À l’occasion de la diffusion de la série Les disparus des Argonnes, l’acteur Vincent Deniard revient sur son rôle poignant de père désemparé face à la disparition de son fils, son duo avec Alix Poisson, mais aussi sur sa manière d’appréhender son métier d’un rôle à l’autre.
Le combat de Jocelyne Veyrades, une mère de famille modeste dont le fils, Gilles, disparaît en 1981 lors d’une permission pendant son service militaire. Les autorités évoquent une désertion, mais Jocelyne refuse de croire à cette explication. Elle pense que quelque chose de beaucoup plus grave s’est produit. Au fil des années, d’autres jeunes appelés disparaissent dans des circonstances similaires. Face au silence de l’institution militaire et à l’inaction de la justice, Jocelyne rejoint d’autres familles frappées par le même drame. Ensemble, elles brisent le mur de l’indifférence et mènent une lutte acharnée pour faire entendre leur voix.
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Une série inspirée des « disparus de Mourmelon »
L’intitulé Les disparus des Argonnes est mystérieux. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet inspiré de l’affaire des disparus de Mourmelon ?
Vincent Deniard : Comme beaucoup de monde, je connaissais déjà ce fait divers à la fois passionnant et sordide. J’imaginais l’angoisse terrible des familles à l’époque : pas de téléphone portable, pas d’analyses ADN pour l’enquête… Ces familles ont été laissées dans l’obscurité totale et l’incompréhension pendant des années, se heurtant au silence entre l’armée et la gendarmerie.
Ce qui m’a plu dans le scénario proposé par la scénariste Julie Peyr et le réalisateur Safy Nebbou, c’est que l’enquête n’est pas le seul cœur du récit. La série s’intéresse surtout à ce qui reste : comment fait-on quand, du jour au lendemain, son enfant n’est plus à table ?
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Comment s’articule votre personnage par rapport à celui d’Alix Poisson ?
Vincent Deniard : Le personnage de Jocelyne, jouée par l’admirable Alix Poisson, choisit l’action et le combat. Mon personnage, Fernand, en est le contrepoint parfait. C’est un homme simple, pudique, qui ne sait pas se battre. Il est complètement désarmé, impuissant, et va sombrer dans l’alcool et la colère. En tant qu’acteur, dépeindre cet effondrement et rendre ce couple crédible était une thématique passionnante à jouer.
L’angle de l’impuissance et le poids de la réalité
L’histoire aborde également le refus de voir la réalité par les institutions de l’époque…
Vincent Deniard : Oui, tout à fait. Dans les années 1980, face à ces disparitions, l’armée ne parlait que de « désertions ». Il y avait près de 5 000 déserteurs par an, des jeunes qui ne revenaient pas le lundi matin. Pour l’institution, c’était simple : ces jeunes étaient considérés comme des lâches ou des traîtres.
Il y a d’ailleurs une scène marquante où un gradé nous dit clairement que notre fils est certainement un lâche. Fernand étant un homme très impressionné par l’autorité et l’uniforme, il se fait tout petit face à cette institution. C’était particulièrement intéressant à interpréter.
Incarner des personnages liés à un fait divers réel implique-t-il un sentiment de responsabilité particulier ?
Vincent Deniard : Absolument. Même si les auteurs ont laissé une grande place à la fiction et à l’imaginaire, nous partons d’un drame réel. Étant moi-même père de deux garçons, il est facile de transposer l’horreur que ces familles ont traversée. Certaines n’ont jamais pu retrouver le corps de leur enfant ni faire leur deuil. En tant qu’interprète, on a le devoir d’être aussi sincère et vrai que possible pour rendre hommage à ces personnes.
Le métier d’acteur et le rapport au physique
On vous confie souvent des rôles hors normes. Qu’est-ce qui change avec ce personnage de Fernand ?
Vincent Deniard : Ça fait du bien de jouer un personnage empreint d’une telle normalité ! On m’a souvent proposé des rôles particuliers, notamment en raison de ma stature. C’est Alix Poisson qui a suggéré mon nom à la production après nos collaborations passées (Germinal, Jeux d’influence). Le réalisateur Safy Nebou et la chaîne ont été convaincus.
Justement, votre grande taille (+1m90) ne semble jamais « parasiter » vos rôles. Comment appréhendez-vous cela ?
Vincent Deniard : Un jour, on m’a dit : « Parfois tu es très grand, et parfois dans un rôle, on a l’impression que tu es tout petit ». Si c’est le cas, tant mieux ! C’est ce que j’admirais chez des comédiens comme Philip Seymour Hoffman : cette capacité à jouer avec leur corps, soit en l’assumant, soit en le faisant oublier. Mon physique m’ouvre des portes et me permet d’explorer des humanités très différentes.