À l’occasion de la diffusion de l’émission « Alerte à l’hôtel » sur M6, le charismatique et incontournable Fred Sirieix se livre sans langue de bois. Entretien.
Qu’est-ce qui vous a convaincu en premier lieu de mettre votre savoir-faire et votre image au service de ce concept télé ?
Fred Sirieix : Moi, j’ai fait beaucoup de programmes télé différents. Mais dans tous les projets, que ce soit télé ou autre, on se demande : est-ce que c’est une bonne idée ? Est-ce que ça va marcher ? Est-ce que j’ai envie de le faire ?
Celui-là, quand on m’a téléphoné, le problème, c’est que je n’avais pas du tout de temps, parce que j’avais une année super chargée. L’année dernière, j’ai enregistré trois shows, donc c’était le quatrième. Alors Andréa, la productrice, quand elle m’a téléphoné, elle voulait filmer en plein milieu. Je lui dis : « Andréa, t’es bien gentille, j’ai envie de le faire le show, mais pourquoi tu ne veux pas le faire au mois d’octobre ou au mois de novembre ? » Elle m’a dit non, parce que c’est maintenant qu’il faut qu’on le fasse.
C’est marrant, les gens te parlent des fois de balance entre la vie et le travail, tout ça. Hier, j’ai dit à mon fils : il n’y a pas de balance. Soit tu prends le boulot et tu le fais, soit tu ne le fais pas. Et là, c’était une super opportunité de revenir en France, de faire un show en France, de faire ce que j’ai fait en Angleterre toute ma vie. Mon training, mon éducation, je l’ai fait à l’école hôtelière de Souillac, de 16 à 20 ans. Et à 20 ans, j’ai pris un aller simple pour l’Angleterre. Je reviens voir mes parents, je reviens en vacances, je suis toujours un peu en France, mais j’ai fait ma vie professionnelle là-bas.

Pouvoir revenir travailler en France, c’était donc une vraie fierté personnelle ?
Fred Sirieix : Ah, de pouvoir travailler en France, j’ai trouvé ça vraiment super. Et je me suis dit : il faut que je le fasse, c’est une opportunité incroyable. Et puis, je vais te dire, de pouvoir faire un show et de me dire que ma mère va pouvoir le regarder sans les sous-titrés ! Tu vois, ses copines lui ont déjà envoyé des messages : « J’ai vu ton fils, je suis super contente. » Ce matin, il y a un article qui est passé sur Le Parisien, elle me l’a envoyé. Tout ça, c’est vachement agréable.
Parce que moi, je suis parti j’avais 20 ans, après mon bac, je n’avais toujours pas mes résultats. Ma mère voulait que j’aille à l’université, je n’avais pas envie parce que j’étais vraiment rebelle. Pas rebelle dans le sens où je ne m’entendais pas avec mes parents, mais rebelle dans le sens où j’avais envie d’écouter les Sex Pistols et The Clash, j’avais envie d’avoir vécu une autre vie, tu vois.
Et c’est dur pour des parents quand ton fils s’en va comme ça, à des centaines de kilomètres, et que tu ne peux pas te voir le week-end pour manger un repas du dimanche ou boire un café le lundi soir. Quatre ans après, mon frère est parti en Angleterre aussi. Bon, maintenant ça va un peu mieux, mais pendant quelques années, ça a été dur pour eux.
Comment gère-t-on sa propre image dans ce genre de format ? Faut-il pousser les curseurs tout en restant soi-même ?
Fred Sirieix : Il faut être soi-même. Moi, je ne peux être que moi-même, tu vois. Et je fais les choses de la manière dont je les ai toujours faites. Bien sûr, c’est quelque chose qui évolue au fil des années avec l’expérience. J’ai fait une école hôtelière très sérieuse. Quand je suis parti, je pensais être dans le premier league of the restaurant, je voulais être dans les meilleurs établissements, travailler avec les meilleures personnes. Et j’ai fait ça toute ma vie. Avec la télévision, c’est pareil, je n’ai fait que des top channels, des top shows, du top prime time. C’est une quête pour l’excellence.
Mais sur le fond, la situation est la même partout, en Angleterre ou en France : si tu as un hôtel qui est sale, mal géré, où les gens ne s’entendent pas… eh bien ce sont des gens ! J’ai une grande expérience de l’hôtellerie, de la télévision, et aussi du consulting. J’ai lancé un produit qui s’appelle The Art of Service, un jeu basé sur l’expérience client et le roleplay pour apprendre aux gens à délivrer le service et éduquer les managers. Je fais aussi de la charité avec The Right Course, où l’on ouvre des restaurants au sein des prisons – on en ouvre deux cette année, ça fait le septième.
Tout ça, c’est du relationnel. Ce sont des êtres humains. Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui cloche ? Avec la vie que j’ai eue et les gens que j’ai rencontrés, j’ai emmagasiné une façon de faire. Quand tu es face à face avec un problème, tu vois tout de suite ce qui se passe et tu peux agir en conséquence.
On pense à des figures comme Gordon Ramsay ou, en France, Philippe Etchebest. Eux n’hésitent pas à aller au clash. On a l’impression que vous et Pauline n’avez pas pris cette direction-là…
Ce n’est pas parce que ce n’est pas notre style qu’on a peur du conflit. Il ne faut pas avoir peur du conflit quand tu es en business, dans l’hôtellerie. Si tu as des standards, des attentes, il faut arriver à ce niveau-là. Si tu dis à ton personnel de faire quelque chose et qu’ils ne le font pas, tu vas les voir, tu discutes, tu réexpliques. Si ça ne se passe toujours pas bien, il faut réagir.
On l’a vu avec Mme Wong (sans le premier épisode). Le problème, c’est qu’on ne peut pas aider les gens de mauvaise foi. Mme Wong a été très vulnérable, très courageuse de nous appeler et de dire : « J’ai un problème, sauvez nous. » Une fois qu’elle a ouvert la porte, nous on fait notre travail. Je fais un show, c’est vrai, mais je fais aussi du vrai consulting. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le restaurant, parce que c’est ma réputation. Si je ne fais pas mon boulot correctement, on va dire : « Fred, you can’t do your work properly. » Je n’ai pas envie qu’on dise ça.
Si Mme Wong est de mauvaise foi, je ne peux pas faire mon boulot. La scène de la cuisine ? Même maintenant, je n’arrive pas à croire que j’aie eu cette conversation avec cette dame ! Je me disais que je n’allais pas y arriver, qu’il fallait percer malgré elle. C’est pour ça que j’ai enlevé ma veste et que j’ai dit quelque chose : ça a été le déclic, ça a allumé les poudres, elle a admis que la cuisine était sale, et on a enfin pu commencer à travailler.

Il y a un moment qui surprend beaucoup le téléspectateur : votre contact physique. Quand Clara craque et tombe en larmes, vous la prenez littéralement dans vos bras. C’est rarissime pour un animateur télé de casser ainsi la distance…
Je me rappelle de cette scène. Mme Wong n’était pas contente de sa cuisine, je lui dis que je me casse, elle enchaîne une discussion, et Carla tombe en larmes. Mais ce ne sont pas des larmes de crocodile, ce sont des larmes profondes, de la douleur. Elle avait besoin de ça…
Parce que je suis un étranger, un inconnu, on ne me connaît pas. Toi, ça t’interpelle parce que les animateurs gardent toujours une distance. Mais moi, je dois être moi, je ne peux pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre. C’est Oscar Wilde qui disait : « You gotta be you, everybody is taken. » Il faut être soi, et avoir envie de faire du bien aux gens. Je suis là pour les aider avec leur hôtel, mais il y a ce côté humain et relationnel qui est super important. Après, c’est à eux de faire le reste, on ne peut pas le faire à leur place.
Comment s’est construit ce binôme avec Pauline, que vous ne connaissiez pas ?
Super ! On ne se connaissait pas, on ne s’était jamais rencontrés, jamais vus, je n’avais aucune idée de son existence. On s’est rencontrés le premier jour à Paris pour manger, et le courant est passé tout de suite, personnellement. On a commencé à parler boulot, et on avait beaucoup d’atomes crochus.
Après, on est arrivés à l’hôtel et paf ! On est très proches professionnellement dans notre façon de voir les choses, on a vraiment le même état d’esprit.
En découvrant l’état de ces hôtels, n’est-on pas effaré de voir que certains s’improvisent hôteliers ou restaurateurs sans aucune base ?
Moi, je suis toujours étonné. Je n’arrive pas à croire que des gens puissent travailler comme ça, vivre comme ça. Mais quand tu voyages beaucoup, tu te rends compte qu’il y a très peu de gens qui vivent comme toi.
Moi, j’ai eu une éducation particulière. J’ai été élevé avec des bases strictes, comme la propreté. Chez nous, on nettoyait sans cesse, c’était nickel, c’était la base, on n’en parlait même pas. Quand tu arrives dans un hôtel et que c’est sale, tu vois bien que ces gens n’ont pas eu ces bases-là. L’éducation, ça ne s’arrête pas à 20 ou 30 ans, ça continue.
Pourquoi les gens font ça ? J’ai ma théorie. La boxe, tout le monde croit qu’on peut en faire : tu vas sur un ring, tu donnes des coups de poing, c’est tout. La restauration, c’est pareil : tout le monde mange, tout le monde peut cuire un œuf… Alors les gars ouvrent un restaurant, font des œufs durs qu’ils ne savent même pas cuire, et leur cuisine est sale ! C’est ça le problème, ça a l’air tellement simple.
N’importe qui peut ouvrir un restaurant, ce n’est pas comme être dentiste ou plombier. Mais la différence, c’est que les professionnels qui ont fait une école hôtelière, un apprentissage, de l’expérience et qui ont de vraies bases, leurs établissements tournent. Ils ne s’écroulent pas dans la négligence, la saleté, le je-m’en-foutisme et des relations amères, sans le sourire. La joie de vivre, c’est la base en France ! Quand je vais dans un restaurant en France et que les gens n’ont pas la joie de vivre, je me dis : mais regarde comme il fait beau, c’est un beau pays, on est dans l’hôtellerie, je ne comprends pas !
Pour finir, Alerte à l’hôtel, c’est une première porte vers l’idée de faire d’autres choses en animation télé en France ? Ça vous tente ?
Ouais, j’aimerais bien ! J’ai adoré ce show, j’ai adoré travailler avec Pauline, l’équipe d’ITV Studios et de M6 est vraiment fantastique. J’aimerais continuer. Maintenant, à la fin du compte, ça va dépendre des téléspectateurs et du taux d’audimat. Si le public aime, si le taux d’audimat est bon, on repart pour une autre soirée ; sinon, c’est fini. Croisons les doigts !