Le PDG de TF1, Rodolphe Belmer, à envoyé une lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu. Celui-ci lui réclame un peu d’air. Le patron de TF1 demande au gouvernement d’assouplir la réglementation sur la publicité. Selon lui, les règles actuelles datent des années 1980 et étouffent les acteurs nationaux.
Le temps des constats est désormais terminé pour les chaînes privées françaises. Dans un courrier officiel révélé par Le Figaro, le groupe pousse l’exécutif à prendre ses responsabilités. Rodolphe Belmer souhaite rééquilibrer la concurrence avec les puissants géants du numérique. L’homme fort de la première chaîne estime que l’immobilisme politique met en danger tout le secteur audiovisuel.

Vers un raz de marrée de publicité ?
Pour compenser les pertes économiques, TF1 propose un assouplissement (ou une libéralisation) des règles commerciales. Rodolphe Belmer souhaite augmenter le volume publicitaire maximal à 14 minutes par heure d’ici 2028. Actuellement, la loi française limite ce temps à seulement 9 minutes par heure. Le plan de TF1 prévoit aussi de supprimer la limite de 6 minutes de coupure pour un film. La chaîne veut aussi supprimer l’obligation d’espacer deux coupures de 20 minutes dans un programme. De même, le PDG du groupe souhaite aussi l’interdiction des messages publicitaires dans les magazines d’information de moins de 30 minutes.
Le groupe demande aussi le droit d’indiquer l’adresse d’un commerce dans les spots. Enfin, TF1 veut diffuser des publicités pour les promotions de la grande distribution (chose que seules les radios et les journaux peuvent faire).
TF1 face aux géants
Le groupe privé tire la sonnette d’alarme car les recettes de la télévision traditionnelle chutent. Les revenus publicitaires de la télévision linéaire ont reculé de 12 % sur l’année 2025. Ils ont encore baissé de 8 % au premier trimestre de l’année 2026 pour TF1. L’argent des annonceurs passe massivement vers le numérique et les plateformes américaines. Par exemple, YouTube concentre aujourd’hui près de 50 % de la publicité vidéo en ligne selon l’Observatoire de l’e-pub.
Cette situation crée une concurrence déloyale que la première chaîne ne supporte pas. Les plateformes comme Netflix, Disney+ ou Amazon captent une part importante des audiences. Ces acteurs étrangers ne respectent pas les mêmes contraintes législatives.
« Ça suffit ! », répond Rodolphe Belmer dans sa lettre à Matignon. « On se confronte aux Gafam, alors que l’État nous impose des règles qui ne s’appliquent pas à eux » insiste le patron de TF1. Avant d’ajouter une statistique : « Le poids des Gafam dans la publicité est 10 points supérieur en France par rapport à la moyenne européenne. »
Des conséquences sur la création française ?
Cette chute des revenus déstabilise la production française. Presque tous les groupes audiovisuels réduisent actuellement leurs budgets de programmes. Les plans de réduction d’effectifs se multiplient chez les géants de la création. Des sociétés comme Banijay, Mediawan, Éléphant ou Bangumi suppriment déjà des postes. Bangumi a par exemple décidé de licencier une dizaine de personnes.
TF1 n’oublie pas de rappeler l’investissement des plateformes américaines. Netflix produit environ 18 œuvres françaises par an. En comparaison, France Télévisions finance 745 programmes et TF1 en finance 200 chaque année.

Pour contrer cette crise, TF1 et M6 innovent sur le web. Les revenus de leurs plateformes TF1+ et M6+ progressent de 18 % en un an. TF1 a même scellé un partenariat de distribution avec son « rival » Netflix. Ces efforts suffiront-ils à compenser les pertes ?
Rodolphe Belmer demande au Premier ministre de valider ses propositions par décret. Il n’y aurait donc pas de vote à l’assemblé ni au sénat. En attendant, TF1 devra retenir son souffre avant l’arbitrage final de Matigon.