Au lendemain d’une lourde défaite aux sénatoriales pour La République en Marche, vient l’heure du bilan pour Emmanuel Macron. Véritable ovni politique durant toute la campagne présidentielle et maintenant à la tête de pays, le Président de la République a-t-il réussi ses débuts ? Décryptage.

Des mesures emblématiques

Macron rencontre les syndicats sur le projet de loi travail : ici Philippe Louis, président du puissant syndicat de la CFTC

Le principal chantier de début de mandat fut la loi de moralisation de la vie politique. Projet d’abord porté par François Bayrou, la loi a été adoptée le 9 août. Sur l’un des principaux sujets des débats post-élections en raison du climat de la campagne, Emmanuel Macron s’était distingué en élevant cette proposition comme un vrai pilier de son programme. Cette loi – ciblant la fraude, les conflits d’intérêts, le « pantouflage » et les déclarations de patrimoine – serre la vis en ce qui concerne les élus.

Deuxième gros chantier : la transformation du code du travail. Réformé par ordonnances, le projet défendu par la ministre Muriel Pénicaud ne contient pas moins de 36 mesures. Il met l’accent sur les petites entreprises, instaure une rupture conventionnelle collective (ce qui était un caractère individuel), permet plus de libertés à l’entreprise (notamment dans les négociation de primes), propose une augmentation des indemnités de licenciement pour contrebalancer le plafonnement des indemnités prud’homales. Cinq points applicables à l’heure d’aujourd’hui.

Une politique extérieure musclée

Sur le plan international, le nouveau locataire de l’Elysée est actif. Complice avec Angela Merkel – l’Allemagne étant un partenaire essentiel de son projet pour l’Europe – sa principale opposition idéologique reste Donald Trump, et concerne essentiellement l’accord de Paris sur le climat. Même s’il reste méfiant, le Président français exprime sa forte volonté de travailler avec son voisin transatlantique, en témoigne sa présence lors du défilé officiel du 14 juillet.

Emmanuel Macron a également reçu Vladimir Poutine en France, et a dénoncé les médias pro-Kremlin qui ont influencé la campagne présidentielle. Ses discours sont forts, autant sur le climat et sur la situation syrienne (cf. 19 septembre à l’ONU) que sur la question européenne (cf. 26 septembre à la Sorbonne, où le Président confirme son ambition pour l’Europe). Sa volonté est claire : affirmer la France, à l’ouest comme à l’est, comme une puissance qui a son rôle à jouer dans le théâtre global.

Une communication soignée

Point fort de son début de mandat, le Président se révèle être un bon communiquant. Adepte de la phrase forte (« Make Our Planet Great Again » face à Trump), il va également utiliser l’image. En tenue de pilote de chasse pour manifester son soutien à l’armée, en costume pour recevoir Rihanna et Bono dans le cadre de leurs ONG, Emmanuel Macron mouille la chemise. Il a également organisé une grande tournée européenne (Autriche, Roumanie, Bulgarie et Estonie) avec pour but la mise « en marche » de son projet de refondation de l’Europe.

Le Président se montre, mais parle peu. Il l’avait prévenu : « Je ne veux pas une présidence de l’anecdote et de la réaction ». Résultat ? Seulement un entretien avec huit médias européens en début de mandat. Mais, fin août, changement de direction : il se confie au magazine Le Point, puis à Challenges mi-septembre. Simple réponse à sa baisse de popularité ou prise de conscience que le silence radio n’était pas tenable ?

Des points noirs

La principale tâche se situe au gouvernement : la famille « En Marche! » se rétrécit. D’abord avec Richard Ferrand, embourbé dans des affaires, puis la ligne MoDem du gouvernement – François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard -, visée dans une enquête d’emplois fictifs.

Vient ensuite le départ du chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, en désaccord avec les coupes budgétaires effectuées par l’exécutif. Et le bilan s’alourdit avec une erreur « de débutant » : la baisse des APL. Un « boulet » significatif puisque le Président lui-même s’est dégagé de sa majorité en qualifiant cette mesure de « connerie sans nom ».

Le bilan est donc contrasté. Les premières mesures sont lancées, mais reste encore à concrétiser les promesses sur le plan culturel et la loi antiterroriste. La machine Macron se huile : les cartes sont sur la table, mais il reste encore beaucoup à faire.

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