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Fukushima : Le Japon va déverser ses déchets dans l’océan Pacifique

10 après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le Japon a finalement pris la décision de rejeter l’eau contaminée du site dans l’océan Pacifique, assurant que la pollution de l’océan sera moindre.

Il y a 10 ans, en mars 2011, le Japon fut victime d’un tremblement de terre d’une magnitude 9,1, le plus important séisme mesuré dans le pays. Suite à cela, c’est un tsunami qui frappa les côtes nippones et surtout le site nucléaire de Fukushima. Au moins deux réacteurs sont entrés en fusion, provoquant la deuxième plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire, après Tchernobyl en 1986.

Chaque jour, 170 tonnes d’eau sont utilisées pour refroidir les réacteurs afin de ne pas provoquer de nouvelles complications. Durant ce processus, l’eau capte et retient des particules radioactives. Cette dernière est stockée dans plus d’un millier de citernes autour du site. Aujourd’hui, le Japon se trouve face à un nouveau problème. Avec plus de 1,25 millions d’eau stockée, il y a de moins en moins de place. La société Tecpo, qui exploite la centrale, estime que la capacité de stockage de l’eau contaminée atteindra son seuil en 2022.

Photo des citernes où l’eau contaminée est stockée autour du site

Comment remédier à ce problème ?

Cela fait 7 ans que le débat dure. Plusieurs options ont été envisagées. Le stockage de l’eau dans des souterrains ou encore la vaporisation dans l’air sont des méthodes que le Japon a sérieusement considérées.

Finalement, la solution choisie serait de déverser cette eau dans l’océan Pacifique. Pour les experts, il s’agirait d’un « rejet contrôlé » de cette eau, sur plusieurs décennies. Bien que cette dernière sera filtrée, aucune technologie ne permet aujourd’hui une décontamination totale. Seul le tritium, un élément radioactif, sera encore présent dans l’eau. Dangereux seulement à très forte dose selon les experts, il se désintègre de 50% au bout de 12 ans environ. De plus, le corps humain est capable d’éliminer cet élément en une à deux semaines (à faible dose). Le gouvernement japonais espère donc que l’élément radioactif se disperse dans l’océan. Ainsi, les quantités de tritium seront trop faibles pour impacter la santé.

« C’est comme mettre une goutte de colorant dans une baignoire […] Très vite on ne la voit plus » – Ken Buessler, Géochimiste et spécialiste de la radioactivité marine, pour Le Monde

Une décision qui fait beaucoup réagir

Au niveau local, ce sont les pêcheurs et les agriculteurs de la région qui sont le plus réticents à cette idée. En effet, dans la région de Fukushima, la pêche avait été déjà interdite durant un an après la catastrophe. Même après la reprise, la réputation des poissons de Fukushima avait nettement fait baisser le nombre de ventes.

Aujourd’hui, ils redoutent encore plus que cela affecte l’image qu’ont leurs poissons auprès des consommateurs.

« Nos partenaires commerciaux nous disent qu’ils vont cesser de vendre nos produits […] nos efforts pour restaurer l’industrie de la pêche durant la dernière décennie seraient anéantis ».

– Kanji Tachiya, responsable d’une coopérative locale de pêche à Fukushima

De nombreuses personnes se sont notamment retrouvées devant le bureau du premier ministre japonais Yoshihide Suga pour protester contre cette décision

La Chine et la Corée du Sud sont également concernées par le déversement des eaux contaminées.

« Déverser cette eau dans l’océan est l’option la moins chère et la plus rapide » déplore Chang Mari, représentante de Greenpeace en Corée du Sud, à RFI. « Une fois que cette eau contaminée et ce tritium seront dans l’océan, ils suivront les courants marins et se retrouveront partout, y compris dans la mer à l’est de la Corée », ajoute-t-elle.

La Chine, elle, parlait aujourd’hui d’un comportement « extrêmement irresponsable ». Le pays dénonce une méthode qui va « gravement nuire à la santé et à la sûreté publiques dans le monde, ainsi qu’aux intérêts vitaux des pays voisins ».

L’institut allemand GEOMAR prédit que l’eau contaminée de Fukushima polluera la moitié de l’océan Pacifique en 57 jours, ajoutant que le Canada et les États-Unis seront touchés par la pollution nucléaire d’ici 3 ans” – Deng Xijun, ambassadeur de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est

Quelles solutions « propres » pour se débarrasser des déchets nucléaires ?

Et bien, des solutions “propres” il n’y en a pas vraiment. Le Japon n’est pas le seul pays à avoir du mal à traiter ses déchets nucléaires. Cette énergie présente de nombreux avantages mais les déchets que cela produit sont souvent radioactifs pendant plusieurs milliers d’années. À l’international, il existe plusieurs hypothèses sur comment se débarrasser de ces déchets. Les plus sérieuses relèvent toutes de la patience, en attendant de trouver un moyen de recycler les déchets.

Tout d’abord, envoyer nos déchets sur le Soleil. Même si cela ressemble à une blague, la proposition est sérieuse. Le Soleil se trouve à des centaines de millions de kilomètres de la Terre. De plus, la chaleur autour du Soleil est telle qu’elle brûle absolument tout. Le seul problème, c’est d’y envoyer nos déchets. En effet, c’est bien trop risqué de remplir une fusée de nos plus gros déchets nucléaires. Si la fusée s’écrase, les conséquences seraient terribles.

La France préfère opter pour enfouir ses déchets jusqu’à ce qu’un moyen de recycler ces derniers soit disponible. Le projet Cigéo à Bure, dans la Meuse, existe dans le but d’enterrer, en sécurité, les déchets nucléaires français pour au moins 100 ans.

La Finlande pousse le concept d’enfouissement encore plus loin avec Onkalo. Ce projet consiste à enterrer les déchets à 500 mètres de profondeur pour une durée indéterminée.

D’autres problèmes se posent

Ces méthodes présentent malheureusement des défauts similaires. Enfouis à plusieurs centaines de mètres de profondeur, les déchets ne sont pas à l’abris des tremblements de terre. Cela pourrait provoquer une fuite et la radioactivité pourrait remonter jusqu’à la surface, en s’infiltrant dans le sol ou les nappes phréatiques.

Autre défaut qui n’en est pas des moindres : comment expliquer aux humains dans 10 000 ans qu’il y a des déchets hautement dangereux sous leurs pieds ? C’était justement le travail du Département de l’Énergie Américain, qui a rendu un rapport de plus de 350 pages. Comme rien ne garantit que les langues seront les mêmes, il faut afficher des dessins et des paysages rappelant le danger. Des pics, des pointes, des têtes de mort, tout est fait pour dissuader l’homme du futur de s’y aventurer.

Une dernière option est envisagée : celle de l’oubli. Il s’agit d’enfouir les déchets nucléaires en espérant qu’aucun humain dans le futur tombera dessus. Mais connaissant la nature curieuse de l’humain, cela semble risqué.

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