long terme n’acquérant que des participations minoritaires, sans pouvoir de contrôle. Selon The Times, à l’origine des révélations, la fourchette serait de 20 à 30 % des parts — un chiffre que la FIFA ne confirme pas explicitement ; son communiqué ne donne que le ratio 4,2/20 Md$, soit ~21 %.
La FIFA resterait actionnaire majoritaire. Quant aux 211 fédérations membres, elle évoque un « accès à un capital exceptionnel » — formulation floue sur laquelle les médias divergent. Elle promet aussi une forte hausse des versements via le programme « FIFA Fast-Forward » : de 8 millions de dollars aujourd’hui à 20, 22 puis 24 millions jusqu’en 2038.
« C’est une question de démocratisation du football à l’échelle mondiale », a défendu Infantino, précisant qu’une consultation des fédérations membres — dont l’accord est nécessaire — vient d’être lancée.
Des investisseurs proches de Donald Trump

C’est l’élément qui cristallise le plus les critiques. La FIFA travaille avec JP Morgan, mais l’investisseur pressenti pour piloter l’opération est Thrive Eternal, le fonds de Joshua Kushner — dont le frère Jared est marié à Ivanka Trump. Selon The Times, Infantino pourrait lui-même toucher environ 10 millions de livres (~11,7 M€) via ce montage. Des élus démocrates de la Chambre des représentants ont dénoncé ce nouvel épisode des liens jugés problématiques entre Infantino et l’entourage de Donald Trump.
Autre point sensible : selon The Times, un poste de « commissioner » pourrait être créé à la tête de la structure et taillé pour Infantino, dont le mandat s’achève en 2031. La FIFA dément toute discussion en ce sens, tout en reconnaissant que son président « aura, et doit avoir, un rôle de premier plan ». Les fédérations auraient jusqu’au 19 septembre pour se prononcer, chaque soutien étant récompensé par une subvention de 40 millions de dollars — une allégation non confirmée par la FIFA.
Un tollé qui dépasse le football

L’UEFA a jugé que ce projet « franchit une ligne que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais franchir », le prenant « extrêmement au sérieux », comme chacune des fédérations européennes selon elle. La polémique a gagné la sphère politique : ce mercredi, l’Union européenne a officiellement dénoncé une « commercialisation effrénée » du football devenue « nocive », son commissaire au Sport Glenn Micallef mettant en garde sur X contre des risques liés au droit de la concurrence. Le Premier ministre britannique Andy Burnham a été plus tranchant encore, affirmant que le football n’appartient pas aux investisseurs mais aux supporters, et que le vendre reviendrait à le trahir.
En France, le président de la FFF Philippe Diallo, plus mesuré, a dit sur France Inter avoir découvert « à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n’avons aucun détail ». Il devait rencontrer mercredi les grandes fédérations européennes et l’UEFA — réunion d’urgence où, selon plusieurs médias, l’hypothèse d’un boycott du prochain Mondial féminin aurait été évoquée.
Un précédent qui interroge

Ce n’est pas la première tentative d’Infantino : en 2018, une offre similaire avec SoftBank et des capitaux saoudiens avait capoté face à l’UEFA. La presse évoque aussi une possible pression vers un élargissement à 64 équipes dès 2030, voire un Mondial plus fréquent. Le timing n’est pas anodin : la FIFA sort d’un Mondial 2026 record (~12 milliards de dollars), une position de force pour Infantino avant un quatrième mandat.
Le projet doit encore être validé par le Conseil de la FIFA puis par les 211 fédérations, dont l’aval est indispensable avant le 19 septembre. Le bras de fer entre gouvernance historique du football et modèle financiarisé, calqué sur les ligues privées américaines, ne fait que commencer.