Le Sens de la Fête marque le retour des réalisateurs d’Intouchables pour une comédie chorale irrésistible menée par Jean-Pierre Bacri

Après le triomphe historique de Intouchables et le succès plus mesuré de Samba, le statut d’Eric Toledano et Olivier Nakache au sein du cinéma français n’a pas bougé d’un iota et leur marge de manœuvre pour continuer de creuser le sillon qui est le leur depuis leurs débuts, est toujours aussi large. De Je Préfère qu’on reste amis à Nos jours heureux en passant par Tellement proches ou leurs deux derniers films, leur capacité à mixer un humour cinglant, un sens aigu des punchlines hilarantes et cette facilité qui leur sied si bien de parvenir à faire passer l’émotion sous le vernis du rire, le duo abordait ce nouveau film pétri de certitudes.

En découvrant Le Sens de la Fête on reconnait immédiatement leur sens de l’observation, leur propension à verser dans la comédie sociale jamais pontifiante avec toujours un regard bienveillant et cet amour des personnages bien caractérisés au sein d’enjeux clairs, comme un air réjouissant de comédie italienne. Si par contre l’on pouvait nourrir des craintes sur l’intégration de Jean-Pierre Bacri dans la tribu Toledano-Nakache il n’en est finalement rien. Explications.

Mais c’est quoi déjà… Le Sens de la Fête ? Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. 

Après un réel sujet sociétal abordé dans Samba, Le Sens de la Fête est un retour à une comédie en apparence plus classique mais pourtant la gageure n’était pas simple à relever. Choisir une unité de lieu pour faire vivre un récit sans que le spectateur ne se sente oppressé n’est pas une chose facile mais les cinéastes contournent la possible sensation d’enfermement avec ce superbe château choisi comme décor de cette soirée de mariage et dont on va arpenter chaque recoin permettant de suivre les péripéties du côté des coulisses, par les yeux de Max et de son équipe (serveurs, assistante, photographe, chanteur etc…).

Des dialogues savoureux, des situations cocasses, des scènes proprement hilarantes, une galerie de portraits réellement enthousiasmante, toutes les qualités des films d’Eric Toledano et Olivier Nakache éclaboussent Le Sens de la Fête mais également leur instinct pour distribuer les comédiens idoines dans les bons rôles. Jean-Pierre Bacri bien entendu est absolument parfait dans un rôle qu’il maîtrise certes à merveille (le râleur blasé), mais il parvient sans sortir de sa zone de confort à nous faire exploser de rire. Toute la brigade autour de lui est campé par des comédiens remarquables et vraiment drôles.

De Jean-Paul Rouve, qui retrouve ses complices réalisateurs, en photographe fainéant et collé au buffet, à Gilles Lellouche en DJ qui se rêve en crooner, de Benjamin Laverhne en marié odieux à Vincent Macaigne en dépressif sentimental en passant par Judith Chemla, Suzanne Clément et Hélène Vincent toutes les trois formidables dans des registres totalement différents, la distribution du film est aux petits oignons et on n’omettra pas de saluer surtout les prestations enthousiasmantes de Eye Haidara et de Alban Ivanov qui nous valent sans doute nos plus gros fous rires.

Eric Toledano et Olivier Nakache confirment qu’ils n’ont pas leur pareil pour croquer des personnages réalistes et pointer les travers de nos contemporains sous le tamis de l’humour et sans jamais oublier d’infuser un peu d’émotion à leur récit (la scène finale, cinématographiquement très réussie en est un parfait exemple). Le Sens de la Fête est une comédie au sens noble du terme, qui n’a rien à voir avec les produits standardisés que nous sert à l’année le cinéma français. Les deux réalisateurs sont les représentants d’un courant de plus en plus rare qui perpétue la tradition d’un cinéma élégant, populaire et qui ne cède jamais à la facilité, ni à la vulgarité. En cela ils sont les dignes héritiers du cinéma de Gérard Oury, Yves Robert ou Francis Veber et leur filmographie forme une œuvre dont la cohérence est impressionnante.

Non seulement Eric Toledano et Olivier Nakache ont  Le Sens de la Fête mais ils ont aussi celui du rythme et de la finesse pour les grandes comédies populaires!

Le Sens de la Fête de Eric Toledano et Olivier Nakache – En salles le 4 octobre 2017

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