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Le Sahara occidental, ce territoire non-autonome au cœur des revendications

Ce vendredi 13 novembre, l’armée Marocaine lance une opération militaire à Guerguerat au sud du Sahara occidental. Cet incident ravive les tensions et marque, pour les indépendantistes du Front Polisario, la fin du cessez-le-feu de 1991. Retour sur cet espace désertique contrôlé à 80 % par le royaume chérifien mais considéré comme un territoire non-autonome par l’Organisation des Nations Unies.

Le peuple sahraoui, d’une subordination à l’autre

La côte Ouest du Sahara occidental donne sur l’océan Atlantique et la Mauritanie borde largement son territoire. Mais la frontière Nord de la région désertique longue de 266 000 km2 est plus abstraite. Les cartes du mondes illustrent cette situation particulière avec des pointillés là où le trait plein est d’ordinaire préféré. Cet exemple à le mérite de brosser un portrait de la situation complexe d’une zone avec un statut indéterminé.

Ce territoire, qui appartient historiquement au Maroc, est placé sous protectorat espagnol en 1884. Cette possession est renforcée par l’entente entre les puissances coloniales à l’image de la conférence de Berlin de 1884-85 et de l’entente entre l’Espagne et la France suite au Traité de Fès de 1912 qui organise le protectorat français dans l’Empire chérifien.

Devenu indépendant en 1956, le nouveau royaume du Maroc nourrit des projets irrédentistes avec son concept du « Grand Maroc ». Fondé par le théoricien du parti de l’indépendance l’Istiqlal, Allal el Fassi, le pays souhaite récupérer ses terres d’antan en intégrant sous son drapeau le Sahara occidental, la Mauritanie ainsi qu’une partie de l’Algérie et du Mali. Les forces franco-espagnoles stoppent d’abord les ambitions marocaines. Puis par une Algérie récemment indépendante avec qui le Maroc dispute la guerre des Sables de 1963. La frontière en reste inchangée.

La fin du régime franciste en 1975 relance la question du devenir du Sahara occidental. Le Front Polisario qui réclame depuis 1973 la création d’une République arabe sahraouie démocratique se fait devancer par le Maroc. Suite à un appel du Roi Hassan II, 350 000 Marocains traversent pacifiquement la frontière du Sahara occidental lors de la « Marche Verte » du 6 novembre 1975. Ce pacifisme fait gagner au Maroc la guerre de l’image. L’Espagne en est contraint de céder le territoire lors des Accords de Madrid. En conséquence, 2/3 du territoire est attribué au Maroc, le tiers restant tout au Sud à la Mauritanie. Au grand dam du Front Polisario.

350 000 marocains armés du drapeau national et du Coran lors de la « Marche Verte ». (Patrick FRILET/ SIPA PRESS)

Des tensions au conflit gelé, l’échec des institutions internationales ?

Ce dernier saisit la Cour internationale de justice pour arbitrer le conflit. L’organisation préconise un référendum d’autodétermination au nom du droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pourtant, dans un monde qui entre dans la dernière phase de décolonisation le Maroc et la Mauritanie continuent d’appliquer les Accords de Madrid. Furieux de la deuxième inefficience des institutions internationales après la Résolution 380 de l’Onu qui recommandait au peuple Marocain d’arrêter la marche verte, le Front Polisario proclame l’indépendance de la République arabe sahraouie démocratique. Soutenu par l’Algérie, il entre en guerre contre ses deux occupants.

En 1978, un groupe militaire mené par le lieutenant-colonel mauritanien Mustapha Ould Salek renverse son président. Ce dernier organise un retrait de la Mauritanie dans le Sahara occidental, sa partie est cédée au Front Polisario. Le pouvoir marocain ne partage pas cette pacification, il annonce l’annexion du reste du Sahara occidental et érige un mur de sable. Finalisé en 1987, le mur sépare en deux le territoire. Il devient occupé à 80 % par le Maroc et à 20 % par le Front Polisario. Un cessez-le-feu est signé quatre ans plus tard suite à la promesse d’un référendum par le Maroc.

La même année, l’Onu lance la mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental. Ce Minurso est un détachement a pour objectif de régler la situation au Sahara occidental par un référendum. Or la situation du, selon l’appellation de l’Onu, territoire non autonome, n’avance pas. De nombreux missionnaires démissionnent et le Maroc reste maître de la région.

Carte du Sahara occidental en 2015. (Alternatives économiques)

Conséquences et Avenir

Depuis 1991, le conflit gelé peine à se renouveler. Le Front Polisario réclame toujours un référendum d’autodétermination, ce que le pays du couchant lointain lui refuse. Comme beaucoup, le conflit glisse vers une guerre de l’image. Le Front Polisario possède un certain soutien populaire à travers le monde. L’acteur Javier Bardem est l’un de principaux soutiens à autodétermination.

Ce conflit à également pour principale conséquence un effritement des relations du Maghreb arabe. Les relations entre le Maroc et son voisin Algérien, principal soutien à la création d’une République arabe sahraouie démocratique, sont en dents de scie. Le Maroc était même en dehors de l’organisation intergouvernementale des États africains (actuellement UA, anciennement OUA) de 1984 jusqu’à 2017. Pourtant, le Maroc est loin d’être isolé sur la scène africaine et internationale. Il semble même peu probable de voir le Sahara occidental lui échapper. En effet, la stabilité du Maroc en fait en allié de poids dans la lutte contre le terrorisme dans la région désertique. La France et les États-Unis sont même favorables au projet de placer le territoire comme autonome sous souveraineté marocaine.

Si la porte de l’Afrique possède un relatif soutient international en plus d’avoir investi massivement dans le développement de ce territoire, la situation sur place dégénère souvent. Si bien que les États-Unis proposent, en 2013, d’élargir la mission du Minurso au respect des droits de l’homme. Sans succès. Il est difficile de pronostiquer si les récents affrontements vont changer la situation. Même si le chef de la diplomatie de la République arabe sahraouie démocratique, Mohamed Salem Ould Salek, déclare que « la guerre a commencé ». Si le chercheur Francesco Correale préconise à l’Onu de prendre les choses en main pour organiser autodétermination, il paraît peu probable de voir, d’autant plus que le Maroc est soutenu par de grandes puissances, un conflit si enlisé se détricoter si rapidement.

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