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Chérif un héros dont on a besoin en ces temps troubles

Une nouvelle fois, la France a été touchée par le terrorisme islamiste. Et inévitablement, avec la peur, la haine et les amalgames vont prospérer. La fiction a un rôle à jouer. Chérif serait un héros utile?

Même s’il ne faut pas donner à la fiction plus de responsabilité, on sait qu’en raison de sa présence dans tous les foyers et de l’attachement qui se créé avec ses héros fictifs du quotidien, elle peut faire avancer les mentalités. Ou dans le cas qui nous occupe, empêcher de les faire reculer. Une fiction comme Plus belle la vie l’a bien compris et propose une offre large de personnages, de tous horizons. Mais le personnage de Kader Cherif a un rôle important à jouer comme on en parlait avec l’équipe de la série au lendemain des attentats de Charlie Hebdo. Déjà à l’époque, leurs mots raisonnaient de manière importante. Alors aujourd’hui…

Chérif

Lionel Olenga et les auteurs de la série ont façonné un personnage réellement intéressant. Sa caractérisation est double: identifié comme un flic d’origine maghrébine par moment, il le fait régulièrement oublier de part le jeu d’Abdelhafid mais aussi parce que ce personnage aurait très bien pu exister en ayant d’autres origines et s’appelant Michel Durant. Mais le simple fait de s’étonner de la présence d’un personnage comme Kader Chérif à la tête d’une série nous montre bien à quel point notre fiction est en retard. Ce que bien entendu Abdelhafid Metalsi (Chérif) nous confirme volontiers: « Au fond c’est bien ça le problème. C’est un aspect sur lequel je ne m’étale jamais mais je le fais cette fois car j’ai confiance en toi. Quand on est aux Etats-Unis et qu’on voit une série avec un black, personne ne le relève. Pareil pour un hispanique. Chez nous, on s’étonne encore alors que ça ne devrait plus nous étonner. Ça ne devrait plus nous étonner car c’est une part importante de la société française, de son Histoire. Je suis toujours malheureusement étonné qu’on le relève. Il aurait très bien pu s’appeler Paul Olenga pour rigoler que je l’aurais défendu de la même façon. C’est quand même dommage qu’on en soit encore là aujourd’hui.
J’espère que le temps ne nous donnera pas tort mais Cherif, tel que je le vois, représente la France de demain, la fiction française de demain. Et celles et ceux qui ne l’acceptent pas sont simplement dans le déni total. On s’en fout d’où vient Cherif, ce qui importe c’est où il va. »

Le choix d’un personnage d’origine maghrébine comme choix politique? Lionel Olenga nous répond:
« A partir du moment où le personnage s’appelle Kader Cherif, il nous paraissait évident de prendre un acteur pouvant l’incarner de par ses origines. Au départ, on avait décidé de traiter Kader Cherif comme les auteurs ont traité Luther (la série avec Idriss Elba ndlr): Luther est noir mais pourrait très bien être asiatique ou africain, ses origines ne sont jamais traitées. On a donc décidé de faire pareil. De plus, Chérif est un personnage qui n’est pas beaucoup représenté à la télé: il n’y a aucune figure d’enfant d’immigrés sans problème à la télévision aujourd’hui comme figure de proue d’un programme. Si on devait retenir un choix « politique », un angle, ce serait celui-ci. »

Ce choix délibéré et assumé dès le départ se retrouve jusque dans l’écriture puisque jamais celle-ci n’insiste au travers des dialogues sur les origines de Chérif. « Chérif est là pour raconter des histoires, précise Abdelhafid. Il ne revendique rien et est juste bien dans ses pompes parce qu’il a toujours rêvé d’être là où il est. C’est génial de jouer un personnage comme celui-ci. De par son métier, il se permet des choses que personne n’oserait faire. Je me suis souvent fait la remarque que j’aimerais bien avoir un pote comme Cherif. C’est pour ça que le personnage d’Adeline est intéressant car il est comme une chambre d’écho de ses écarts. Parce que si elle ne les relevait pas, personne ne les verrait, ça semblerait normal. C’est parce qu’elle est là que Chérif est un peu extravagant. Et c’est parce qu’il est tel qu’il est qu’on trouve Adeline un peu coincée, un peu rigide. »

Cherif Metalsi

La toute première scène de la série résume finalement assez bien tout ce que l’on se dit. Celle où Chérif rentre chez lui par la fenêtre et où Adeline qui ne le connaît pas encore, l’arrête, pensant à un voleur. Abdelhafid Metalsi poursuit sur cette scène: « Tu as tout à fait raison et cette scène est synthétisée par une réplique d’Adeline (saison 1 épisode 1):

« Excusez moi mais un arabe qui force une fenêtre c’est rarement un flic qui rentre chez lui » (rires)

Et ce qui est intéressant c’est que ça vous fasse rire. Je trouve ça super.
L’âme républicaine de Chérif n’est pas contestable et j’espère qu’on va donc pouvoir aller titiller ces choses là, aller titiller l’inconscient des gens sur les idées reçues qu’on balade tous, et dont on n’a jamais fait l’inventaire, ce que l’on pourrait faire maintenant.
C’est ça que j’aime dans cette série avec ce genre de répliques. La série ne revendique rien mais fait rire les gens des propres idées qu’ils ont. Autant je trouve que ça ne sert à rien d’être dans les revendications, que ce n’est pas notre rôle, qu’on est là pour divertir les gens; autant si, de temps en temps, on peut faire un petit croche pied à ce genre d’idées, c’est bien mieux. Cette rigueur là c’est important de l’avoir, de questionner notre inconscient et nos idées reçues qu’on véhicule parfois sans s’en rendre compte. »

« L’acteur n’est que le haut parleur du scénario, c’est pour ça qu’il doit rester humble«

Pour quiconque a déjà eu la chance de rencontrer et discuter longuement avec Abdelhafid Metalsi (ce qui est le cas de votre serviteur), il se dégage de ce garçon la même sérénité, la même sympathie et le même charisme que de son alter ego de fiction. Ce n’est pas pour rien que le personnage semble si réussi. Il correspond à la rencontre entre un comédien et un rôle. Imaginer Kader Cherif sans Abdelhafid est juste impossible. Talentueux et humble,à l’image de son personnage, il incarne le personnage dès les premiers instants de la série.

« Timide c’est pas le genre de la maison. Ce serait plutôt sans complexe » 
(extrait de la saison 2 de Chérif)

Crédit: France 2

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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