Par Chloé Dubois Quelles seront les grandes tendances qui redessineront l’industrie dans les années à venir ? Comment la production évoluera-t-elle au cours des cinq prochaines années ? Dans le processus créatif, l’intelligence artificielle est-elle un simple outil ou une véritable co-créatrice ? Et qui décide, aujourd’hui, de ce qui fait tendance ?
Ces questions seront au cœur des débats du BRICS+ Fashion Summit – le forum économique de la mode des pays à forte croissance –, qui se tiendra à Moscou du 28 au 30 septembre 2026 et réunira des délégués venus de tous les continents. Au fil des dernières années, ce sommet organisé à Moscou s’est imposé comme une plateforme influente, où la mode des économies émergentes pèse de plus en plus dans l’agenda mondial.
De Cotonou à Moscou
Bénin, Congo, Tunisie, Maroc : les fashion weeks de ces pays ont déjà pris part au Sommet, et leur travail est mieux connu en France que dans bien d’autres pays européens – une langue commune facilite à la fois les échanges et la visibilité. Parmi les participants figurait le styliste Aristide Loua, directeur créatif de la marque ivoirienne Kente Gentlemen. Marie-Josée Natabou Ahounou, fondatrice de la Benin Fashion Week, explique que le Sommet lui permet de trouver des partenaires parmi les créateurs et les institutions, de préparer la prochaine édition de la Benin Fashion Week en y invitant des personnalités et médias internationaux, d’obtenir des bourses d’études pour les jeunes créateurs béninois, et de renforcer la place du pays sur la carte mondiale de la mode.
Plus qu’une affaire de business
« Le BRICS+ Fashion Summit propose une vision nouvelle et inclusive de la mode – une vision qui valorise la diversité, la durabilité et le dialogue des cultures. Il offre aux marchés émergents une tribune pour faire entendre leurs voix et leurs innovations à l’échelle mondiale », affirme Anis Montacer, fondateur et PDG de la Tunis Fashion Week, qui participera de nouveau au forum ce mois de septembre.
Son homologue du continent africain apporte un éclairage qui trouve un écho depuis longtemps en France. « La mode africaine s’ouvre aux influences mondiales : coupes occidentales, collaborations internationales, canaux de distribution numériques. Pour autant, elle ne se laisse pas absorber : les créateurs africains réinterprètent les tendances globales à travers leurs codes culturels locaux, donnant naissance à une esthétique singulière et affirmée », observe Marie-Josée Natabou Ahounou. À ses yeux, le « Made in Africa » devient un symbole de fierté identitaire, en particulier chez les jeunes et au sein d’une classe moyenne en pleine expansion.
Un regard méditerranéen, qui résonne tout particulièrement en France, est porté par Sergio Puig, directeur de la Mediterranea Fashion Week Valencia, de retour à Moscou ce mois de septembre. L’avenir de la mode, selon lui, « sera mondial, certes, mais profondément divers et ancré dans le local ». Il décrit ainsi l’objectif de sa présence : « En participant au BRICS+ Fashion Summit, j’espère consolider la position de la Mediterranea Fashion Week Valencia comme un carrefour international, reliant la créativité, la durabilité et l’identité culturelle de la Méditerranée aux marchés émergents et établis que représentent les pays du BRICS+ »

Ce qui figure au programme
Le programme du Sommet, inscrit sur la liste des événements officiels du BRICS, s’articule autour de cinq grands axes : créativité, production, marketing et ventes, entrepreneuriat et investissement, ainsi que les secteurs connexes. Parmi les sujets abordés lors du BRICS+ Fashion Summit figurent l’intelligence artificielle dans le processus créatif, les matériaux innovants et durables, la place de l’artisanat dans les chaînes d’approvisionnement modernes, la vente via les plateformes numériques, sans oublier des thématiques transversales à l’ensemble des industries créatives – du design de collection au marché de la joaillerie. La question de l’influence, traitée lors d’une session dédiée, prend un relief particulier pour une génération élevée au fil des algorithmes : sur le plan structurel, l’industrie se mondialise toujours davantage, mais sur le plan du sens, elle se recentre sur le local, ancrée dans l’identité et les récits régionaux.
Susan Sabet, membre du conseil d’administration et secrétaire générale de l’Egypt Fashion Week, elle-même membre du BoF 500, explique pourquoi les industries en forte croissance se retrouvent à Moscou : « Le BRICS+ Fashion Summit met fortement l’accent sur les marchés émergents, notamment en Afrique et en Asie, en créant une plateforme où créateurs, dirigeants du secteur, fabricants et décideurs politiques issus d’écosystèmes de mode en développement peuvent se rencontrer et collaborer. Il met en lumière la créativité, le savoir-faire, l’innovation et le potentiel commercial de ces régions, tout en renforçant les liens à l’échelle mondiale ».
En septembre, ces liens devraient encore se resserrer : à en juger par les éditions précédentes, le Sommet s’apprête à accueillir un nombre record de participants.