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L’Obamacare : première étape vers une étatisation de la société américaine ?

Alors que l’administration américaine est paralysée par le «shutdown» de l’Etat fédéral, la réforme du système de santé ObamaCare, à l’origine du chômage forcé, laisse toujours perplexe les Américains.

Lire : Le « shutdown », une paralysie des administrations américaines

Un lancement aux allures de pétard mouillé

Le « Patient Protection and Affordable Care Act » vient d’entrer en vigueur le 1er octobre 2013 et déjà, des millions d’américains ont accédé au portail heathcare.gov. Lancement en grande pompe qui donnait des airs de franche réussite à la réforme majoritairement contesté du président américain. Les retours sont cependant plus contrastés, en effet un rapport de l’Associated Press GfK datant du 10 octobre révèle une réalité plus cinglante : seulement 7 % des américains jugent le déploiement du dispositif fédéral convainquant. Il est vrai que l’opinion publique était plutôt défavorable vis-à-vis de la réforme (34% de la population satisfaite selon ce même rapport), qualifié par les Républicains de « socialiste ».

Une réforme fondamentalement incompatible avec le système américain ?

Il est vrai qu’en y regardant bien, cette réforme d’une complexité rare (le texte frôle les deux mille cinq cent pages) se rapproche du modèle français à bien des égards. La redistribution y est centrale et le rôle de l’État, majeur. Et c’est bien ici le cœur du problème : les fondements ultra-libéraux qui ont fait de l’Amérique la nation qu’elle est aujourd’hui y sont –de facto-, opposés. En effet, un système de redistribution à la française ne pourrait pas être appliqué aux État-Unis dans la mesure où les mentalités ne sont -manifestement- pas les mêmes. Le concept des jeunes actifs payant pour les retraités est contraire au système libéral, qui lui préfère les fonds de pension. Il en va de même pour les assurances santés. Chacun pour soi et tout le monde y gagne. La loi du marché prime et on ne saurait imposer quoi que ce soit.

Néanmoins, en vertu du texte ainsi adopté, la plupart des Américains auront l’obligation de s’assurer avant 2014, sous peine de se voir infliger des pénalités fiscales. Cette loi, qui vise initialement à rendre l’accès à ces prestations de services facile d’accès pour les familles aux plus bas revenus via des subventions accordées par le gouvernement fédéral, pénalisera plus de 30 millions d’américains qui paieront plus d’impôts sans bénéficier de meilleures assurances. De même pour les sociétés de moins de 50 salariés dont les charges salariales augmenteront substantiellement ce qui, par extension augmente le coût du travail.

Un risque de ralentir la croissance des USA et d’augmenter le chômage

Dans ces conditions, les employeurs devront donc trouver des moyens de compenser les coûts supplémentaires, notamment via : l’augmentation des prix (la solution la plus improbable dans un marché concurrentiel); la baisse des salaires, la réduction des futures augmentations salariales, la réduction d’autres avantages (comme les retraites), la réduction de l’embauche, le licenciement de travailleurs actuels, le déplacement de travailleurs de temps plein vers temps partiel ou bien l’externalisation voir même la délocalisation. Les économistes Katherine Baicker de Harvard et Helen Levy de l’Université du Michigan estiment en effet que le déploiement d’une assurance santé à la charge de l’employeur et ce à l’échelle de la nation entraînerait la perte d’environ 315.000 emplois non-qualifiés. D’autres estiment des chiffres plus alarmants encore, dans une étude de la National Federation of Independent Business, Michael Chow et Bruce Phillips estiment que près de 1,6 million d’emplois pourraient être perdus au cours des cinq premières années suivants la mise en application de la réforme, dont les deux tiers seraient des emplois de petites entreprises avec moins de 500 employés. On voit donc difficilement dans ce texte l’intérêt des plus pauvres.

En analysant le “Patient Protection and Affordable Care Act”, on en vient à la question centrale : à qui cette loi profit-elle, si ce n’est aux plus démunis ?

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