Actuellement au centre des intrigues dans Un si grand soleil, le couple Alphand – Bastide connaît de graves tourments. Au point de mettre cet amour en danger ?
Au départ conçus comme des personnages secondaires, Élisabeth Bastide et Alain Alphand se sont imposés en trois ans comme le duo le plus magnétique et indispensable du feuilleton de France 3. Derrière les paillettes de Montpellier, rencontre sans fard au Festival de la Fiction avec deux immenses acteurs et actrices du théâtre et de la télévision qui insufflent à la maturité une classe, une vérité et un piquant inédits.
Un couple sexy et glamour
Dans la mécanique bien huilée des feuilletons quotidiens, la recette est souvent la même : aux trentenaires les amours volcaniques, les trahisons théâtrales et le premier plan ; aux seniors le rôle de confidents bienveillants ou de « mascottes » amusantes. Une case réductrice que Chrystelle Labaude et Frédéric van den Driessche ont purement et simplement dynamitée et que ce dernier reçoit avec une immense gratitude, mais aussi une pointe d’amusement : « Le public me fait l’amitié de me dire à quel point ils aiment ce couple. Des gens de mon âge viennent me voir et me disent : « Vous nous rendez quelque chose de rare à la télévision… vous êtes sexy ! » Je n’avais pas pensé à cette histoire de sex-appeal, mais c’est vachement bien ! ».
Dans Un si grand soleil, Élisabeth Bastide, la redoutable femme d’affaires au caractère de feu, et Alain Alphand, le médecin humaniste au flegme tout britannique, forment depuis trois ans un couple à la longévité exceptionnelle. Un duo qui passionne les téléspectateurs, toutes générations confondues.

Gommer, élaguer, épurer
Comment expliquer une telle alchimie à l’écran ? La réponse ne réside pas seulement dans l’écriture, mais dans une exigence artistique féroce partagée par les deux comédiens. Issus de la même génération, formés à la rude école du théâtre exigeant (le Conservatoire et la Comédie-Française pour Frédéric), ils partagent un amour viscéral pour l’économie de mots.
Pour éviter le piège du feuilleton quotidien — parfois trop bavard, trop explicatif —, le duo a obtenu de la production une véritable carte blanche. Leur méthode ? Gommer, élaguer, épurer.
« Au départ, j’avais très peur d’un quotidien avec un texte bavard, bavard, bavard », confie Frédéric van den Driessche. « Heureusement, on me laisse la liberté de gommer, parce que sinon on n’est jamais dans le sentiment, on n’est que dans le bavardage. Le texte, parfois, c’est un regard. » Un point de vue totalement partagé par Chrystelle Labaude, qui savoure cette complicité unique : « On ne se laisse pas tranquille une seconde. Même quand on ne se parle pas, il n’y a jamais de vide. Les silences sont toujours remplis d’une intention. C’est une partie de tennis formidable avec un bon joueur en face. »
Cette confiance mutuelle absolue leur permet même de sortir des sentiers battus de la page écrite pour improviser, apportant cette touche d’humour et de vérité qui fait la marque du couple. Chrystelle Labaude confie ainsi, amusée, avoir lancé un jour un « Connard ! » improvisé à son partenaire alors que leurs personnages faisaient des mots croisés à l’écran, une réplique spontanée que la production a finalement choisi de garder au montage.

Des femmes puissantes et des intrigues au sommet
L’année écoulée n’a pourtant pas été de tout repos pour les Bastide-Alphand, notamment marquée par le retour en force de l’affrontement entre Élisabeth et sa rivale légendaire, Catherine Laumière. Un duel de « duétistes » au sommet entre les deux femmes les plus puissantes et fortunées de la série. « La potiche a été sacrément cassée en mille morceaux », (rires) observe Chrystelle Labaude au sujet de cette amitié brisée, saluant au passage la complexité de son personnage. « Élisabeth a une mauvaise foi terrible, elle s’arrange parfois avec la vérité et elle est odieuse par moments. Mais elle a une éthique. Quand elle décide de refuser 30 millions d’euros proposés par des investisseurs chinois pour garder sa boîte, elle s’y tient. Personne n’y croyait, mais elle l’a fait ».
L’actrice jette également un regard teinté d’ironie et de tendresse sur la valse de personnages qui caractérise la série, évoquant les départs passés de Julien Bastide ou de son petit-fils, partis vers la Méditerranée avec des intrigues suspendues. « C’est très curieux… Des fois je me dis : est-ce qu’ils vont revenir un jour ? Pourquoi pas, la série n’est pas terminée ! » Et Frédéric de se réjouir de l’arrivée d’Emmanuelle Bouaziz, qui joue sa fille à l’écran, une « boule d’énergie » issue de la comédie musicale avec qui le courant est immédiatement passé. « Elle a l’intelligence d’écouter. Emmanuelle et moi, on s’est très bien imbriqués. On s’est compris très vite. C’est une chance inouïe. J’ai une femme. Maintenant, j’ai une fille. »
Derrière le confort de la quotidienne, le besoin viscéral du danger
Si le public loue l’élégance naturelle et la « classe » folle du couple à l’écran — bien aidés, concèdent ils dans un sourire, par de très beaux costumes —, aucun des deux comédiens ne s’endort sur le confort apparent d’un contrat à l’année. Pour Frédéric van den Driessche, grande figure de la télévision mais aussi du doublage (il prête notamment sa voix légendaire à Liam Neeson), le doute reste le moteur absolu de son métier.
« Quand on parle de « confort » d’un quotidien, le confort est totalement ailleurs », martèle-t-il avec intensité. « Le doute, je le résous à partir du moment où on dit « action ». À cet instant, je ne peux plus en avoir. J’ai besoin toute ma vie, comme une drogue, de ce mot et du gouffre qui est derrière, de ce vide abyssal. Le mot confort, on en est loin. »
Chrystelle Labaude, de son côté, avoue que les planches lui manquent. Bien qu’elle reçoive de nombreuses propositions théâtrales à Paris, le rythme des tournages l’oblige souvent à refuser, même si elle rappelle avec malice qu’un aménagement de planning reste toujours possible pour de courtes aventures. Elle évoque aussi son rapport au doublage, une discipline qu’elle a effleurée (en doublant notamment Sandra Bullock dans Speed 2) et qu’elle aimerait beaucoup retrouver si l’occasion se présentait : « C’est une technique particulière, une concentration précise, mais ça m’amuse beaucoup. »
« Il y a plein de choses à vivre quand on a 65 ans«
En attendant de les revoir sur scène ou dans l’obscurité d’un studio de doublage, les deux comédiens savourent leur victoire politique et sociale : celle d’incarner une tranche d’âge trop souvent oubliée des scénarios ou reléguée au second plan.
« Au-delà de 60 ans, on est le seul couple de la série avec Fred », rappelle Chrystelle Labaude. « Donc on représente une partie de la population non négligeable. Non seulement elle regarde le feuilleton, mais en plus ces gens sont vivants et bien vivants ! Il y a plein de choses à vivre quand on a 65 ans. C’est même encore plus passionnant parce qu’on a un passif, on est plus riches d’expérience. »
Un cri du cœur partagé par les téléspectateurs qui, face à ce couple « glamour » et profondément humain, espèrent une seule chose : que les scénaristes n’écoutent pas leurs vieux démons de fiction et respectent le vœu des acteurs. « J’espère qu’ils ne vont pas nous séparer », conclut l’actrice. Le message est passé.