Alors que TF1 vient d’annoncer la diffusion de Cat’s Eyes saison 2, nous avons pu échanger avec son réalisateur Alexandre Laurent de la journée presse au Musée d’Orsay.
Quelques mois après leur dernier coup, les Cat’s Eyes sont de retour, plus déterminées que jamais : pour sauver leur père, dont elles viennent de retrouver la trace, elles sont résolues à faire tomber le plus important réseau de trafiquants d’art en France. Les trois sœurs se lancent dans une nouvelle série de vols spectaculaires qui va les emmener du Musée d’Orsay au Centre Pompidou, en passant par l’impressionnant Mont Saint-Michel ! Sur terre ou en l’air, elles vont aussi devoir se surpasser pour cambrioler un train en marche et s’échapper d’une banque ultra-sécurisée par le sommet de la Tour Montparnasse.
Tandis que Sylia (Constance Labbé) doit gérer le retour d’Abel (Simon Ehrlacher) et Alex (Claire Romain) sa vie compliquée avec Lili (Loryn Nounay), Tam (Camille Lou) voit son couple avec Quentin (MB14) mis à mal. Les soupçons de Gwen (Tamara Marthe) à son égard s’accentuent et l’arrivée d’un mystérieux voleur charismatique surnommé « le Marquis » (Tom Leeb), ne laisse pas la jeune femme indifférente et bouleverse ses certitudes. Mais est-il leur allié ou leur ennemi ?
Une saison 2 placée sous le signe de la liberté et de l’émotion
Alors, première différence notable avec la saison 1, c’est finalement plus une série officielle que la saison 1 où vous étiez sur un préquel. Est-ce que ça a changé quelque chose, notamment dans la liberté que vous aviez, ou pas d’ailleurs, de traiter les personnages de Cat’s Eyes ?
Alexandre Laurent : La liberté que j’ai réussi à prendre par rapport à la première saison vient du fait que la saison 1 a plu à Monsieur Hojo. Je me suis donc senti plus légitime pour approfondir et changer des choses. J’ai beaucoup appris en saison 1 sur la gestion de l’action, ce qui m’a permis de prendre plus de temps pour intégrer la comédie et l’émotion dans les scènes. Nous avons ainsi amené plus de comédie et de drama, un registre dans lequel je suis plus à l’aise. Cette année, en saison 2, il y a de la vraie émotion ; j’ai été cueilli plusieurs fois sur le tournage par des scènes qui m’ont tiré des larmes. Je trouve qu’on a aussi une fin de saison qui conclut magnifiquement les relations des uns et des autres avec un vrai début, un milieu et une fin.
On ne vous a pas redemandé de recoller à des choses plus proches du manga ?
Alexandre Laurent : Non, vraiment, je pense qu’on a poussé loin, notamment avec le personnage de Quentin. Je me suis posé la question de son point de vue psychologique : humainement, pourquoi ne dit-il rien ? Cette saison, il évolue dans ce qu’il sait et ce qu’il dit. Quand on adapte un manga en prise de vues réelles dans une vraie ville, il faut s’en éloigner un peu pour crédibiliser les choses. L’idée était d’avoir une série drôle, décalée, mais aux sentiments crédibles.
Le réalisme et la fantaisie : l’art du grand spectacle
Sur ce côté réaliste dont on parlait, est-ce qu’il est surtout vrai pour les héros ? Parce que finalement, quand on fait venir quelqu’un comme « le Marquis », on rebascule un petit peu dans le cartoonesque.
Alexandre Laurent : C’est toute la complexité d’insuffler de la fantaisie dans un univers réaliste en gardant la bonne ligne pour qu’on y croie. Je me suis dit que le Marquis fait le malin pour être déstabilisant, avant de se révéler très sérieux. C’est un voleur au grand cœur, un descendant d’Arsène Lupin mâtiné de Jack Sparrow et du personnage de Tom Cruise dans Mission Impossible.
C’est un mélange explosif que Tom incarne parfaitement, car il est à la fois beau, élégant, très bien éduqué et grand déconneur. Je le connaissais pour des rôles plus sombres dans Les Combattantes, mais lors de nos déjeuners de tournage, il m’a montré son sens de l’imitation et sa grande culture du jeu international. Il fallait juste lui donner la confiance nécessaire pour improviser.

Assumer l’action à la française sans s’excuser
Pendant très longtemps en télévision, on a eu la sensation de toujours s’excuser de faire de l’action. Est-ce que c’est ça qui marche chez vous : ne jamais vous excuser dans ce registre populaire ?
Alexandre Laurent : J’assume complètement le côté populaire. J’aime le spectacle au cinéma et à la télévision, tout en aimant les films intimistes. On ne va pas s’excuser de faire les choses en grand et joliment. Même si on a des moyens, on en manque toujours, il faut donc être astucieux. Ce qu’on réussit, c’est le fruit du travail, d’idées, d’astuces, d’une mise en scène précise et de l’expérience d’une équipe avec qui je travaille depuis vingt ans.
Si on fait Cat’s Eyes, ce n’est pas pour avoir des plans de couple qui courent banalement dans la rue. J’aime être proche des acteurs : si ma caméra les suit sur un toit, je veux qu’on ressente le vertige et la vitesse. Le véritable apport des plateformes en France, c’est justement de nous pousser à aller tellement loin dans l’action qu’on est obligé d’assumer pleinement ce qu’on fait, sans se pincer le nez.
Technologie, ambition et clin d’œil à Tsukasa Hojo
Quand on arrive au Mont-Saint-Michel ou sur une scène de train, techniquement, vous montez en puissance d’une saison à l’autre...
Alexandre Laurent : L’expérience joue beaucoup, car la réalisation est un sport qui demande de la pratique et de la maîtrise des mouvements de caméra. De plus, les avancées technologiques changent la donne : avoir un drone ou une grue à disposition immédiate dans le camion, ce qui était impensable et hors de prix il y a quinze ans, facilite grandement l’exécution de plans spectaculaires. Sur Cat’s Eyes, le budget permet d’entrevoir des séquences ambitieuses qu’on ne pouvait pas se permettre à l’époque de Profilage.
Est-ce que Tsukasa Hojo, après avoir validé la saison 1, cherche à vous challenger pour la suite ?
Alexandre Laurent : Je n’ai pas de contact direct avec lui ; ce sont les producteurs Mehdi et Benjamin qui le voient et m’en font le debrief. Il a été ému et a ri en voyant les épisodes. Je pense qu’il est de plus en plus ouvert, là où c’était loin d’être évident en saison 1. S’il y a une saison 3, j’aimerais me challenger encore plus humainement et visuellement avec des idées qui me tiennent à cœur.
Si tu pouvais adapter un autre univers iconique, ce serait quoi ?
Alexandre Laurent : Goldorak ou Albator ! J’étais fan absolu d’Albator gamin. En vacances chez mes grands-parents dans l’Eure-et-Loire, j’attendais qu’il passe à la télé en montant dans une petite cagette de légumes en bois, rêvant qu’elle m’emporte en hauteur.

L’évolution artistique et le rapport à la télévision
En passant du polar au thriller, puis au grand spectacle et à l’action, qu’est-ce que toutes ces expériences vous ont appris ? Y a-t-il un genre qui vous caractérise aujourd’hui ?
Alexandre Laurent : J’essaie simplement de faire du mieux possible à chaque fois. J’ai commencé par le polar et le thriller, inspiré par Fincher. Puis j’ai exploré le fantastique et appris à manier l’émotion sans tomber dans le pathos — mon premier baromètre étant de voir si cela m’émeut et si les yeux de mon équipe se humidifient.
La comédie me faisait très peur suite à un mauvais court-métrage de jeunesse, mais sur Kaamelott et après, j’ai adoré ça, comprenant qu’il fallait faire confiance au rythme et au ton de la situation. Aujourd’hui, je crois que la saison 2 de Cat’s Eyes est ce que j’ai fait de plus complet, mêlant de vrais drames avec des larmes, des scènes de guerre filmées comme telles, et l’humour de la série. J’aime les histoires qui touchent et une caméra dynamique qui fait vivre le spectacle.

Avec des réussites comme le train ou le Mont Saint-Michel, comment expliquez-vous que le cinéma ne vous appelle pas davantage ?
Alexandre Laurent : Le cinéma m’a appelé plusieurs fois, et cela a failli se faire il y a un an et demi. J’espère que ça se fera. Mais à la télévision, le groupe TF1 me fait une confiance absolue et me donne les moyens de réaliser des films de 8 × 52 minutes très ambitieux, ce qui est extrêmement confortable pour un artiste. Ce qui m’attirerait au cinéma, c’est avant tout le son et l’immersion d’un grand écran, mais tant que de beaux projets de télé m’offrant cette liberté artistique et cette reconnaissance arriveront, je continuerai à m’épanouir pleinement sur le petit écran.