Au lendemain de sa victoire éclatante lors de la finale de The Voice, la jeune prodige de 18 ans Lady O s’est confiée avec une maturité désarmante. Entre soulagement, liberté artistique retrouvée et projets déjà prêts, rencontre avec une artiste résolument authentique.
Avant de faire chavirer le public et le jury du célèbre télé-crochet, Lady O — de son vrai nom une jeune artiste lausannoise de 19 ans — s’est forgée une solide réputation en indépendante. Née en 2007, elle a grandi au cœur des vignes de Lavaux, montant sur scène dès l’âge de 5 ans avant de multiplier les expériences autodidactes et de remporter des distinctions majeures en Suisse, à l’instar du Tremplin Unilive ou du Tremplin Suisse. Repérée par le média Tataki parmi les « 5 artistes suisses à suivre absolument », elle tire son nom de scène d’une rencontre marquante à l’âge de 12 ans, lorsqu’une chanteuse qu’elle admirait l’a invitée sur scène en la présentant ainsi.

Une victoire sous le signe de l’authenticité
Comment ça va ce matin ?
Lady O : Écoute, ça va bien. On est un peu fatigué, on a peu dormi. Mais ça va, on réalise gentiment les choses, on prend le temps, tout tranquille.
Quelle soirée riche en rebondissements ! Tu as dit quelque chose de très intéressant hier soir : que tu avais « gagné en restant toi-même ». C’est peut-être l’une des premières fois qu’une gagnante s’impose avec des choix d’interprétation aussi radicaux, sans compromission.
Lady O : Totalement. Et c’est ça qui est beau, c’était ça le message. Je pense aussi que maintenant ça va être important pour les artistes qui vont suivre de continuer à garder ça, parce que c’est possible. Je voulais juste prouver que c’était possible et libérer un peu la voix, parce que c’est pas facile parfois de rester sur ses positions et de les assumer pleinement.
On a eu l’impression qu’au moment de l’annonce de ta victoire, une véritable chape de plomb s’est relâchée de tes épaules.
Lady O : Absolument. C’est un peu comme un train qu’on se prend en pleine face, ça fait pas mal, mais c’est ce truc de « je m’y attendais pas du tout, mais pas du tout ». Et du coup, ça a été direct : OK, la Suisse, les copains, la fête! Ça fait maintenant un an que l’aventure a commencé pour moi avec les castings. Donc c’est sûr que c’est un poids qui s’enlevait.
Une « vieille âme » de 18 ans nourrie par la musique
Lors des auditions à l’aveugle, Lara Fabian a parlé de toi comme d’une « vieille âme ». C’est vrai qu’il y a une vraie singularité chez toi : on voit la fragilité d’une jeune femme de 18 ans quand tu souris, mais une maturité textuelle incroyable dès que chantes. Où vas-tu chercher tout ça ?
Lady O : En fait, c’est surtout que la musique, ça a commencé très jeune. Les scènes, ça a commencé à partir de 5 ans, et j’ai grandi dans un univers assez musical, où il y a pas mal de gens autour de moi qui nourrissent ça. Et c’est vrai que je l’ai travaillée, ma voix, même si je suis autodidacte.
Tu as grandi au milieu de parents et de proches qui t’ont transmis cet amour des textes et des chansons engagées ?
Lady O : Absolument. J’ai grandi dans une maison où il y a énormément de styles de musique qui se mélangeaient : des sonorités africaines, mais aussi orientales, des trucs très rock tout à coup. Vraiment énormément de sonorités qui sont venues me nourrir toute mon enfance. Je pense que c’est ça qui fait qu’aujourd’hui, je me considère comme un peu dans tous les styles.
Le choix des textes et le rapport au public
Lors de la finale, la superposition de tes chansons, notamment Un peu plus haut, un peu plus loin et ta composition Little Me, a envoyé un message très fort. À quel moment décide-t-on de raconter des parts aussi intimes de sa vie en prime time sur TF1?
Lady O : En fait, je pense que pour moi, ce n’était pas une question, c’était une obligation. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, je viens défendre mon propos, mais je viens défendre mon histoire aussi. Tout simplement, raconter quelque chose de vrai et commencer avec quelque chose de vrai face au public, être honnête et authentique, c’est mon seul message. Jusqu’ici, j’ai eu beaucoup de mal à retirer les barrières, à vraiment me montrer humainement. Hier, j’avais envie de me mettre face au fait qu’il faut que je lâche.
Est-ce que tu as l’intention de faire un pas vers le public en sortant des titres plus commerciaux, ou souhaites-tu garder cet engagement total ?
Lady O : Si je prends du plaisir, ce n’est pas impossible de faire un truc commercial, à partir du moment où j’y vois un sens. Maintenant, je ne vais pas commencer à répondre aux attentes du public parce que je souhaite garder ma liberté artistique. Je pense que c’est l’erreur première que beaucoup d’artistes font, de trop suivre ce que le public attend. On oublie aussi un peu ce qu’on est. Bien sûr que je vais essayer de répondre à leurs attentes, mais tout en restant moi-même.
L’après-The Voice : Tout est déjà prêt
Sa victoire sur TF1 ne doit rien au hasard : tout était déjà prêt. Son univers intime et planant, à la croisée de la pop électronique, du rock progressif et de l’ambient, se déploie dans son tout premier EP intitulé « Thank You Little Girl ». Sorti le 22 janvier 2026 et entièrement auto-produit dans une chambre avec le compositeur lausannois OUDEN, ce disque de 7 titres (d’une durée de 19 minutes) est conçu comme une pièce musicale continue. Véritable thérapie musicale sans filtre, le projet prend la forme d’un dialogue cathartique entre l’artiste et l’enfant qu’elle a été, abordant de front ses blessures et ses traumas passés. Musicalement bilingue, l’œuvre utilise l’anglais pour mettre à distance les sujets sensibles et le français pour livrer une émotion plus brute et douloureuse, portée par un travail choral inspiré d’artistes comme Billie Eilish, Frank Ocean ou November Ultra. C’est ce projet fondateur et sans compromis qu’elle s’apprête désormais à défendre sur scène.

Florent Pagny était ton coach. Qu’est-ce qu’il t’a apporté au fil de l’aventure ?
Lady O : Son but, ce n’était pas de me changer. C’était de me prendre comme j’étais et peut-être juste de me faire grandir artistiquement. Je pense que c’était son seul but et je crois qu’il l’a bien réussi. Ce que j’apprécie chez Florent, c’est vraiment ce franc-parler, le cœur sur la main et quelqu’un qui fonctionne à l’instinct. Je crois qu’on se reconnaît beaucoup là-dedans.
C’est assez dingue de se dire que tu as gagné hier et que ton projet est déjà prêt et disponible! Quelle est la prochaine étape ?
Lady O : La priorité, c’est de défendre le projet qui est déjà dehors, « Thank you, little girl », disponible sur toutes les plateformes. « Little Me » fait partie de ce projet-là. Prochaine étape : la scène! On a un show qui est prêt, avec des compos qui ne sont pas encore sorties, des choses où j’aimerais voir la réaction du public, parce qu’on a énormément travaillé avant The Voice. On est prêts en fait, maintenant il faut y aller!
