Pendant que les différents partis politiques font campagne dans les 27 pays membres de l’UE en vue des élections européennes prochaines, le Royaume-Uni essaie d’en organiser sa sortie. Ce mercredi, se tenait à Bruxelles un sommet européen afin de décider ou non d’un nouveau report du Brexit prévu initialement le 12 avril.

Le « Brexit » : origine du divorce britanno-européen

Le 23 juin 2016, les Britanniques votent le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne.

David Cameron, alors réélu Premier ministre, leader du parti conservateur promet lors de la campagne de 2013 « Britain and Europe » un référendum sur ce statut. Eurosceptique affirmé, Cameron ne veut pas quitter l’Union européenne mais ne croit pas en une union monétaire, politique ou fiscale.  Les questions d’immigration et de libre circulation sont au cœur des débats parlementaires. Aucun accord n’est néanmoins trouvé avec l’UE sur les questions de libre circulation. David Cameron est de plus en plus fragilisé au sein de son parti au vu de ses prises de positions et non prises de positions sur certains sujets. Son ambivalence sur la question européenne l’amène à présenter sa démission. Démission effective à la suite du référendum du 23 juin 2016 où 51,9% des Britanniques estiment qu’il faut sortir de l’Union européenne.

Le 13 juillet 2016, Theresa May leader du Parti conservateur, remplace David Cameron et devient Première ministre britannique.

  • « Brexit means Brexit, and we’re going to make a sucess of it. » – Le Brexit signifie Brexit, et nous allons en faire un succès. (Juillet 2016)
  • « A long and difficult process of negociations between the UK and the UE. » – Un long et difficile processus de négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. (Novembre 2018)

Ces mots, prononcés par Theresa May à deux ans d’intervalle montrent la longue période d’incertitude que vit le Royaume-Uni depuis le résultat de ce référendum.

Un accord impossible ?

Le « Brexit » signifie le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne et le processus politique qui l’accompagne. Les 28 et 29 juin, les 27 états membres redoutent une implosion de l’Europe. Ils font front commun en exposant unité et fermeté face à ce dossier. L’Union européenne déclenche alors l’article 50 du traité de Lisbonne, le 29 mars 2017. Cette date officialise le début de la procédure de divorce entre les deux partis. Michel Barnier, négociateur en chef pour l’UE, et les représentants britanniques ont alors deux ans pour trouver un accord ratifiant la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Theresa May perd la majorité aux législatives de juin 2017 marquant alors un tournant dans la politique européenne britannique. Elle doit s’allier au parti extrémiste irlandais, le DUP (Democratic Unionistes) qui pèse sur toutes ses décisions. La sortie de l’UE soulève de nombreuses questions :

  • le coût du divorce est estimé à 40 milliards de dollars. Ce montant prend en compte l’engagement du Royaume-Uni dans le budget de l’UE sur la période allant de 2014 à 2020.
  • la question des transports aériens ou routiers.
  • le statut des Britanniques dans l’UE et inversement celui des européens au Royaume-Uni.

Le point le plus clivant est celui de la frontière entre l’Irlande du Nord (UK) et la République d’Irlande (UE). L’accord de paix de 1998 a supprimé la frontière entre les deux régions. Le Brexit rétablirait alors la frontière terrestre posant le problème de la paix entre les deux Irlande. Le backstop est la solution proposée afin de satisfaire les deux partis. L’Irlande du Nord resterait dans le marché unique même si le Royaume-Uni en serait sorti. Les partis les plus en faveur d’un Brexit total, comme le DUP, refusent cette solution. Ils craignent que la situation ne devienne durable.

Le 15 janvier 2019, Theresa May soumet au vote parlementaire le document sur lequel la Première ministre britannique et l’UE sont tombés d’accord. Les parlementaires rejettent l’accord une première fois, puis de nouveau le 12 mars et enfin très récemment le 29 mars. Bruxelles et Londres se trouvent donc dans une impasse début avril 2019. Deux ans après le début des procédures de divorce entre les deux partis, l’avenir du Royaume-Uni est toujours aussi flou.

Quels scénarios de sortie pour le Royaume-Uni ?

Les députés britanniques refusent de voter l’accord et ne s’entendent pas sur une solution alternative. Theresa May a donc engagé des négociations, début avril, avec le le chef de l’opposition travailliste : Jeremy Corbin.

Ce mercredi 10 avril a lieu un sommet européen exceptionnel afin de discuter d’un possible report du Brexit. Donald Dusk, président du conseil européen, a plaidé pour un report pouvant aller jusqu’à un an « maximum ».  Néanmoins c’est bien aux 27 états membres que revient la décision de ce report par un vote à l’unanimité.

Si l’UE refuse ce report, dès vendredi 12 avril aura lieu le « no deal ». Une rupture brutale entre le Royaume-Uni et l’UE sans période de transition serait alors envisagée. Le pays quitterait instantanément l’union douanière et le marché unique et serait soumis de ce fait aux règles de l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce).

Theresa May réaffirme sa volonté de sortir au plus vite de l’UE. L’idée étant de sortir de l’UE avant les élections européennes qui auront lieu entre le 23 et le 26 mai prochain.

A lire aussi :

Le Monde – « Brexit : les trois scénarios des Européens qui s’acheminent vers un report long »

Le Huffpost – « Les élus pro Brexit peuvent-ils être le cheval de Troie au sein de l’UE ? »