Les frappes conjointes américano‑israéliennes du 28 février ont coulé la plupart des navires de la marine conventionnelle iranienne, qui reposent maintenant au fond des ports militaires du Golfe. Mais l’Iran ne renonce pas aux eaux du détroit d’Ormuz. Cachée dans les grottes et les criques de la côte iranienne, une armada fantôme continue de semer la peur sur le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus importants du monde. On appelle ces navires : « flotte moustique ».
Des bateaux petits, rapides et quasiment invisibles
Le surnom dit tout, ou presque. Comme l’insecte, le navire pique vite, le navire disparaît encore plus vite, le navire revient sans prévenir. Ce ne sont pas des frégates ou des destroyers. Ce sont des centaines, peut‑être des milliers, de petites embarcations de moins de vingt mètres. Des embarcations conçues pour se fondre dans le décor. Certaines ressemblent à de simples bateaux de pêche. D’autres se cachent dans des tunnels ou des abris naturels creusés dans la roche. Le long des centaines de kilomètres de côtes que l’Iran contrôle dans la région.
La vitesse rend ces bateaux particulièrement redoutables. Certains dépassent les 180 km/h, ce qui leur permet d’échapper aux radars militaires classiques et de surgir près d’un cargo avant que l’équipage ne puisse réagir. À bord, l’armement reste léger et efficace. Des mitrailleuses lourdes, des lance‑roquettes et des drones kamikazes permettent de menacer tout pétrolier qui s’aventure dans la zone. Si un seul bateau ne suffit pas, ils attaquent ensemble. Formant un vrai essaim coordonné qui rend toute tentative de riposte très difficile.
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Une doctrine née des leçons de la guerre Iran-Irak
Cette force navale n’est pas apparue du néant. Elle résulte d’une leçon douloureuse apprise pendant des décennies. Pendant la guerre Iran‑Irak des années 1980, la marine régulière iranienne hésitait à frapper les pétroliers des pays qui finançaient Bagdad. Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a alors décidé de créer sa propre force navale, fondée sur une philosophie différente.
La doctrine est claire. Comme il est impossible de rivaliser directement avec la supériorité militaire américaine, il faut user l’adversaire par un harcèlement permanent. Le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU, a déclaré sur Franceinfo que les incidents répétés dans le détroit illustrent la coexistence de deux logiques opposées, la logique diplomatique et la logique militaire. Un expert militaire interrogé sur LCI a résumé la situation en des mots simples : « La vraie marine iranienne, une marine de harcèlement. La marine iranienne peut s’approcher à quelques kilomètres des grands navires, et aucune protection américaine ne fonctionne. »
Aujourd’hui, la marine du CGRI compte environ 50 000 hommes, répartis sur cinq secteurs le long du Golfe et présents sur la plupart des 38 îles iraniennes de la région. Au moins dix bases fortifiées, bien cachées, accueillent les bateaux d’attaque. Ce qui rend très difficile toute tentative de destruction préventive.
Un outil de pression autant politique que militaire
La vraie puissance de la flotte moustique ne vient pas seulement de sa capacité de destruction. Elle crée surtout une pression psychologique et économique. Le détroit d’Ormuz ne mesure qu’une trentaine de kilomètres en son point le plus étroit. Et transporte habituellement environ un cinquième du trafic pétrolier mondial. Il suffit qu’une dizaine de navires rapides patrouillent dans les environs pour que les compagnies maritimes arrêtent les traversées et que les prix du baril augmentent.
Depuis la refermeture du détroit ordonnée par Téhéran le 18 avril, les Gardiens de la Révolution ont saisi ou ciblé plusieurs navires. Pendant que les négociations entre Washington et Téhéran continuent à Islamabad, la flotte moustique agit comme un levier politique. Les combats ont détruit ou endommagé les grandes unités de la marine iranienne depuis le début du conflit. Mais la flotte moustique est restée presque intacte. C’est la menace la plus durable et la plus difficile à neutraliser dans toute cette guerre.