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Comment le gouvernement va lutter contre le protoxyde d’azote ?

Il traîne dans toutes les soirées, sur les trottoirs des grandes villes, dans les parkings la nuit. Des petites cartouches argentées, une odeur neutre, un effet immédiat. Surnommé « proto » ou « gaz hilarant », le protoxyde d’azote est la troisième substance psychoactive la plus consommée en France. Face à sa progression rapide chez les jeunes, le gouvernement a décidé d’agir.

Un phénomène banalisé qui abîme

À l’origine, le protoxyde d’azote est un gaz médical et alimentaire, utilisé notamment dans les siphons à chantilly. Son détournement consiste à inhaler le gaz dans un ballon de baudruche. L’effet est euphorisant, intense, de quelques secondes seulement. Ce profil rend le proto particulièrement attractif pour les jeunes. Ils en ont ainsi fait la troisième drogue de leur génération.

Pourtant, il n’a rien d’inoffensif. Consommé régulièrement, il détruit progressivement les réserves de vitamine B12, essentielle à la protection du système nerveux. Les conséquences peuvent être sévères, paralysies temporaires, troubles moteurs, séquelles neurologiques parfois irréversibles. Les services d’addictologie signalent des patients de plus en plus jeunes, et les cas graves se multiplient. Sur Paris et sa banlieue proche, les forces de l’ordre ont recensé plus de 1 200 interventions liées au proto en dix mois en 2025. Une hausse de 50% par rapport à l’année précédente.

RIPOST : prévenir d’abord, réprimer ensuite

Face à cette réalité, le gouvernement a d’abord misé sur la prévention. Le 7 avril 2026, Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée à la Citoyenneté, a lancé la campagne nationale « Mort de rire ». Clin d’œil direct au MDR des messages entre jeunes, le ton est volontairement choc et sans filtre. Les chaînes ont également diffusé le documentaire « Du rire aux drames » le 12 avril. Ensemble, ces deux initiatives visent à toucher les jeunes là où ils se trouvent afi de réduire considéralement les consommomations de protoxydes euphorisants .

Mais la prévention seule ne suffit pas, selon l’exécutif. Ainsi, le 25 mars 2026, Laurent Nuñez a présenté le projet de loi RIPOST en Conseil des ministres. L’acronyme signifie « Réponses Immédiates contre les Phénomènes troublant l’Ordre Public, la Sécurité et la Tranquillité ». Le texte crée trois nouveaux délits liés au protoxyde d’azote.

Inhaler du proto hors cadre médical deviendrait un délit, passible d’un an de prison et 3 750 euros d’amende. Une amende forfaitaire de 200 euros resterait également possible. Transporter le produit sans motif légitime exposerait à deux ans d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. Conduire sous son emprise coûterait trois ans de prison et 9 000 euros d’amende. Par ailleurs, la vente illégale s’exposerait à six mois de prison et 7 500 euros d’amende. Les commerces contrevenants subiraient en outre une fermeture administrative. Le gouvernement encadrerait également la vente légale en définissant des créneaux horaires stricts, avec interdiction totale la nuit.

Une approche qui divise

Néanmoins, tout le monde n’applaudit pas. La Fédération Addiction, qui regroupe les professionnels de l’addictologie, a réagi fermement. Pour ces spécialistes, criminaliser la simple consommation risque de produire l’effet inverse. En éloignant les jeunes des dispositifs de soin, la répression ferait en réalité plus de mal que de bien. Trop peur d’une amende, moins enclins à en parler à un médecin. La consommation se cache, mais elle ne disparaît pas.

L’exemple du cannabis revient souvent dans ce débat. En effet, les sanctions n’ont jamais réduit sa consommation. Ce sont les politiques de prévention qui ont fait évoluer les comportements des adolescents. Pas les peines de prison. Le projet de loi RIPOST attend désormais son inscription à l’ordre du jour du Parlement. Une première lecture est prévue à l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Le gouvernement cible une adoption avant la fin 2026. D’ici là, les cartouches continuent de joncher les trottoirs.

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