Clap de fin. Face à un Parlement européen incomplet, Jean-Claude Juncker a prononcé mercredi 12 septembre son dernier discours sur l’Etat de l’Union. Lors de ce rendez-vous annuel, le Président de la Commission européenne s’adresse aux députés européens réunis au mois de Septembre à Strasbourg. A 250 jours des élections européennes, Jean-Claude Juncker a multiplié les annonces et affirmé une position pro-européenne.  

Défendre la « souveraineté européenne »

Quand vient l’heure de parler de la « souveraineté européenne », c’est-à-dire du pouvoir et du poids de l’Union Européenne, Jean-Claude Juncker appelle à une « Europe stable et unie. » Cette stabilité passerait par la relance de l’union européenne de la défense. Même s’il maintient qu’il  « ne [militarisera] pas l’Union européenne », le Président de la Commission souhaite poursuivre ce projet controversé.

Le « Weltpolitikfähigkeit »

Il appelle également à développer le « Weltpolitikfähigkeit : cette capacité à jouer un rôle, en tant qu’Union, pour prendre de l’influence sur le cours des affaires mondiales. » Pierre Moscovici, commissaire européen français chargé des affaires économiques et financières, de la fiscalité et des douanes insiste : l’enjeu est de « [faire] enfin de l’Europe ce qu’elle doit être: un acteur global » car « face à une Amérique de Trump imprévisible, face à une Russie qui sait manier la menace, l’Europe est notre meilleur atout. » Mais pour cela, Jean-Claude Juncker convient : «il  faudra renforcer notre capacité à parler d’une seule voix en matière de politique étrangère. » Il propose alors que dans certains domaines des relations extérieures, le vote se fasse à la majorité qualifiée et non à l’unanimité comme c’est le cas aujourd’hui. Objectif : éviter le blocage d’une décision par un seul pays.

Car l’Europe reste divisée. Pierre Moscovici souligne : «  Nous n’avons jamais eu autant besoin d’action collective, et pourtant, l’action collective n’a jamais autant été critiquée. » Dans ce qu’il appelle une « crise du faire ensemble », le commissaire européen dénonce des « fractures » dont le Brexit fait partie.

Le Royaume Uni : pas d’Europe « à la carte » mais « un partenaire très proche »

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne doit prendre effet le 29 mars 2019. Pour aborder ce sujet, M. Juncker a choisi de s’exprimer en anglais. S’il refuse une Europe « à la carte, dans les seuls aspects que [le Royaume Uni] [voudrait] choisir » et affirme la « loyauté et la solidarité » de l’UE à l’égard de la frontière Nord-irlandaise, le Président de la Commission ne rejette pas son « voisin » et désire « mettre sur pied un nouveau partenariat ambitieux pour l’avenir » dont le point de départ « devrait être une zone de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. »

Dominic Raab, secrétaire d’Etat britannique à la sortie de l’Union Européenne (à gauche) et Michel Barnier, négociateur en chef chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume Uni (à droite) en Août à Bruxelles.

Réconcilier nations et Europe

En ce qui concerne les « fractures » internes, Pierre Moscovici appelle à « continuer l’intégration pour répondre aux populistes. » Dans son discours, Jean-Claude Juncker a tenté de réconcilier souverainetés nationale et européenne en insistant : « pour tenir sur leurs deux jambes, nations et Union européenne doivent marcher ensemble. »

L’enjeu de Sibiu

En attendant, le Président de la Commission européenne souhaite mettre en œuvre de nombreuses mesures d’ici le sommet de Sibiu.  Celui-ci réunira les chefs d’État et de gouvernement des 27 en Roumanie le 9 mai 2019, six semaines après le Brexit, donc sans le Royaume-Uni,  et deux semaines avant les élections européennes. L’enjeu sera de négocier le budget de l’Union européenne post-Brexit mais aussi de « convaincre nos citoyens que nous partageons la même conception de la finalité de l’Union. »

Ce partage de conception a pourtant été mis à mal le jour même lorsque les eurodéputés ont choisi de déclencher l’article 7 du traité de l’Union contre la Hongrie de Viktor Orban. Cette mesure ouvre la porte à des sanctions envers ce pays pour violations de l’État de droit, « un rappel de la force et de la singularité du modèle européen dans le monde » pour Pierre Moscovici.

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