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On a vu pour vous… The Righteous Gemstones (HBO), loué soit Danny McBride

The Righteous Gemstones. Avec cette comédie satirique, l’acteur reste fidèle à son style, tout en dressant un portrait des ses personnages moins négatif qu’il n’y paraît. 

C’est quoi, The Righteous Gemstones ? Famille de télévangélistes, les Gemstones ont bâti un véritable empire : dans des shows spectaculaires à travers le monde, ils propagent la bonne parole, motivés par leur Foi… et par les millions de dollars qu’ils engrangent. Le patriarche Eli (John Goodman) est assisté de ses trois enfants : son aîné et successeur désigné Jesse (Danny McBride) et le benjamin Kelvin (Adam DeVine) sont aussi pasteurs, et sa fille Judy (Edi Patterson) reste en coulisses. Tout dérape lorsque Jesse est contacté par un maître-chanteur qui menace de diffuser sur internet une vidéo montrant le bon pasteur défoncé à la cocaïne en compagnie de prostituées. L’aîné des Gemstones décide de régler le problème à sa façon…

Même humour, même ironie, même outrance et même genre de personnages que dans Vice Principals par exemple : aucun doute, The Righteous Gemstones, la nouvelle comédie de HBO (en France sur OCS en US+24) est signée Danny McBride. L’acteur, qui interprète Jesse Gemstone, a écrit, réalisé et produit la série ; sa patte est identifiable dès le premier des neuf épisodes composant la première saison (nous en avons vus six). Il s’attaque cette fois à une famille de télévangélistes, les Gemstones, qui ne sont pas sans rappeler les Roy de Succession. Dans les deux cas, voilà un clan familial dirigé de main de fer par un patriarche charismatique ; si leurs rapports sont moins conflictuels, ils n’en sont pas moins dysfonctionnels. 

Le chef de famille, le prédicateur Eli, reste la pierre angulaire de cette Église qu’il a fondée avec sa défunte épouse Aimee-Leight (Jennifer Neetles). A ses côtés, ses deux fils sont également pasteurs : son aîné Jesse est soutenu par sa femme Amber (Cassidy Freeman) mais a rompu toute relation avec l’un de ses enfants (Skyler Gisondo) tandis que le cadet Kelvin ne partage pas forcément la même vision de la religion et s’efforce de lutter contre les forces du Mal… Quant à leur sœur Judy, elle œuvre en coulisses puisqu’elle ne peut pas prêcher en vertu d’une tradition misogyne. L’Église des Gemstones est une entreprise lucrative et leurs prêches sont de véritables spectacles qui rassemblent les foules. Shows télévisés, produits dérivés, églises dans des centres commerciaux : la Religion est un business comme un autre qu’ils exercent dans le monde entier, en voyageant en jet privé. 

Les Gemstones, pasteurs et businessmen

Le premier épisode d’une heure (les autres durent environ trente minutes) décrit le contexte et les personnages principaux tout en mettant rapidement en place plusieurs arcs narratifs. Malgré quelques longueurs, le récit s’installe de manière efficace et suffisamment intrigante pour donner envie d’y revenir. Même le chantage dont est victime Jesse – qui, au départ, semble être traité de manière convenue – réserve son lot de surprises avec quelques rebondissements inattendus. 

D’emblée, on comprend que The Righteous Gemstones est résolument fidèle à l’esprit de son créateur, avec un humour clivant mais irrésistible pour qui y adhère – entre cynisme brutal et situations outrancières, premier et trente-sixième degré, dialogues sarcastiques et ironie. S’y ajoute une galerie de personnages hauts en couleurs : outre les Gemstones, citons  Baby Billy (génial Walter Goggins au look improbable), beau-frère de Eli et ancien enfant star de pop évangéliste, le pasteur John Seasons (Dermot Mulroney) en conflit avec les Gemstones lorsque ceux-ci empiètent sur sa paroisse avec leur nouveau centre religieux, ou encore Keefe (Tony Cavalero), un ex-sataniste entièrement dévoué à Kelvin. 

Si elle reste une comédie satirique, la série devient toutefois plus complexe émotionnellement à mesure que le portrait des Gemstones se nuance par petites touches. McBride traite ses personnages avec un mélange d’humour, de cruelle lucidité mais aussi de tendresse, et le procédé fonctionne grâce à la qualité de l’écriture mais aussi à des acteurs brillants. Tous formidables (à commencer par McBride lui-même, mais citons aussi Walton Goggins , Edi Patterson et surtout un John Goodman fantastique), ils jouent leurs rôles respectifs avec un réel enthousiasme et la dynamique entre eux est instantanée. 

Progressivement, on ressent une ambivalence envers ces personnages, l’antipathie se teinte d’une sorte de sympathie. Les Gemstones sont capables du pire, y compris au nom de la religion qu’ils professent (Eli peut se montrer violent, Jesse est un homme vaniteux qui abuse du petit pouvoir qu’il détient , Kelvin un sale gosse insupportable), mais de petites scènes délicates leur donnent une dimension plus humaine. C’est le baiser que dépose Jesse sur le front de son fils, la relation entre Kelvin et Keefe, la frustration de Judy, la revanche de Baby Billy qui revient sur le devant de la scène,  le chagrin d’Eli dont les prêches servent peut-être moins à louer Dieu qu’a honorer la mémoire de sa défunte épouse, ou même l’intégralité du cinquième épisode (un long flash-back très réussi).  


Avec intelligence, The Righteous Gemstones refuse également la critique facile de la religion ou de ceux qui la prêchent. Les Gemstones sont-ils sincères, croient-ils au message qu’ils vendent ? Sont-ils animés par la Foi, ou par l’appât du gain ? Un peu des deux, sans doute : ils vivent dans l’opulence, mais c’est aussi grâce à l’argent qu’ils peuvent prôner leur religion à grande échelle, avec conviction et passion. Cette nuance est particulièrement intéressante – même si, paraît-il, il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu…

Avec son casting de haute volée, The Righteous Gemstones offre tout ce qu’on peut attendre d’une comédie signée Danny McBride: un humour acide mais lucide, de nombreuses scènes hilarantes, des situations gênantes et des personnages inénarrables. La série ne manquera pas de séduire les fidèles de l’acteur, laissera certains hermétiques à l’humour qu’elle prêche, pourrait aussi en convertir d’autres au culte des Gemstones… Après tout, les voies du spectateur sont impénétrables. 

The righteous Gemstones (HBO)
9 épisodes – 1 heure et 8 X 30′ 
Diffusée sur OCS. 

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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