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Manif pour tous : au cœur des échauffourées

Les opposants au projet de loi Taubira se sont réunis à nouveau, ce dimanche 26 mai, pour manifester dans les rues de Paris. Trois départs, trois cortèges, pour une destination, les Invalides. Couvrant l’évènement en tant que photographe, j’ai pu observer le déroulement de la Manif pour tous, puis les débordements qui ont eu lieu, en début de soirée. 

IMG_990714 heures. Je me joins au défilé en partance de la gare d’Austerlitz. L’ambiance est bon enfant, ils chantent, ils rient, ils crient des slogans. Tous les manifestants se sont prêtés au jeu du déguisement ; beaucoup portent les sweats du collectif, levant vers un ciel pâle des milliers de drapeaux, de bannières et d’étendards rose et bleu. Quelques drapeaux bleu-blanc-rouge se mêlent à l’assemblée, suivis par des banderoles gays – plus discrètes. Un florilège de couleurs et d’émotions en soi, et c’est très bon pour les photos. Les slogans et panneaux humoristiques ne manquent pas, c’est aussi très bon pour les photos. Le dispositif de sécurité s’est renforcé, le collectif a fait appel à des professionnels, doublant les effectifs. Ils sont un peu sur les nerfs et ne laissent rien entraver le bon déroulement de la manifestation.

15 heures. Un jeune manifestant est pris à parti par les policiers en civil. Le jet de fumigènes est interdit. On lui demande ses pièces d’identité, envisageant des sanctions en cas de récidive. On m’interdit de photographier la scène.

Marianne (2) copie

15h50. Le cortège arrive au pied de la tour Montparnasse. En tête, les Mariannes accueillies tels des sprinters lors du Tour de France. Le service de sécurité nous donne cinq minutes pour que l’on puisse prendre des photos, le temps d’un show improvisé.

16h30. Nous arrivons enfin sur l’esplanade des Invalides, mettant fin à 2h30 de marche. Devant l’Ecole Militaire se dresse une immense scène, les témoignages se multiplient. Le temps est toujours aussi pourri, qu’importe : un carré « vip » pour les élus est organisé face à l’estrade. Mon regard parcourt la foule, à la recherche de personnalités politiques, sans succès. Les barons de l’UMP auraient livré leur petite interview médiatique et seraient repartis. Mon objectif croise cependant le sourire de Jean-François Legaret, candidat à la primaire parisienne.

17 heures. Las, pensant avoir fait le tour, je m’apprête à partir, quand, tout à coup, je reçois un SMS d’un membre du collectif, m’avertissant qu’il y aura des débordements à partir de 18 heures. Est-ce prémédité ? Je n’ai pas eu de réponse, aussi m’armais-je de patience, un bouquin d’Hemingway à la main.

chant copie copie

L’heure du crime

20 heures. L’un des animateurs annonce que la manifestation est désormais terminée ; l’esplanade des Invalides se vide lentement, il reste néanmoins beaucoup de monde. Les fameux « Veilleurs » plantent leurs banderoles, déterminés à passer la nuit sur la pelouse des Invalides. Le soleil commence à nous sourire, j’en profite pour faire des photos.

cagoule copie20h30. Un tracteur renverse les quelques grilles disposées pour contenir les manifestants. Les militants applaudissent le manutentionnaire à coup de « Le tracteur avec nous ! ». Le mouvement de foule qui se faisait lent et épars, devient soudainement rapide et brusque. Des centaines de personnes fondent comme un seul homme en direction de la rue de l’Université. Alarmé, je rejoins les autres photographes et journalistes vers le centre des agitations. Les manifestants relèvent leur capuche, cachent leur visage avec un foulard et des lunettes de soleil, d’autres mettent des cagoules noires. Armés de bouteilles, de pavés et de battes de baseball, ils se dirigent d’un pas assurant vers le cordon des CRS qui protégeait la rue de l’Université. « Ca va péter… Ca va péter » chantonnent-ils en se cachant le visage. Les insultes fusent, les bouteilles et les pétards aussi. Les CRS accusent du choc et se protègent tant bien que mal. «  La France aux Français ! » crient certain. Nous photographions et filmons la scène, retranchés sur les côtés. C’est alors que des casseurs cagoulés s’approchent de nous, menaçant avec des matraques : « journalistes collabos’ ! » « dégagez ! ». Ca fait de très belles images, alors on reste.

fuite copieMauvaise idée, les manifestants se lancent haineusement à notre poursuite. On sentait dans leur démarche qu’ils voulaient manger du journaliste ce soir. Durant notre cavalcade, le long de la rue Constantine, un photographe glisse et tombe par terre. Mais c’est sans compter les policiers en civil qui se ruent pour nous protéger. De loin, nous assistons impuissants à l’agression du journaliste de l’AFP, frappé à coups de battes de baseball. « Les enfoirés, ils ont défoncé un collègue de l’AFP ! » siffle un photographe, revêtu pour l’occasion d’un casque de moto, destiné à le protéger. Mais tous ne sont pas du même avis. Le responsable des policiers en civil invective contre nous : « Dégagez les journalistes, vous êtes pas en sécurité ! A cause de vous on s’en prend plein la gueule ! ». De loin, les manifestants nous sifflent et nous prennent en vidéo.

Puis les CRS commencent à riposter, ils gazent les manifestants et les repoussent. J’avance timidement vers les CRS, bien conscient des intentions des manifestants. La police commence à récupérer du terrain et arrive en bordure de l’esplanade des Invalides. Jets de gaz fumigènes, de lacrymogènes. La pelouse n’est plus qu’un véritable no man’s land, mais nous restons à portée de tir. L’ambiance est perpétuellement ponctuée à coup de « Projectile, attention ! ». Nous essuyons des  tirs de bouteille de bière, de bisons (très gros pétards, NDLR), de pavés ou d’œufs.

crs (2) copie21h10. Les CRS résistent, ils se déploient lentement, encerclant les manifestants. Les gradés repèrent les gros fauteurs de trouble et communiquent entre eux leur visage. « Tu vois le mec en rouge à gauche ? Celui qui est à côté du lampadaire, t’as noté ? ». Puis, au signal, des policiers en civil surgissent du bataillon et courent en direction des cibles désignées. Une fois le « rebelle » capturé, ils se replient en le traînant comme un sac, couverts par les CRS.

Le déclic de nos reflex claque dans le bruit de la bataille. Quel scoop, on va enfin pouvoir découvrir l’identité des casseurs ! « Fais voir ta gueule le rebelle ! On fait moins le malin maintenant ! » lance un photographe excédé. Les policiers en civil ôtent son masque Anonymous mais cachent son visage à l’abri de nos caméras. Le jeune – parce qu’il n’y avait pratiquement que des jeunes, est emmené dans le QG de fortune des CRS. D’autres manifestants le suivront, au cours des débordements.

Dans le “camp ennemi”

22 heures. Je réussis à faire une percée dans ce no man’s land, enjambant les nombreux détritus et cailloux qui grouillent sur les Invalides. Dans le « camps des casseurs », l’atmosphère s’est bien détendue. Il semblerait que les instigateurs aient seulement voulu impulser le mouvement, avant de s’évanouir dans l’obscurité. Il n’y a presque plus de lancement de projectiles – peut-être est-ce aussi en raison d’une pénurie ? Les agressions sont seulement verbales, ils provoquent les CRS en s’allongeant juste devant eux, scandant  à qui veut l’entendre « Mais que font les CRS ? »

drapeau copieIci, la majeure partie des manifestants sont simplement spectateurs des violences. Je retrouve le visage de certains casseurs, désormais occupés à prier, dans les rangs du groupuscule Civitas. On me conseille vivement de ranger mon appareil, les membres du GUD gonflent toujours la Manif pour Tous et ils n’aiment vraiment pas les photographes. Interrogeant des manifestants plus « modérés », j’apprends que bon nombre des casseurs étaient issus d’obscurs courants d’extrême-droite. Les plus mesurés ont simplement agit par jeu ; c’était à celui qui lancerait sa petite bouteille sur les CRS. Certains avancent l’hypothèse de « jeunes casseurs de banlieues », mais rien dans l’apparence physique ne  peut déterminer nos origines, c’est pourquoi je n’avancerai rien là-dessus.

23 heures. Je quitte ce théâtre lugubre et affligeant. La situation était vraiment dramatique et les violences plus présentes que jamais. Des personnes extérieures à la Manif pour tous auraient vraisemblablement profité de la déception des militants pour provoquer les émeutes.

(pour plus de photos et de vidéo, vous pouvez consulter ce lien)

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