Il y a quelques années encore, l’idée même aurait semblé hérétique. Comparer Jannik Sinner à Federer, Nadal ou Djokovic, c’était comme mesurer un apprenti aux cathédrales. Pourtant, en ce printemps 2026, la question n’est plus provocatrice : elle s’impose d’elle-même. L’Italien de 24 ans règne en solitaire sur le tennis mondial, et ses chiffres commencent à tenir une conversation sérieuse avec les légendes qui l’ont précédé.
Le règne sans partage de Jannik Sinner
Depuis qu’il a coiffé la couronne de numéro 1 mondial en juin 2024, Sinner n’a quasiment pas bougé du trône. Soixante-dix semaines passées au sommet du classement ATP : un chiffre qui le propulse au niveau de Stefan Edberg et Lleyton Hewitt dans les annales du tennis. Une suspension de trois mois début 2025, liée à l’affaire du contamination accidentelle du clostebol reconnue par l’AMA (Agence mondiale antidopage) aurait pu briser la dynamique. Il n’en a rien été.
De retour sur les courts en mai 2025, il a enchaîné les titres comme si rien ne s’était passé : Wimbledon, Paris-Bercy, les ATP Finals, et désormais un printemps 2026 stratosphérique avec le « Sunshine Double » (Indian Wells et Miami) suivi de Monte-Carlo et Madrid. Ce dernier titre madrilène est peut-être le plus symbolique. En remportant son premier Masters 1000 sur terre battue, Sinner a répondu à la dernière question qui subsistait sur son compte. Polyvalent, implacable, constant : il n’a plus de surface faible, plus de point d’interrogation.

Face au Big Three : une comparaison qui reste vertigineuse
Soyons honnêtes : à 24 ans, Jannik Sinner totalise quatre titres du Grand Chelem (Open d’Australie 2024, US Open 2024, Open d’Australie 2025, Wimbledon 2025). Un palmarès déjà remarquable, mais qui reste loin des sommets astronomiques laissés par le trio historique. Novak Djokovic a terminé sa carrière avec 24 Majeurs. Rafael Nadal en a décroché 22, dont 14 Roland-Garros. Roger Federer, 20, avec une élégance qui restera inégalée aux yeux de beaucoup.
En termes de titres bruts, le fossé est encore immense. Mais cette comparaison perd de sa pertinence si on la ramène à l’âge. À 24 ans, Federer comptait 6 Grand Chelems, Nadal 8, Djokovic… 1. Le rythme de Sinner est donc tout à fait digne de la conversation. Et surtout, quand on parle de domination contemporaine de capacité à faire le vide sur un circuit donné, à un moment précis , Sinner est aujourd’hui ce que le Big Three a été en son temps : une force sans véritable réponse.
Jannik Sinne : l’héritier d’une nouvelle ère
Ce qui tranche véritablement avec le Big Three, c’est la nature même de son tennis. Federer envoûtait par la grâce, Nadal écrasait par la rage, Djokovic s’adaptait jusqu’à l’épuisement de l’adversaire. Jannik Sinner, lui, frappe différemment : il installe une pression froide, méthodique, sans faille apparente. Son coup droit dévaste les défenses les mieux construites, sa lecture tactique coupe les angles avant même que l’adversaire les imagine. Il ne joue pas pour survivre à l’échange il le programme pour qu’il n’y en ait pas de suivant.
Et justement, cette mécanique implacable s’est étendue cette saison à la surface qui lui résistait encore. Monte-Carlo d’abord, Madrid ensuite : Sinner a pris la terre battue par les épaules et l’a pliée à son jeu. Il ne comble plus une lacune il ferme définitivement la porte aux derniers sceptiques.
