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Interview- Karla Mosley, transgenre et soap opera (Maya et Rick)

En 2015, Amour gloire et beauté a initié une storyline importante autour de son personnage Maya. Alors que cette arche est diffusée sur RTL9, nous avons pu échanger avec son interprète Karla Mosley.

Depuis les débuts du soap opera à la télévision américaine dans les années 50, le genre a toujours été précurseur en abordant des thèmes de société que l’on ne voyait pas dans la fiction de prime time. Moins exposés à la censure et contraint de produire quelques 250 épisodes par an, les soaps operas se sont emparés des grands sujets de notre époque. Amour gloire et beauté n’échappe pas à la règle et a depuis ses débuts en 1987 couvert de nombreux sujets. En 2015, une arche importante s’invite dans la série via le personnage de Maya. Ce personnage, égérie des Créations Forrester, se révèle être un transgenre et l’arche aura de nombreux développements extrêmement importants et intéressants.

Cela fait plus de trois ans que vous êtes dans Amour, Gloire et Beauté. Quel bilan pouvez-vous dresser de ces trois ans passés dans la série ?

Karla Molsey: Mon expérience sur Amour, Gloire et Beauté est meilleure que tout ce que j’aurais pu imaginer, du début à la fin. Ce n’est pas encore terminé – mais disons, du début jusqu’à aujourd’hui. Vous savez, c’est tellement enrichissant sur le plan créatif : j’ai pu écrire pour la série, maintenant j’interprète cet incroyable arc narratif – l’intrigue avec Maya. Et je travaille avec toute l’équipe à Los Angeles, j’adore les gens avec qui je travaille. Je n’aurais pas pu rêver mieux, vraiment.

Je suis certain que dans toute l’histoire d’Amour, Gloire et Beauté, l’intrigue autour de Maya restera l’une des plus importantes: parce qu’on a une série TV sur une chaîne comme CBS, avec un personnage comme Maya qui est transgenre, qui se marie avec Rick, qui va avoir un enfant porté par sa sœur Nicole, et bien entendu, parce qu’elle est noire. C’est quelque chose de très important, pour la télévision américaine ?

Je l’espère. On dit que ça arrive à un moment où le monde a besoin d’entendre ce genre d’histoires, et notre série en parle d’une belle manière. Beaucoup des questions que nous traitons sont des problèmes de la communauté LGBT, des problèmes de famille qui sont universels, et je crois que la manière dont est montrée notre cellule familiale est très réaliste et que ça touche vraiment les gens – moi ça m’a touchée, c’est certain. Une famille noire, de noirs américains, qui fait face à ces problèmes de façon aussi riche et communicative, c’est très important.

Quand survient le coming out de Maya, c’est déjà une femme ; son personnage ne se limite pas à ça : c’est déjà une femme, et un personnage important de la série…

Oui, et c’est ce que j’ai aimé dans le scénario. Ça aide vraiment à se confronter à elle. Parce que Maya ne change pas. Si on aimait Maya et que, tout à coup, on a un problème avec elle parce qu’on découvre qu’elle est transgenre, alors ça oblige à se demander : quel est le problème ? Parce que elle, elle n’a pas changé du tout. C’est toujours la même Maya, celle que nous avons toujours connue, mais il se trouve que nous avons davantage d’informations sur elle. Je crois que ça arrive souvent dans la vie, on doit se confronter à nous-même et s’interroger : pourquoi est-ce que je réagis ainsi, vis-à-vis de cette personne ou de cette information ?

Quelques temps, après notre dernière conversation, nous avons reçu à la radio une actrice française noire (ici), et elle est très surprise que l’on puisse développer un tel arc narratif aux Etats-Unis. Parce qu’en France, ce n’est pas possible, c’est inimaginable aujourd’hui. Cela vous surprend-il ?

Oui, ça me surprend… C’est surprenant et en même temps pas tellement. Notre histoire a été avant-gardiste, c’était vraiment la première fois, sur un network, qu’un personnage récurrent dans une série avait tout cet espace pour raconter son histoire, en tant que transgenre. Donc, même s’il y a une part de moi qui s’étonne que ce genre d’histoires ne soit pas raconté, ce n’est pas tellement surprenant parce que la vérité, c’est que ça n’a pas été fait ! Et j’espère que notre série et ce que nous avons fait ouvriront la possibilité de raconter ces histories désormais. Non seulement pour qu’on puisse les raconter, mais aussi parce que c’est important de la faire car elles font partie d’une problématique universelle.

On dit souvent que Shonda Rhimes, dans ses séries diffusées en prime time, fait beaucoup pour la communauté noire à la télévision. Mais de toute évidence, Amour, Gloire et Beauté fait beaucoup également, avec votre arc narratif. Comment expliquez-vous que l’on puisse raconter tout ça dans une série diffusée en journée, et moins en prime time ?

Eh bien, je crois qu’une fois encore, les choses sont en train de changer. Ce que nous faisons en journée a ouvert des portes en prime time. Ce qui est assez incroyable, quand on y pense – en toute humilité. J’espère qu’on racontera de plus en plus ces histoires.  Je ne me souviens plus du chiffre exact mais l’année dernière, il y avait énormément d’intrigues incluant des lesbiennes et des gays parmi les personnages en prime time. Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Will And Grace a commencé à ouvrir la voie. Et dans cinq ans, ce sera pareil avec les personnages transgenres, leurs histoires seront inclues dans les intrigues et ce ne sera pas un problème, ce ne sera plus surprenant.

J’imagine qu’on vous parle souvent du coming out de Maya, révélé par sa sœur. Mais j’étais très surpris et même peut-être un peu choqué par les mots que le père de Maya emploie à son encontre lors de son mariage…

Quel connard, pas vrai ? Je pense que beaucoup d’entre nous peuvent se retrouver dans la recherche de l’amour parental. Beaucoup d’entre nous ont une histoire familiale compliquée. Ce n’est pas vraiment mon cas, ma mère m’a toujours soutenue. Mais je crois qu’on connait tous ce sentiment, ce désir d’approbation parentale, et le fait de ne pas l’obtenir. Et Maya a profondément souffert de voir que son père venait mais que clairement, il ne la soutenait pas. Ces mots sont terriblement blessants.

« Avec sa belle gueule, Rick peut avoir les plus belles femmes du monde. Au lieu de ça, il choisit d’épouser un « monstre de foire » ? Une femme créée par la chirurgie? Je sais très bien que je ne devrais pas dire toutes ces choses, que je devrais les garder pour moi. J’ai dit hier à Maya que je voulais faire partie de sa vie et je lui redirai la même chose aujourd’hui. Je ferai tout pour protéger ce jour si important pour elle. Mais ce sera de la comédie. Je lui ferai croire que j’accepte tout ça même si c’est faux. Parce que tout ça n’est pas naturel du tout. Je n’accepte pas ça, je ne peux pas et je ne le ferai jamais. Je ne peux pas accepter ce qu’elle a fait et ce qu’elle est. » (Extrait de The Bold and the beautiful)

On imagine que vous étiez étonnée quand Bradley Bell vous a révélé que Maya était transgenre. Mais qu’avez-vous ressenti quand il vous a expliqué que Rick et Maya aurait un bébé ?

J’ai trouvé que c’était une très grande étape dans l’intrigue. Je pense qu’il y a différentes formes de familles et que c’est important que nous reconnaissions cette structure familiale. L’idée de famille traditionnelle est en train de changer. Les gens peuvent élever des enfants et être heureux dans plein de combinaisons différentes. J’ai beaucoup d’amis qui passent par la FIV, des trucs de fertilité, la gestation pour autrui… Ils essaient d’avoir un enfant. Et bien sûr, il y a l’adoption. Il y a tellement de manières de créer une famille ! C’est une chose dont on parle de plus en plus, mais qui a toujours existé. On élève ses nièces, ses neveux… En réalité, mon amie a même élevé sa tante, qui est beaucoup plus jeune qu’elle ! Ce sont des choses qui arrivent tout le temps, mais on en parle aujourd’hui et je trouve ça formidable. Vous savez, je crois que des questions morales intéressantes sont soulevées par le fait que Nicole soit la mère porteuse, qu’elle donne ses ovaires, avec tout ce que ça implique sur le plan émotionnel pour chacun d’entre eux et pour toute la famille. Et je crois que nous l’avons abordé d’une très belle façon, de tous les angles et dans toutes les perspectives possibles, avec tous les arguments. Et en fin de compte, une fois la décision prise et quand le bébé est là, on aime cet enfant. On est une famille, et on va aimer cet enfant, et tout le monde se rassemble derrière elle, pour lui donner le meilleur soutien familial possible.

Au cours de cette année, avec l’intrigue autour de Maya, avez-vous eu des réactions d’associations puritaines américaines, qui n’aimaient pas que ces sujets soient abordés à la télévision ? La gestation pour autrui, la transsexualité ? Avez-vous eu de mauvais retours ?

Oui, un petit peu. Je dois dire que j’étais surprise, parce que la majorité des réactions étaient positives. Ce qui est fantastique, c’est que les gens ont évolué. C’est la chose la plus formidable : j’ai vu des gens qui, au départ, ne comprenaient pas vraiment, qui étaient tout à fait contre, et qui au final étaient du côté de Maya et Rick. Des gens qui me disaient : « Je ne sais pas trop quoi penser de cette histoire, mais j’adore les personnages, j’adore Maya et Rick. »  Certains y viennent vite, d’autres plus lentement, mais maintenant que les gens connaissent Maya, ils s’ouvrent à la possibilité d’un personnage transgenre. Je crois qu’une petite fenêtre s’est ouverte dans leur esprit.

D’après moi, vous faites un travail incroyable dans le rôle de Maya. Vous jouez votre personnage avec beaucoup d’intelligence parce que j’imagine que ce n’est pas très facile pour une jolie femme d’incarner un transgenre. Avez-vous eu de bons échos des producteurs, auteurs et réalisateurs sur votre travail ?

Vous savez, les Daytime Emmy Awards ont été un très bon moment pour moi, parce que j’y ai ressenti tellement d’amour ! Ça m’a presque submergée. Les auteurs d’autres séries sont venus, ils avaient regardé la série à cause de notre arc narratif, et il y a un homme qui m’a dit qu’il n’avait jamais regardé la série auparavant, mais qu’il ne pouvait pas lâcher notre intrigue ! J’ai eu de très beaux retours, et ça signifie beaucoup pour moi. Mais ce qui signifie le plus, c’est quand j’ai des retours de personnes transgenres : elles ont le sentiment qu’on raconte leur histoire, elles s’identifient à ce que traverse Maya. C’est assez incroyable.

De quelle manière Maya a-t-elle changé, en raison de votre personnalité ?

Vous savez, on a vu de nombreuses facettes de Maya au cours des années. Je crois que je suis encline à être tolérante envers les gens. Essayer de trouver le personnage de Mike – oh mon Dieu, il y a tellement d’aspects différents chez cette personne !  – et la manière dont ils s’assemblent, mon acceptation de qui elle est ou était, sans essayer de la changer, la laisser être ou ne pas être, la laisser être méchante quand elle doit être méchante et combative, douce et vulnérable quand elle doit l’être, forte quand elle doit l’être… Tout ça, ça en fait une personne en trois dimensions. On a tous ces côtés-là en nous. Et je pense qu’interpréter Maya, dans cette intrigue en particulier, ça m’a changée. Ça m’a ouvert à moi-même et à ma propre vérité, à ce que je veux, à l’importance d’être honnête, en particulier envers les gens qu’on aime le plus.

Dernière question: quelle pourrait être la prochaine étape pour Maya, dans Amour, Gloire et Beauté ? Un coming out, un mariage, un bébé…

Oui, n’est-ce pas ? Et après ?! Prendre le contrôle de la compagnie, peut-être ? Fonder sa propre compagnie ? La voir montrer sa force, son propre pouvoir, ce serait très excitant. Rick et elle, on les aime et on aime la beauté et le romantisme de leur histoire. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Elle fera tout ce qu’elle peut pour le protéger, et je pense qu’il y a là quelque chose, et que l’intrigue va les amener à veiller l’un sur l’autre. Je pense que ce sera très intéressant.

Crédit: CBS
Merci à David Gregg de Bell-Phillip Television Productions, Inc pour avoir organisé cette interview
Interview traduite par Fanny Lombard Allegra

About author

Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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