Ce soir, Cash Investigation révèle les coulisses des géants de l’eau. Veolia, Suez Environnement, Saur, des leaders français qui sont devenus des empereurs de l’or bleu. Pourtant, tout est loin d’être limpide, comme le témoigne une grande opacité dans la communication de ces géants de l’eau. Fuites, coupures, marchés publics au déroulement douteux, Marie Maurice a enquêté plus d’un an pour Cash Investigation et les résultats de son enquête sont édifiants !

L’eau, une ressource précieuse au coeur d’un juteux business

Ouvrir le robinet, se brosser les dents, prendre une douche, autant de gestes innocents accomplis dans une journée. Pourtant, un long chemin est à accomplir pour remonter à la source de l’eau. Avec un marché français de l’eau estimé à 9 milliards d’euros que se partagent 3 principaux acteurs, Veolia Environnement (le leader mondial avec, en 2016, 24.4 milliards de chiffre d’affaires mondial ) Suez Environnement (son principal challenger avec 15.3 milliards de chiffres d’affaires la même année) et la très rurale Saur (1.2 milliard pour 2016 de chiffre d’affaires), les enjeux sont considérables.

Pour s’assurer que chacun ait l’eau qui coule en tournant le robinet, chaque mairie doit décider comment va être assuré l’acheminement de l’eau aux habitants. Deux choix sont possibles: Première option, la mairie ou l’agglomération décide d’assumer elle-même le service de l’eau en créant une régie. La régie publique sera chargée d’assainir et de distribuer l’eau sous ses conditions tarifaires. Seconde option, la collectivité locale lance un appel d’offres pour que cette mission soit assurée par un acteur privé, c’est la Délégation de Service Public (DSP). C’est sous cette forme que Veolia, Suez et Saur interviennent pour accomplir leur mission de service public.

Aujourd’hui, 61% des Français ont leur eau qui provient d’une DSP, les 39% restants étant servis par des régies publiques. Ces choix ne sont pas sans conséquences pour les consommateurs. Tarifs élevés, réseaux peu entretenus, fuites dans les canalisations, les clients ne sont pas épargnés par ce grand gaspillage financier et environnemental. 1.000 milliards de litres d’eau sont perdus dans les fuites des canalisations, soit la consommation annuelle de la Suisse!

Pour se rendre compte de ce fléau, Cash Investigation s’est rendu à Nimes. La ville se classe dernière pour la performance de son réseau de distribution d’eau parmi les 50 plus grosses villes françaises avec en moyenne 70.5 litres distribués au consommateur pour 100 litres sortant de l’usine, loin de la moyenne française à 79.3 litres / 100 litres produits. La DSP accordée par la ville à la Saur depuis 48 ans suscite de nombreuses critiques. Fuites signalées non traitées, marges record pour le délégataire et prix de l’eau qui s’envole pour les consommateurs. Agglomération et délégataire ont dû s’expliquer sur le fonctionnement atypique de cette délégation. Malgré les 16 millions d’euros que cela a rapporté à la Saur, le délégataire est pointé du doigt par des associations pour des coupures d’eau chez des particuliers en retard de paiement, une pratique interdite par la loi depuis 2013 !

Les pratiques douteuses dans l’obtention d’appel d’offres

Dans le monde opaque des industriels de l’eau, les pratiques font souvent l’objet d’une omerta où le silence s’impose en maitre. Au cours de leur enquête, les équipes de Cash ont pu recueillir des informations précises venant d’une source anonyme concernant le fonctionnement du Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement de l’Agglomération Parisienne (SIAAP) et de l’obtention de certains marchés publics en Ile de France. Ce « corbeau » a attiré l’attention sur les pratiques de cette grande machine à nettoyer l’eau pour les 9 millions de Franciliens que constitue le SIAAP et ses 1.2 milliard de budget annuel.

L'ensemble de l'usine d'épuration Achères Seine Aval qui s'étend sur 800 hectares et dont la modernisation a été lancée par un appel d'offres du SIAAP ©SIAAP

L’ensemble de l’usine d’épuration Achères Seine Aval qui s’étend sur 800 hectares et dont la modernisation a été lancée par un appel d’offres du SIAAP ©SIAAP

 

Au cœur des accusations de ce lanceur d’alerte, documents et enregistrements sonores à l’appui , un vaste système « d’entente, de prise illégale d’intérêts et de trafic d’influence » sur l’attribution des marchés publics lancé par le SIAAP. En effet, des cadres d’une filliale de Veolia auraient approché les dirigeants d’un nouvel entrant, la société Passavant Impianti Spa, un acteur italien du traitement de l’eau qui a fait une offre plus intéressante financièrement que celle de Veolia sur un morceau d’Achères Seine Aval, afin que l’Iitalien remonte son offre de 100 millions pour que son offre soit plus élevée que celle de Veolia. Ce qui revient à laisser le marché à Veolia, le tout en échange d’1 million d’euros. De telles pratiques auxquelles le SIAAP ne serait pas étranger, le lanceur d’alerte mettant notamment en cause le rôle du directeur de la communication du SIAAP, Christian Vernay, qui aurait invité les dirigeants du groupe italien dans un prestigieux restaurant pour expliquer le fonctionnement atypique des appels d’offres du SIAAP.

Les pratiques des industriels de l'eau seront au coeur de Cash Investigation ce mardi soir ©France 2 / Premières Lignes

Les pratiques des industriels de l’eau seront au coeur de Cash Investigation ce mardi soir ©France 2 / Premières Lignes

Les équipes d’Elise Lucet ont tenté de rencontrer Christian Vernay, celui-ci a décliné les demandes d’interview. Ne s’arrêtant pas à cette réponse, les équipes de Cash se sont déplacé au siège du SIAAP afin d’être reçues, personne n’a souhaité leur répondre dans l’immédiat, mais une plainte contre X pour « violation de domicile » a été déposée à la suite au tournage dans les locaux.

Le tout n’étant pas sans conséquences pour les Franciliens qui financent le SIAAP et dont la redevance a explosé de 60% en 10 ans, passant de 78 à 125 euros en moyenne.

Il restera à savoir quelles seront les réponses des principaux intéressés après la diffusion de l’enquête ce soir sur France 2 et les suites judiciaires qui pourront être données, nul doute que du côté de Bruxelles ou du côté de l’Autorité de la Concurrence, l’enquête rencontrera un certain écho.

 

Cash Investigation, L’eau : scandale dans nos tuyaux

Une enquête de Marie Maurice pour Cash Investigation, production Premières Lignes

Mardi 13 mars à 20h50 sur France 2