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Chine-Taiwan : un dialogue historique

               Ce mardi 11 février un processus de dialogue inédit a été amorcé entre la Chine continentale et Taiwan. En effet, le taïwanais Wang Yu-chi, ministre des affaires continentales, et le vice-ministre chinois aux affaires étrangères Zhang Zhijun se sont rencontrés à Nankin et ont trouvé un accord qui devrait déboucher ‘’dès que possible’’ à la création de bureaux de représentation.

               Si le processus de dialogue est historique, c’est parce qu’il s’agit de la première rencontre officielle entre les deux Chine depuis 1949 et l’installation des nationalistes sur l’île de Taiwan. Pour cette rencontre qui doit durer quatre jours, rien n’a été laissé au hasard et les choix du lieu ainsi que de la date sont symboliquement très forts.

Une rencontre forte en symboles

                Le lieu tout d’abord. Nankin ou encore Nanjing (en pinyin) signifie littéralement en chinois « capitale du Sud », tout comme Beijing (Pékin) signifie « capitale du Nord ». Cette ville fut choisie comme capitale par Sun Yat-sen lorsque ce dernier instaura la première république de Chine. Il s’était en effet illustré au cours de la révolution de 1911 contre la dynastie Qing, et le 1er janvier 1912, alors que l’empereur Puyi abdiquait la république de Chine fut proclamée et Nankin devint ainsi la capitale de la Chine et le demeura jusqu’en 1949, date à laquelle Mao pris le pouvoir et instaura alors la République Populaire de Chine. Wang Yu-chi s’est d’ailleurs rendu mercredi dans un mausolée construit en l’honneur de Sun, qui est également un des principaux fondateurs du Guomindang, le parti actuellement au pouvoir à Taiwan.

                La date ensuite. Le 14 février, correspondait cette année au 15ème jour du premier mois de l’année lunaire et à la clôture des festivités du nouvel an chinois. C’est ce dernier jour de fête qu’est célébré le Yuanxiao jié, soit la fête des lanternes. Elle fut instaurée par la dynastie des Hans et la tradition veut qu’elle encourage à la réconciliation et la réunion des familles. Bref, la réunion des deux Chine au sein de la grande famille du Monde Chinois.

Les bureaux de représentation

               En ce qui concerne l’accord lui-même, il devrait déboucher sur la création de bureaux de représentation même si leur date de mise en place n’a pas encore été fixée.

               Ces bureaux de représentations auraient majoritairement pour but de permettre une meilleure gestion de la communauté taïwanaise présente sur le continent (soit environ deux millions de personnes) et de faciliter les déplacements touristiques entre l’île nationaliste et la Chine communiste. Il est en effet important de noter que depuis l’autorisation, en 2002, du tourisme chinois à Taiwan, le nombre de chinois visitant l’île est passé de 150 000 à plus de 1 million en 2009. De même pour la Chine continentale où les Taïwanais venus faire du tourisme étaient plus 4,5 millions cette même année 2009.

               En outre, ces bureaux devraient faciliter toutes les démarches administratives entre les deux Chine, cependant il est à noter qu’il ne s’agit en rien d’ambassades et donc de reconnaissance pleine et entière. Si la démarche vise à démontrer une reconnaissance officielle des deux pays, elle ne signifie absolument pas que la Chine renonce à ses velléités conquérantes envers Taiwan. L’intensification des relations ne signifiant pas le rapprochement de la paix.

L’intensification des relations

               Cette intensification des relations a commencé fortement avec l’élection du président Ma par les Taïwanais en 2008. Il est issu du Guomindang, le parti nationaliste, et a entrepris un nombre important de mesures de rapprochement entre Pékin et Taipei pendant son premier mandat, dont la plus significative est sûrement « l’accord-cadre de coopération économique entre la Chine continentale et Taiwan » (Economic Cooperation Framework Agreement, ECFA) qui fût signé en juin 2010. Cette politique de rapprochement n’était pas du goût de tous les Taïwanais, mais ces derniers l’ont toutefois reconduit au pouvoir en 2012, lui donnant alors un soutien implicite l’incitant à continuer dans le sens du rapprochement inter-détroit. Pour autant la plupart des accords passés n’étaient que purement économiques, et c’est la première fois qu’un accord politique sérieux serait signé par les deux Chine.

Des tensions toujours fortes

               Le renforcement des activités économiques autour de ce détroit et les échanges humains révèlent une interdépendance toujours plus forte, mais aussi de plus en plus asymétrique. Et Pékin est tout à fait conscient qu’en intensifiant ces relations économiques, et maintenant politiques, Taiwan devient de plus en plus dépendante du continent.

               Notons de plus que la Chine possède toujours plus de 2 000 missiles braqués sur la petite île et que derrière ce premier pourparler politique figure clairement la volonté de Pékin d’engager de très sérieuses politiques de rapprochement afin de tendre vers la réunification avec Taiwan, de gré… ou de force.

               Le prochain sommet de l’APEC (Asian-Pacific Economic Cooperation) en novembre 2014, à Pékin cette fois, sera l’occasion de voir si le gouvernement chinois accepte la présence des représentants Taïwanais ou si, comme à chaque fois, ce sera un émissaire politique non-officiellement représentant du gouvernement qui s’y rendra.

               Enfin n’oublions pas que, comme le disait Churchill, la vie politique chinoise est  « Un secret enveloppé dans un mystère à l’intérieur d’une énigme ». Et que nous ne sommes pas près d’avoir toutes les cartes en mains pour prévoir l’avenir de ce statu quo qui a dépassé le demi-siècle.

Cédric Fuentes

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