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Entretien avec Baptiste Teychon, auteur romantique et mélancolique

Crédit photo : Kevin Breuil

Baptiste Teychon nous fait voyager avec son premier roman « Et la lune orpheline », nous l’avons interrogé à propos de l’univers qui entoure cette fable urbaine et lyrique. 

C’est un roman narré entre le passé et le présent, celui d’un jeune journaliste en quête d’identité, traînant comme un fardeau des fragments de vie de son passé. Au travers de ses voyages au cœur des villes européennes, rencontres romantiques et travaux journalistiques, il tentera de trouver sa place dans une société qu’il méprise. Une formidable ode à l’amour et à la liberté. 

En bon journaliste et écrivain, Baptiste Teychon maîtrise avec brio l’art de transmettre des émotions par le biais de ses récits. Alors à la lecture d’un roman si mélancolique et mélodique, on trépigne à l’idée d’en savoir plus sur l’oeuvre et son créateur. 

Et vous tombez bien, l’auteur a bien voulu répondre à nos questions.

« Et la lune orpheline » constitue ton premier roman, peux-tu nous en raconter la genèse ? 

BT : Elle est assez obscure et pas réellement définie. Des petits riens qui au final, deviennent un grand tout. J’écris depuis l’adolescence, j’ai donc tout un tas de cahier, de manuscrits inachevés et de gribouillis. À la base l’histoire se passait dans un univers de Science-Fiction, post-apocalyptique et le roman avait pour nom « Un cri noir, éloge de la folie ordinaire », une référence directe aux « Contes de la folie ordinaire » de Charles Bukowski. J’ai laissé ce roman de côté quelques années faute de trouver un éditeur. A côté j’ai continué à écrire d’autres histoires et surtout à me bâtir un univers littéraire par mes lectures et écritures de poèmes. 

Puis quelques années plus tard alors que je vivais à Bruxelles, j’ai repensé à cette première histoire. La mélodie s’est construite assez vite dans ma tête lorsque je déambulais dans les ruelles de la capitale belge. En relisant et écrivant d’autres poèmes et proses j’ai compris l’univers dans lequel je voulais évoluer et devait plonger un cri noir. Ça ne devait pas être un roman de S-F mais un roman très contemporain et intimiste. En assemblant des bouts de poèmes, des réminiscences d’histoire : la lune orpheline s’est imposée. 

Si tu devais résumer ton roman en une phrase, laquelle serait-elle ? 

BT : « On a des papiers mouillés sur le coeur, où le feu de nos passions n’attend que de prendre pour éteindre nos peurs. » 

Tu attaches une grande importance à l’expression du narrateur, quelle part l’autobiographie prend-elle au sein de ce roman ? 

BT : Oui, j’attache beaucoup d’importance à décrire l’expression du narrateur car pour moi, c’est un roman qui parle de sentiment. De la totalité de nos sentiments, de nos peurs vis à vis d’eux, des contradictions entre eux, de leurs forces mais aussi de la nécessité pour nous d’accepter et d’aimer les sentiments négatifs au même niveau que les sentiment positifs. On est dans une société qui parle peu de nos sentiments, qui nous pousse à les dissimuler derrière des couches de peinture et de « coolitude ». La confusion des sentiments comme dirait Zweig. Je pense aussi que ça vient des courants philosophiques cruciaux pour moi que sont le stoïcisme et le rousseauisme.

Donc oui forcément tout ça donne une écriture assez intimiste, qui peut paraître autobiographique voir voyeuriste. Et ce dernier terme est crucial au final. Rentrer dans l’intime, dans l’infiniment personnel pour en ressortir quelque chose de crucial. Ensuite, la part de vérité et d’autobiographie ne regarde que moi. 

Ce roman parle d’amour mais surtout des cicatrices de la vie, ces dernières sont-elles indispensables pour trouver son chemin ? 

BT : On a tous des cicatrices que la vie nous donne. Rien que le deuil est la forme la plus universelle et courante de ces cicatrices. Deuil de mort, d’amour, de rêves ou d’ambitions… Ce qui compte c’est la manière dont on va évoluer par la suite, si on arrive à y trouver un enseignement. Pour moi la façon dont on surmonte ou non nos cicatrices nous permet d’avancer ou de reculer sur notre propre légende personnelle. Notre chemin résulte de plusieurs choses, autant de fatalisme que de persévérance et c’est ça qui doit être une force. Cette volonté d’avancer sur plusieurs chemins, serpenter, se perdre, tomber d’épuisement pour mieux trouver cet horizon qui nous pousse.

Il y a cette phrase que je me dis souvent : « l’utopie jadis mère de nos chagrins se retrouvera chemin de nos festins. »

Tu évoques beaucoup d’artistes au sein du livre et plus particulièrement Charles Bukowski et son poème « Bluebird », quelles ont été tes références lors de l’écriture de ce roman ? 

BT : En premier lieu Charles Bukowski oui, et particulièrement son poème « Bluebird ». Il résume parfaitement la vision artistique que je veux défendre. Et puis en le lisant on comprend mieux l’oeuvre de cet homme qui est bien loin de l’image qu’on peut lui prêter au premier abord. Je le trouve juste ouf. Ensuite il y a bien sûr Jack London et son roman Martin Eden. Puis des auteurs comme Musset, John Fante, Rousseau, Bruce Lowery, Hermann Hesse, Dylan Thomas et le poète W.H. Auden.

Mais mes influences sont aussi très cinématographiques avec notamment Tarkovski qui est très mélodieux et contemplatif, ou encore le cinéma de
Sofia Coppola pour ne citer qu’eux. Le cinéma tient une place cruciale dans mon écriture et dans les images qui me viennent.

L’influence peut également être musicale, notamment avec le rap français avec des artistes comme Nekfeu, Brav, Dooz Kawa, Lonepsi…

Ces différents médiums artistiques sont cruciaux dans la compréhension de mon époque et de comment je souhaite m’exprimer.

Le livre s’attache à des critiques et prises de position sur notre monde actuel. Comment, selon toi, peint-on de manière pertinente les traits de notre société contemporaine ? 

BT : Je pense déjà qu’il est important d’avoir une bipolarité des critiques à l’égard de notre société. C’est plutôt sain au final d’avoir cet espace d’expression. Après à nous d’avoir les armes pour pouvoir débattre et garder notre esprit critique. Au final, c’est ça le nerf de la guerre : garder un esprit critique. « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. » Garder la tête froide, écouter, mettre de côté l’orgueil de sa vérité personnelle en étant fidèle à sa morale, son éthique et sa volonté d’être. On est de cette génération où il est facile de critiquer et de prendre des positions. Je ne crois pas que multiplier les petits combats tout en les opposants permettent de faire quelque chose.

Personnellement, je vois juste que ma génération est plus ou moins perdue au sein de cette société. Perdue entre ce qu’elle veut être et ce qu’on lui pousse à être. Honnêtement il y a plein de choses qui me révoltent et qui me donnent envie de hurler. Et il faut se révolter. Moi je tente d’écrire car c’est hurler en silence. Alors j’écris, c’est ce que je sais faire de mieux.

Tu sembles très attaché aux Lettres, quelles soient journalistiques ou littéraires, quel est ton point de vue sur une société de plus en plus attachée aux Images ?

BT : L’image c’est cool, vraiment. Et les lettres c’est carrément jouissif.

Pour ce qui est de l’image, déjà c’est pas mal car sa beauté permet de voler, de sortir de notre cocon et de notre quotidien. Pour beaucoup une simple image représente le voyage d’une vie.

Et puis c’est fort. C’est un marqueur crucial de notre époque. Après le problème comme souvent c’est ce qu’on en fait et ce qu’on devient avec. J’ai beaucoup de mal avec l’image qui se veut narcissique. Celle dont on use comme seconde peau et comme moyen ostentatoire. Ensuite je déteste les images qui appellent à un commentaire instantané, qui nous permettent pas de prendre le temps de penser par nous même. Ainsi, j’ai une répulsion envers Twitter et ce monde qui va avec. Le sophisme moderne est l’une des choses qui m’ennuie et me débecte le plus.

Mais on a quand même une chance nous, en tant qu’européen de classe moyenne, de choisir le monde qu’on souhaite voir autour de nous, ou plutôt l’environnement du monde qu’on souhaite avoir. Choisir et user de l’image comme on le désire, suivant nos valeurs, notre philosophie. Mais l’image seule sans garde fou, ça donne un horrible monstre. L’image ne doit pas remplacer la connaissance, notre analyse et nos lettres.

Quels sont tes prochains projets ? 

BT : Je bosse sur un cycle d’écriture amorcé par « Et la lune orpheline ». Le prochain roman est quasiment terminé. Il ne s’agit pas d’une suite mais il y aura la même mélodie et le même sang que dans le premier. Dans l’idéal ce cycle comprendra également un recueil de poèmes et un troisième roman. De plus j’ai un vieux projet sur lequel je souhaite avancer concernant les TDS (travailleurs du sexe). Ça serait plus sous forme d’une enquête, d’un photo-reportage. Là, le poids de l’image associé aux lettres est vraiment dans la veine de ce que je souhaite défendre. Et ensuite, avec une amie auteure qui se nomme sur Instagram @cellequiaimait on a quelques envies de collaboration donc à voir. Mais j’ai une réelle envie de faire des collaborations avec d’autres artistes. C’est bien aussi de ne pas être seule dans son art.

Merci Baptiste Teychon, on te souhaite le meilleur pour la suite de tes projets !

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Responsable du pôle Bordelais à VL.
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