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On a vu pour vous … Patrick Melrose, les traumatismes d’un Benedict Cumberbatch en état de grâce

Benedict Cumberbatch laisse exploser son talent dans le portrait à la fois drôle et éprouvant d’un homme qui cherche à surmonter les blessures de son enfance.

C’est quoi, Patrick Melrose ? Patrick Melrose (Benedict Cumberbatch) est un aristocrate anglais, sorte de dandy décadent dont la vie se résume aux femmes, à l’alcool et à la drogue – pas forcément dans cet ordre. L’annonce de la mort de son père, David Melrose (Hugo Weaving), agit comme un détonateur : Patrick y voit une opportunité de prendre un nouveau départ, en étant clean et sobre. Mais l’événement réveille aussi des traumatismes d’enfance refoulés, qui l’on précipité dans cette spirale d’auto-destruction. Entre orgies d’alcool et de narcotiques, il va pourtant tenter de s’en sortir et de laisser son lourd passé familial derrière lui.

Entre 1992 et 2012, l’auteur britannique Edward St Aubyn publie cinq romans sous le titre The Patrick Melrose Chronicles. Il y raconte le parcours chaotique d’un homme issu de la haute société britannique, toxicomane et traumatisé par un lourd passé familial. Récit partiellement autobiographique, l’histoire sert d’exutoire à l’auteur : avec une élégance détachée very british et un humour noir acide, il exorcise les démons de sa propre enfance.

Ce ton, cette ambiance, on les retrouve en permanence dans Patrick Melrose, adaptation en cinq épisodes (un par roman, avec l’inversion des deux premiers) signée par le scénariste David Nicholls et réalisée par Edward Berger (Deutschland 83). Un extraordinaire Benedict Cumberbatch y incarne cet héritier né avec une cuillère d’argent dans la bouche et une flopée de billets en poche, qui lui servent à payer ses Martini, son héroïne et ses chambres d’hôtel luxueuses. Drôle, exaspérant et attachant, Patrick Melrose est un héros hors-norme, un junkie gentleman aux prises avec des traumatismes d’enfance qu’il tente de noyer dans l’alcool ou d’étouffer sous la drogue, mais qui lui reviennent en pleine tête à la mort de son père.

Patrick Melrose, interprété par le fantastique Benedict Cumberbatch

C’est à ce moment précis que nous faisons sa connaissance, en 1982. Groggy et shooté, Patrick répond à l’appel téléphonique d’un ami, qui lui annonce la mort de son père. C’est un coup dur, admet Patrick – avant de raccrocher, un sourire béat sur le visage. Le premier épisode relate alors son voyage à New York, où il part récupérer les cendres paternelles : c’est un trip hallucinant, une orgie d’alcool et de drogues, une spirale vertigineuse et outrancière de débauche qui permet de prendre la mesure du mal-être du héros et d’entrevoir à quel point il est brisé par ses rapports avec un père qu’il méprise et qu’il hait. Et pour cause : le deuxième épisode  revient sur son enfance dans la somptueuse demeure provençale familiale, théâtre des viols qu’il a subi de la part de ce père sadique (choquantes, les scènes en question restent toutefois suggérées, l’horreur se déroulant derrière des portes closes), tout en étant abandonné par une mère incapable de le protéger– pour des raisons que l’on découvrira plus tard.

Si Hugo Wearing est excellent dans le rôle de ce père glaçant et abject, de même que Jennifer Jason Leigh en mère absente et démissionnaire, ils sont totalement éclipsés par un Benedict Cumberbatch extraordinaire. Présent dans toutes les scènes (à l’exception du deuxième épisode, où Patrick enfant est interprété par  Sebastian Maltz), il nous offre un festival à la (dé)mesure de son personnage. Visage expressif et silhouette élastique dégingandée, son attitude exprime toutes les pensées torturées et contradictoires de Melrose,son phrasé détaché appuie le double sens de ses sarcasmes, et il démontre l’étendue de son talent dans des scènes émouvantes, dramatiques ou comiques, extrêmement physiques ou plus introspectives.

David Melrose, le père indigne

 

Cumberbatch a beaucoup de choses à jouer, dans une série qui embrasse une multitude de thèmes. Dépression, addiction, relations conjugales, difficulté à se construire, répétitions des schémas familiaux… Patrick Melrose livre aussi une description au vitriol d’une élite aristocratique méprisable, qui cache ses vices et turpitudes derrière une façade de respectabilité, d’argent et de prestige social (à mille lieues de The Crown, le portrait de la Princesse Margaret est particulièrement dévastateur.) Mais le thème principal, c’est bien sûr celui de la maltraitance, que la série illustre de manière épouvante et réaliste.

Patrick, enfant brisé qui tente de se réparer

 

Un homme incapable de surmonter les viols répétés qu’il a subis enfant : le sujet est lourd. Pleine de scènes marquantes, comme autant de coups de poing dans le ventre, la série comporte pourtant des scènes comiques – jusqu’à un certain point.  Si l’on accepte la citation selon laquelle « l’humour est la politesse du désespoir », alors Patrick Melrose est le plus urbain des hommes. Ses sarcasmes et son ironie, l’outrance de ses excès sont drôles – jusqu’au moment où quelque chose bascule, où le rire met mal à l’aise quand on comprend que tout cela traduit un mal-être profond, qui prend ses racines dans une souffrance inexprimée. Patrick Melrose, ce sont des montagnes russes : la série est hilarante et émouvante, subtile et furieuse, triste mais aussi finalement optimiste. Quand on blesse un enfant, les répercussions sont dévastatrices et durables ; une forme de résilience est pourtant possible. St Aubyn est devenu écrivain, il est marié et père de famille ; tout au long de la série, c’est ce qu’on souhaite à Patrick Melrose.

Les livres de St Aubyn sont de petits bijoux ; la série est un écrin dans lequel brille un Benedict Cumberbatch grandiose. Toutefois, Patrick Melrose est une série dure voire perturbante, déconseillée à un public sensible. La finesse, la délicatesse et même l’humour avec lesquels elle aborde son sujet ne sauraient en atténuer la violence psychologique et la gravité. Elle est à l’image du parcours de son héros : rude, éprouvante et même bouleversante, mais aussi drôle et pleine d’espoir. Si l’on a le cœur bien accroché, Patrick Melrose est vraiment une série à ne pas rater.

Patrick Melrose (Showtime)
5 épisodes de 60′ environ.
Inédite en France.

Edward St Aubyn : Peu Importe/ Mauvaise nouvelle / Après tout / Le goût de la mère / Enfin.
Romans disponibles en France chez Points Poche

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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