Les mardi 15 janvier et jeudi 24 janvier 2019 se sont tenus à Villeurbanne deux tables rondes sur le thème du Cannabis. La mairie de Villeurbanne a organisé un échange enrichissant et très libre sur les conséquences du trafic de cannabis sur la tranquillité des villes, la santé et la jeunesse. Les habitants de tous les quartiers de la ville ont pu s’exprimer et  poser des questions à divers intervenants. On comptait parmi eux des avocats et des sociologues mais aussi un économiste. Ensemble, ils ont pu discuter de la légalisation du cannabis comme solution possible contre ces trafics. Pour prolonger ces discussions, la mairie de Villeurbanne avait mis en place une plateforme en ligne. Ce site permettait aux intéressés de donner leur avis et de témoigner, mais surtout de voter en faveur ou non de la légalisation du cannabis. La municipalité, après avoir concilier les résultats de ces discussions, a annoncé les résultats. Une large majorité des villeurbannais se sont donc prononcés en faveur de cette légalisation.

Le débat du 15 janvier libère la parole des habitants

Le débat s’ouvre avec le témoignage d’une habitante du Tonkin. Elle emploie le terme « voyousin » pour qualifier les jeunes dealers de son quartier, néologisme formé à partir des mots « voyou » et « voisin ». Voyou pour qualifier la dimension illégale de leurs activités bien sûr. Voisin pour illustrer à merveille selon elle le contact quotidien que ces dealers imposent aux habitants. Car c’est avant tout cela que les villeurbannais sont venus dénoncer ce soir-là. Un contact permanent avec des activités illégales qui se tiennent désormais en plein jours, sur les trottoirs, devant les écoles. « Ils ne cherchent même plus à se cacher ».

Car le nœud du problème est là. Les habitants craignent pour leurs enfants et petits-enfants. Au-delà d’être la source de dégradations ou de nuisances visuelles ou sonores, ils sont aussi un risque pour la jeunesse. D’abord parce qu’ils proposent un modèle de vie où l’argent est facile. Mais aussi car ils offrent une réelle structure pour des jeunes qui n’ont parfois pas de figures familiales sur qui compter. Nacer Lalam insiste sur le fait que le problème social est central dans l’expansion de ce trafic. Les trafiquants peuvent facilement recruter des jeunes de familles monoparentales, déscolarisés ou en décrochages. Ces jeunes qui manquent d’une occupation réelle sont selon lui du « pain béni » pour les dealers.

La légalisation, une solution?

Pour tous les intervenants, approuvés par la grande majorité de l’audience, la légalisation semble être la solution. Pour Arnaud Adélise, légaliser la consommation récréative de cannabis permettrait à l’Etat d’encadrer la pratique. Il estime que c’est désormais un problème de santé publique. En effet, comme le cannabis n’est pas encadré ou contrôlé, il peut souvent être mêlé à des substances plus nocives et dangereuses encore. En cas de légalisation et donc d’encadrement par l’Etat, les risques encourus par les consommateurs diminueraient drastiquement. Les problèmes liés aux dégradations et à l’enrôlement des plus jeunes dans les trafics de cannabis n’auraient plus cours.

Ouverture d’une boutique de cannabis dans le Nord

Cependant, il ne faut pas imaginer que l’encadrement mettrait fin à toute forme de commercialisation illégale. Ivana Obradovic insiste largement sur le fait que la légalisation n’éradiquera pas le trafic. Car le produit sera vendu plus cher. Cette hausse attendue des prix tient au fait que l’encadrement, le contrôle mais aussi la meilleure qualité du produit augmentera les coûts, se répercutant sur les prix pour le consommateur. Certains continueront donc de préférer des circuits non encadrés. Elle ajoute que les trafiquants n’ont souvent connu que ce mode de vie et sauront s’adapter aux nouvelles contraintes. Les trafics risquent donc de se déporter sur d’autres filons, comme des drogues plus dures par exemple.

Un débat avec retombées plus que bénéfiques selon les habitants

Les habitants présents à ces tables rondes ont beaucoup apprécié l’initiative de la mairie de Villeurbanne. Ils ont eu la sensation que leurs élus les écoutaient réellement et prenaient en compte leurs avis. La mairie rassemblera ensuite les différentes conclusions de ces débats dans un dossier. Ce dossier est perçu comme une contribution villeurbannaise à une situation nationale. Car selon Didier Vullierne, adjoint à la sécurité, « les habitants ont parfois un coup d’avance sur le législateur. »

La mairie de Villeurbanne avait mis en ligne une plateforme sur laquelle les habitants qui n’étaient pas forcément présents durant les débats ont pu s’exprimer. Ils pouvaient ainsi voter sur le sujet. Après deux mois de mise en ligne, le bilan est clair, 75% des votants se sont prononcés en faveur d’une légalisation. La plateforme a au total récolté 400 commentaires et 2300 votes.

 

Alors, la légalisation, pour ou contre?