Musique

Interview – Fishbach : “Ce disque c’est la schizophrénie totale”

Quelques semaines après la sortie de son premier album « À ta merci », on a rencontré l’intrigante Fishbach. Une artiste qui du haut de ses 25 ans a réussi à s’imposer sur la scène pop française en peu de temps. Avec sa voix presque androgyne, sa maturité musicale et son univers teinté d’étrange, Fishbach alias Flora a su imposer son style. Artiste à suivre d’urgence si ce n’est pas déjà fait !

T’as commencé la musique qu’à 17 ans, c’est arrivé sur le tard !

J’ai essayé plein de trucs, j’ai fait de la peinture, de la photo, plein de sports différents. Je ne sais pas si je me suis encore vraiment trouvée avec la musique. Je suis un peu triste que ce soit arrivé tard parce que quand je vois mes potes qui font de la musique depuis tout petit je me dis que c’est super, mais en même temps quand j’ai essayé à l’époque ça me plaisait pas. J’allais à l’école de musique et aller à l’école, c’est chiant.

Qu’est-ce qui t’a fait un déclic ?

C’est ce gars que j’ai rencontré avec qui j’ai fait mon premier groupe. J’ai vraiment eu un déclic le jour où on a fait un premier concert, le premier vrai concert de ma vie. La scène, c’est cet instant qui dur super longtemps et pas longtemps à la fois… Sur scène, je me suis sentie vraiment bien. Je peux à la fois me cacher et à la fois être véritable sans que personne à part moi ne sache vraiment qui je suis. Ça, ça m’a vraiment plu.

Comment tu vis tes expériences de scène ?

C’est le seul moment où je peux être vraiment moi. Je compare souvent la musique au sexe parce qu’avant de monter sur scène, tu trépignes, après tu fais les premiers pas, puis tu ne te rends plus compte du temps qui passe. Il y a un partage mais en même temps, c’est quelque chose que tu vis de manière assez intime avec les musiciens avec le public et avec toi-même. T’exprimes d’autres choses que dans la vraie vie.

Aujourd’hui, on peut dire que tu es devenue l’une des héritières des années 80.

Je commence à en avoir marre qu’on me référence années 80, je veux bien comprendre qu’on ait besoin de mettre des mots par rapport aux sonorités mais j’espère pas que ce soit années 80 ce que je fais mais complètement 2017. Après oui, j’utilise des instruments sur lesquels on jouait déjà à cette époque.

Donc ce n’est pas conscient ?

Non, je compose mes chansons et après je fais mes arrangements… Je me dis pas : « tiens je vais m’inspirer de la basse de Balavoine pour ce son là » ou faire un délire à la Desireless… Je ne cherche pas à reproduire quelque chose. Après il y a peut-être une chose qui fait années 80 chez moi, c’est mon audace et le fait que je sois « too much », c’est pour ça que j’appuie avec ma voix, j’en fais des caisses avec mon maniérisme, c’est du jeu. Je joue de ma voix comme d’un instrument. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer.

Tes chansons laissent à voir deux Fishbach. L’une plus solaire avec “Un autre que moi” et l’une bien plus sombre avec “On me dit tu”.

Je pense qu’on a tous ce côté-là. Moi je ne dirais pas qu’il y a deux Fishbach mais plutôt 15 ! Ce disque c’est la schizophrénie totale ! Ce que j’ai voulu montrer c’est justement plusieurs facettes. On n’est pas une seule et même personne, on est plein de contradictions. Tu vois tu parles pas de la même façon à ton chéri qu’à ton patron.

Finalement, il y a peu de titres « grand public » dans ton album, on sent vraiment que t’as cherché à faire un objet très introspectif…

J’adore les gros trucs pop qui font danser tout le monde en soirée. Tu sais ces chansons qu’on aime chanter comme des cons quand on a bu un coup et qu’on assume sans assumer. Mais, j’aime aussi les choses plus alambiquées, torturées, vraiment psycho.

Qu’est-ce que tes chansons disent de toi et de ton passé ?

Elles évoquent des histoires d’amour, une petite rage intérieure qui s’exprime maintenant… « On me dit tu », par exemple, parle d’un colloc’, un sal type, qui rejetait toute sa haine des femmes sur moi. À l’époque je me contenais. Au lieu de lui répondre et de m’engueuler avec lui, j’ai fait une chanson.

Cet album t’a libéré de certaines souffrances ?

Bien sûr. « Le château », par exemple, parle de mon collègue qui s’est suicidé au château de Vincennes… À ce moment, j’ai culpabilisé grave, parce que je savais qu’il n’allait pas bien… J’étais tellement malheureuse. Je trouvais le geste complètement dingue… Le fait de se suicider sur notre lieu de travail devant les gens… J’ai eu besoin de faire cette chanson un peu comme un hommage, en me foutant de sa gueule, en lui en voulant un peu en m’en voulant un peu aussi. J’ai tout mis là-dedans et ça m’a libéré.

L’atmosphère de tes chansons est quelque peu mortifère. Pourquoi ?

J’aime beaucoup tout ce qui est littérature, cinéma… Je suis très portée sur le fantastique. J’ai besoin de ça. D’ailleurs, je joue beaucoup aux jeux vidéo. J’aime les choses inexplicables, de l’ordre de la rêverie, tout ce qui a attrait au surréalisme. Ça m’aide à m’échapper un petit peu. J’adore m’émerveiller, c’est assez rare de pouvoir le faire encore. Par exemple, là je me garde des films que j’ai pas encore vus pour plus tard pour qu’il me reste un peu de surprise, un peu de fantastique. Aujourd’hui, c’est facile de s’évader parce qu’il y a plein de choses et de gens à découvrir mais en même temps on est tellement toujours connecté qu’on ne prend plus de temps pour sois. En ce moment, ce qui me manque c’est de pouvoir méditer. Prendre le temps de ne rien faire… De faire le bilan de sa journée pour emmagasiner ce qu’il s’est passé.

Comment tu vis ce succès naissant ?

C’est trop cool, les gens sont gentils, ça me touche. C’est un drôle de rythme à prendre, c’est le métier qui rentre. Je suis fatiguée mais à la fois heureuse ! Je suis comme tout le monde !

Écouter l’album “À ta merci” sur toutes les plateformes de streaming musical.

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