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Assa Traoré, idole détestée

Parfois, une seule voix suffit pour que tout s’embrase. Assa Traoré est maintenant une icône mondiale. Reconnue outre-atlantique par le prix BET Global Glood 28 juin dernier, celle qui se bat depuis 2016 contre le racisme et les violences policières fédère. Un combat pour « Adama », son frère mort après son interpellation à Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016, jour de son 24ème anniversaire. Un nom devenu symbole.

Tout commence avec la mort d’un jeune homme noir le 25 mai 2020 à Minneapolis. La parenthèse du Coronavirus n’est même pas refermée. Il s’appelait George Floyd et a été asphyxié par le policier Derek Chauvin. Il a imploré « I can’t breathe » tant qu’il le pouvait. Il aurait crié s’il avait pu. La traduction a été écrite 4 ans plus tôt par Adama Traoré. « Je ne peux pas respirer » ont été ses derniers mots à la caserne de Persan, dans le Val-d’Oise.

Plus de 20 000 personnes se sont rassemblées contre les violences policières, le 2 juin à Paris (Le Parisien / Philippe de Poulpiquet)

2 juin 2020, Tribunal de grande instance de Paris. 20 000 manifestants crient « Justice pour Adama ». L’affaire est française. Les noms de Cédric Chouviat et Lamine Dieng en toile de fond. Tous victimes de violences policières. Les manifestants se sont peignés une main couleur de sang, genoux à terre, poing levé dans le sillage des événements américains qui ont ébranlé le pays jours et nuits. Preuve que l’Atlantique n’est pas infini. 13 juin 2020, 20 000 manifestants se rejoignent place de la République. Et derrière ce rassemblement : le « Comité Adama ».

Justice pour Adama.

Une sœur avant d’être une militante ou une activiste. « Je suis fière de tout cet amour que mon père a laissé entre nous. Avant de partir, il nous a demandé de protéger nos petits frères, et aux petits de protéger les grands », confie-t-elle au micro de France Culture. Cette ancienne éducatrice spécialisée se bat pour la vérité, avec l’intime conviction que la justice n’a pas été rendue concernant l’affaire Adama Traoré. Une combattante sur le tard pour celle qui n’a aucun passé militant. Mais un événement a tout changé.

Je ne suis pas là pour faire une thèse et une antithèse sur le racisme. Je ne suis pas là pour faire du lavage de cerveau. Je suis là pour raconter l’histoire de mon frère.

La justice a affirmé, après un premier rapport d’autopsie, qu’il aurait souffert d’une « infection très grave » et qu’il n’a en aucun cas subi de violences. Les gendarmes, qui ne sont pas mis en examen, défendent le fait qu’Adama Traoré a fait un malaise causé par sa fuite. Les membres de la famille et les proches de la victime rejettent l’explication de la justice. Karim Achoui, premier avocat de la famille, l’affirme : « On recherche les causes de la mort et on nous donne son état de santé ».






Beaumont-sur-Oise brûle et les premières marches blanches s’organisent. Un deuxième rapport d’autopsie révèle « un ensemble de lésions compatibles avec une cardiomyopathie hypertrophique qui est potentiellement la cause directe de la mort ». Le procureur de Pontoise Yves Jannier interprète cette analyse comme la preuve de l’existence d’une « pathologie cardiaque pour laquelle il peut n’y avoir aucun signe avant coureur ». La troisième autopsie demandée par la famille a été refusée jusqu’au vendredi 10 juillet dernier où les juges ont ordonné une nouvelle expertise médicale.

Cependant, l’enquête affirme qu’Adama Traoré a été maintenu au sol par trois gendarmes qui l’ont interpellé. L’un souligne qu’il n’a employé que la force « strictement nécessaire pour le maîtriser, mais il a pris le poids de notre corps à tous lors de son interpellation ». La famille Traoré a déposé plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse, modification de scène de crime ». Assa Traoré se bat pour la vérité. « Si la justice avait été rendue, ce serait déjà fini » affirme-t-elle.

Rassembler.

Derrière cette lutte judiciaire et médiatique se cache un collectif : le Comité Adama, composé de proches de la famille Traoré et de militants antiracistes décoloniaux. Certains militants se revendiquent de la Brigade anti-négrophobie et des Indigènes de la Républiques. Mais Youcef Brakni et Almamy Kanouté, piliers du Comité Adama, affirment avoir pris leurs distances avec ces cercles. Objectif ? Fédérer. Le 16 juin dernier, Assa Traoré a manifesté aux côtés des soignants. Tout un symbole. La cause antiraciste ne doit pas se limiter au seul Comité Adama.

Assa Traoré est la voix de ces étudiants précaires, ces jeunes des quartiers, ces militants écologistes et militants LGBT. Ces minorités qui doivent être « alliés face à un ennemi commun : le système », souligne-t-elle pour les colonnes du journal Le Monde. Elle dénonce la ségrégation sociale et raciale en France, « celle qui se passe aujourd’hui dans les quartiers [et qui] s’inscrit dans la suite de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation ». L’idéal universaliste comme un lointain écho à la lutte originelle d’un antiracisme terni par le cliché de l’accumulation des combats catégoriels. Le racisme est aujourd’hui dénoncé parce que structurel.

Je ne fais pas de politique. Je parle d’Adama. Je ne suis que la sœur d’Adama. Moi, je ne suis rien.

Mais ce discours ne plaît pas. L’idéal antiraciste connaît de nombreuses critiques. Celles de l’extrême droite en particulier. « Islamistes politiques », « communautaristes » voire « clan de délinquants »… Les affaires ressortent pour disqualifier la famille Traoré. Le discours cherche à se renverser sous prétexte que le débat public ne doit pas se racialiser.

Ressasser le même récit. Celui d’Adama Traoré en premier lieu. En témoigne le livre Lettre à Adama 1 an après la mort de son frère. Une histoire qui agace parce qu’elle n’est ni politisée ni mise en scène. Assa Traoré se présente d’abord comme une sœur. Une figure de l’antiracisme avant de devenir une voix du féminisme.

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