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On a vu pour vous … El Presidente : football, satire et corruption

A l’occasion de l’Euro de football et parce qu’on a parfois mauvais esprit, on a vu El Presidente, la série qui dissèque le scandale du «FIFA Gate».

C’est quoi, El presidente ? Sergio Jadue (Andrés Parra ), président d’une modeste équipe chilienne qui vient de monter en première division à la surprise générale, est convié aux réunions entre dirigeants des grandes équipes du pays. Contre toute attente, il est élu à la tête de le fédération nationale puis propulsé au sommet des instances sud-américaines du football. Si ces pairs l’ont choisi, c’est parce qu’ils sont persuadés de pouvoir manipuler cet homme falot et sans ambition. Jadue va vite découvrir les énormes enjeux financiers en coulisses, et lui-même va joyeusement tirer profit de la corruption généralisée. Mais lorsque le FBI déclenche une enquête, il est évident pour les fédéraux que Jadue est le maillon faible…

El presidente, série latino-américaine disponible sur Amazon Prime Video, raconte le scandale du FIFA Gate qui a révélé en 2015 la corruption généralisée au sein des instances dirigeantes du football mondial. Bien qu’il n’y ait aucune scène sur le terrain, c’est une histoire de football ; comme il y a des milliards de dollars en jeu, c’est une histoire de mafia ; racontée avec une ironie irrésistible, c’est une comédie. L’histoire s’appuie sur des événements réels (malgré une inévitable part de fiction) mêlant ballon rond et gros sous, dans un récit satirique et acide qui lamine méthodiquement et impitoyablement le système et les acteurs de l’affaire – reconnaissables physiquement et cités nommément.

La série débute comme les meilleures histoires mafieuses, avec les funérailles d’un « parrain footballistique ». Nous sommes en juillet 2014 à Buenos Aires, lors des obsèques de Julio Grondona (Luis Margani), président de l’Association argentine de football et numéro deux de la FIFA. Ils sont encore autour du cercueil, mais une poignée d’hommes tente déjà de s’organiser pour pérenniser le système mis en place par le défunt, un véritable trafic d’influence pour détourner les sommes colossales mises en jeu en coulisses.

Grondona, narrateur d’outre-tombe

C’est le mort, Grondona, qui raconte les événements en voix off depuis sa tombe. Narrateur omniscient, il a en outre l’avantage de tout savoir des sombres dessous du monde du football et de s’exprimer avec une ironie décapante. Avec force remarques satiriques et acides, à coup de petites réflexions sournoises, il va retracer pour nous le parcours du pauvre Sergio Jadue, modeste président d’un petit club chilien qui s’est retrouvé propulsé à la tête des instances dirigeantes du football sud-américain, avant d’être impliqué dans le scandale du FIFA gate.

El presidente aurait pu être l’histoire d’un homme déterminé à lutter contre la corruption du sport qu’il aime tant. Mais Jadue n’est pas ce héros, pas plus qu’un anti-héros : il est simplement un protagoniste de l’affaire. Il est incarné par l’excellent acteur colombien Andrés Parra, qu’on a bien du mal à reconnaître si on l’a vu dans le rôle de Pablo Escobar (El Patron del Mal). Jadue est un type carriériste, opportuniste, corrompu, menteur et manipulateur… mais maladroit, sans charisme et qui n’a pas l’étoffe de ses ambitions. Un homme médiocre et conscient de sa médiocrité, qui a bénéficié de circonstances favorables mais n’a jamais pris aucune décision et s’est laissé porter par le courant et instrumentaliser par des personnes plus puissantes que lui, puis par le FBI.  Emporté dans un maelström d’événements qu’il ne peut contrôler, Jadue est l’illustration vivante du principe de Peter selon lequel « tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence ». 

En un temps record, notre homme passe de la présidence du modeste club de La Calera à la présidence de la fédération nationale du Chili, puis la vice-présidence de la Confédération sud-américaine de football. Poussé par son épouse Nene (Paulina Gaitán), ridiculement ambitieuse et qui se présente comme « la première dame du football chilien », il se familiarise rapidement avec le trafic d’influence, les jeux de pouvoir et la corruption, se retrouve à gérer des millions de dollars de pots-de-vin en échange du transfert des droits de retransmission des match ou de l’attribution de l’organisation des compétitions internationales. Mais au moment où il remporte son plus grand succès professionnel (la Copa América organisée par le Chili en 2015), le FBI met son nez dans ces sales affaires. Rosario (Karla Souza), agent fédéral et principale enquêtrice de l’affaire, n’hésite pas à faire pression sur Sergio pour obtenir les informations dont elle a besoin ; celui-ci finit par craquer et accepte de jouer le rôle d’informateur en échange d’une promesse d’immunité.

Les dessous du football : ballon rond et liasses de billets

El presidente n’est pas exempte de défauts. Il y a quelques longueurs, le récit est un peu difficile à appréhender pour quiconque n’est pas familier des organisations dirigeant le football car on se perd dans les sigles, et il y a tellement de personnages qu’il n’est pas évident de comprendre immédiatement qui est qui. Malgré ces petits travers, la série fonctionne très bien , que l’on soit passionné de foot ou incapable de donner la définition du hors-jeu. Récit du scandale du Fifa gate, c’est une histoire prenante et à peine croyable (l’immunité diplomatique accordée par le Paraguay aux présidents des fédérations ou l’organisation du tirage de la Copa América) ; satire acerbe, elle n’épargne rien ni personne, jusqu’à un final doux-amer qui atteint des sommets de cynisme et d’humour.

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El presidente s’empare d’une affaire aussi complexe et médiatique que le Fifa gate pour en tirer un récit édifiant. Elle va… droit au but et  jette un regard sans concession, d’une cruauté mais d’une drôlerie absolue, sur la corruption et les affaires qui ont entaché le monde du football. Et qui l’entachent encore : le dernier épisode aborde frontalement l’attribution de la prochaine coupe du monde au Qatar.  Rappelons que plusieurs enquêtes sont en cours – notamment pour corruption, conflit d’intérêt mais aussi exploitation des travailleurs étrangers. Il n’y a pas que le ballon rond qui continue de tourner. 

El presidente (Amazon Prime Video)
8 épisodes de 50′ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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