Alors que s’ouvre une séquence institutionnelle charnière menant à sa transformation en « grand établissement » début 2027 – une perspective validée par un avis favorable du Hcéres le 7 septembre dernier –, l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris) abat ses cartes. En regroupant sous une même bannière l’École polytechnique, l’ENSTA, l’École nationale des ponts et chaussées, l’ENSAE Paris, Télécom Paris et Télécom SudParis, l’institution entend s’affirmer comme un pôle technologique de premier plan à l’échelle internationale.
Sa nouvelle feuille de route stratégique, dévoilée ce 29 septembre 2026 à Palaiseau, repose sur un triptyque audacieux : densification du campus, investissement massif dans la recherche à risque et accélération des coopérations internationales, de l’Europe à l’Asie.
Un campus en profonde mutation, laboratoire à ciel ouvert des transitions
À Palaiseau, le paysage académique se métamorphose au rythme de l’arrivée de la ligne 18 du métro et du dynamisme du pôle Paris-Saclay. Loin de se limiter à des aspects immobiliers, cette transformation vise à faire du campus un véritable terrain d’expérimentation grandeur nature. Des démonstrateurs innovants y voient le jour, à l’image du projet AXEN, qui ambitionne de réduire de 60 % la consommation d’énergie et de 80 % les émissions de CO₂, ou encore de XSeaO2, qui explore la conversion du carbone dissous en carburants synthétiques.
Sur le plan de l’infrastructure purement scientifique, l’horizon 2028-2030 marquera l’inauguration de structures d’envergure. Grâce à un mécénat marquant, un nouvel Institut de mathématiques et de sciences fondamentales verra le jour d’ici 2030, tandis qu’un bâtiment unifié accueillera dès début 2028 les équipes de physique du LPICM et du LRR. L’intégration progressive de l’École des ponts et chaussées à Palaiseau à l’horizon 2029 viendra parachever cette dynamique de synergies pluridisciplinaires.
Souveraineté et défense : la création d’un pôle de référence
Ancré de longue date dans les enjeux régaliens – notamment via la tutelle du ministère des Armées sur l’X et l’ENSTA –, IP Paris accélère le pas face aux tensions géopolitiques mondiales. Un nouvel Institut de défense va être édifié sur le campus de l’École polytechnique, soutenu à hauteur de 15 millions d’euros par le ministère. Véritable lieu totem, il hébergera notamment le pôle de recherche de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD), le Centre interdisciplinaire d’études pour la défense et la sécurité (CIEDS) ainsi que le Lab Quantique de Défense.
Cette montée en puissance se traduit concrètement dans les cursus : de la généralisation d’un tronc commun obligatoire sur les questions de défense pour tous les élèves ingénieurs de l’X jusqu’au lancement de formations de pointe uniques en France, telles que le nouveau cursus d’ingénieur Défense & Sécurité porté par l’ENSTA et ISAE-SUPAERO, ou le parcours dédié de Télécom SudParis.
Dans le même temps, la robotique est érigée en champ d’excellence transversal. Appuyée par une communauté de 51 enseignants-chercheurs, l’institution déploie des plateformes expérimentales de pointe, à l’instar d’une future arène à drones d’envergure européenne à Palaiseau et d’un bassin d’essais air-mer à Brest, tout en consolidant ses liens avec l’ONERA.
Miser sur l’audace scientifique et l’innovation de rupture
Conscient que l’innovation technologique puise sa source dans la liberté de chercher, IP Paris lance le programme FRONTIERS, doté de 2,25 millions d’euros. Ce dispositif choisit de financer le risque scientifique en soutenant 15 projets exploratoires très amont (refroidissement laser de matériaux 2D, quantique, géofinance via l’IA).
Pour transformer ces laboratoires en tremplins industriels, l’écosystème entrepreneurial est stimulé en amont : l’Innovation Lab et les programmes de prématuration injectent près d’un million d’euros chaque année pour faire émerger des pépites deeptech, adossées à un réseau de cinq incubateurs et à des fonds d’amorçage comme Polytechnique Ventures.
Un rayonnement mondial resserré : axes européens et nouveaux ponts en Asie
Pour rivaliser avec les mastodontes académiques mondiaux, IP Paris décloisonne ses alliances. À l’échelle européenne, l’exercice de la présidence d’EuroTech en 2026 sert de rampe de lancement à la stratégie « EuroTech 2030 », qui vise à fluidifier le partage d’infrastructures et la création de consortiums. L’alliance s’ouvre par ailleurs à de nouveaux membres (Prague et Tallinn) et consolide des passerelles d’excellence, à l’image de l’AI Corridor établi avec Oxford et Cambridge.
En parallèle, l’ancrage asiatique se muscle : aux coopérations amorcées en Inde (notamment autour de l’IA avec l’IIT Delhi) s’ajoutent des accords institutionnels majeurs formalisés cet automne au Japon (Université de Tokyo, RIKEN-AIP) et en Corée du Sud (Seoul National University, Yonsei).
Attirer les talents et diversifier les profils
Forte de 43 % d’étudiants internationaux et d’une dynamique de recrutement de chercheurs d’élite (portée notamment par le succès des bourses ERC et les chaires Hi! PARIS), l’institution adapte continuellement ses formations aux compétences d’avenir. L’intelligence artificielle irrigue désormais l’ensemble des cursus : en 2026, plus de 1 300 étudiants seront diplômés d’un parcours spécialisé en IA.
Enfin, l’excellence académique s’accompagne d’un volet d’ouverture sociale affirmé. Qu’il s’agisse de pérenniser des voies d’accès diversifiées comme le CPES Paris-Saclay ou de mobiliser la recherche – à travers l’Observatoire de l’égalité des chances et des travaux sociologiques dédiés – pour comprendre et corriger les mécanismes d’autocensure des jeunes (notamment des femmes) dans les filières scientifiques, IP Paris entend concilier performance globale et justice sociale.